‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 33 sur 230 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

prix et plus de puissance que le nombre, ou plutôt que le nombre n'est rien que la raison. Par une force intérieure et cachée^ je puis, dis-je alors en moi^méme^ isoler dans mon esprit ou rattacher étroitement ensemble tous les objets que je veux connaître» et cette force n*est autre chose que ma raison (1). » Après avoir parlé de toutes les idées intellectuelles comme sensibles qui se rencontrent dans notre pensée, il s'écrie : «Que cette force de la mémoire est grande I On est saisi, ô mon Dieu! d'une sorte d'épouvante, lorsque Ton considère ces abîmes si profonds et cette multiplicité sans fin de choses qui y sont contenues. Cependant c'est là mon esprit, et mon esprit c'est moi-même. Que 8uis*je donc, ô mon Dieu ! quelle nature est la mienne? Et combien le principe de vie qui est en moi n'est-il pas admirable^ par la variété de ses opérations et par l'immense étendue de sa puisssmce (2).» Voyez surtout le livre de la Trinité, où il dit: c La connaissance n'est pas dans l'&me comme dans un sujet que l'on puisse concevoir sans elle, mais elle est en quelque sorte la substance même de l'âme (3). o

(1) c Anima jam philosophi» tradila primo seipsam inspicit, et cui jam illa eruditio persoasit, aut soam, aut seipsam esse ralionem, in ratione autem nibil esse melins, aat potenUus numens, aut nihil aliud quam numerum esse rationem ; iti secom loqoitar : ego quodam meo motu interiore et occulto, ea que discenda sunt possum discernere et connectere, et haec vis mea ratio vocatur. » {De Ordine, Ub.n, cap. xvni.)

(3) Magna vis est memori», nescio quid borrendum, Deus meus, proAinda et infinita mnUiplicitas; et bec animus est, et hoc ego ipse sum. Quid ergo sum Deos neos? qoe natura som? Varia, multimodo vita et immensa vehementer. Conf., hb, X, cap. xvn.

(3) c Qnamohran non cognitio tanquam in subjecto inest menti, sed substantiai- Blâ etiam ipsa est, sicut ipsa mens.> Lib. IX, cap. iv, art. 5.

Leibnitz ne se borne pas à montrer que Tinefficacité des créatures conduit au panthéisme, il prouve directement leur activité, c Rien de plus absurde» dit-il^ que de ravir

< aux substances leur activité essentielle. Et qui peut c douter que notre âme ne pense et ne veuille, que par c une énergie propre nous ne tirions de nous-mêmes des c pensées et des volontés ? Ce serait non-seulement nier c la liberté humaine et rejeter en Dieu la cause du mal» « mais fouler aux pieds notre expérience intérieure, et c le témoignage du sens intime qui nous crie que ces « pensées et ces volontés nous appartiennent, et qu'on

< ne sait pourquoi on veut qu'elles appartiennent à Dieu, t Mais si nous accordons à notre esprit une activité nac tive, rien n'empêche, ou plutôt la raison exige, que c nous en reconnaissions une dans les animaux, et en gé-

• néral dans les substances. Ne dites pas que dans la c nature, l'esprit seul se montre actif, et que toute force c d'agir appartient à la seule intelligence ; car c'est sans

• aucun fondement et contraire h la vérité (1). •

(Ifc Certe si eo usque producitur hxc doctrina ut acUones etiam immanentes substantiarum lollaatur,adeearatione apparet aliéna, ut nibil supra. An enim mentem cogitare ac velle, et in nobis a nobis elici roultas cogitationes ac voluntates, ae spontaneum pênes nos esse, quisquam in dubium revocabit? Quo facto non tantum Degaretur lihertas humana, et in Deoro causa rejicerelur malonun, sed etiam intîaue nostrae experientise, conscientie ve testimonio reclamaretur, quo ipsimet nostn esse sen^imus, qus nulla rationis specie a dissentientibus in Deum transfcrrentor. Quod si vero menti nostrœ vim insitam tribuimus. actiones immanentes prodocendi, Yelquod idem est, agendi immanenter;jam nihil probibct, imo conseotaneum est, aliis animalibus Tel formis, aut si roavis, naturis substantiarum eamdem vim inesse; nisi quis solas in natura renim nobis obvia mentes nostras activas esse, aat omnen vim agendi immanenter atque adeo viialUer ut sis dicam, cum inteUecta esse conjvnctam arbitretur, quales a'rte asseverationes neque ratione uUa coBfinnaBtur,iiec nisi invita vcritate propugnantur. » Op., t. Il, pars n, p. 53.

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