PREMIÈRE PARTIE
t Je vous demande si à Porigine la volonté de Dieu n'a créé dans les choses qu'une dénomination extrinsèque, un vain nom, ou si elle leur a créé quelque réalité persistante d*où naissent leurs actions et leurs passions. Cette volonté primitive étant passée, n'existant plus, ne peut aujourd'hui rien produire, qu'autant qu'elle a laissé une impression positive qui lui survive, qui subsiste en» core et qui opère. Penser autrement, c'est renoncer à toute explication nette des choses ; c'est s'obliger à soutenir que chacune vient indifféremment de chaque autre, si ce qui ne se trouve point ici actuellement peut, sans intermédiaire, opérer actuellement ici. Il ne suffit pas de dire que Dieu, en les formant, a voulu que dans leur marche elles suivissent une certaine loi, si on s'imagine que sa volonté a été tellement inefficace qu'elle n'a communiqué à ces choses aucun effet durable. Il répugne à la notion de la puissance et de la volonté divine que Dieu veuille, et cependant qu'il ne produise ni ne change rien, qu'il agisse toujours et n'effectue jamais. Si cette solennelle parole : Terre, produis ; animaux^ multipliezvousj n'a rien fait dans les créatures, si elles sont restées après ce qu'elles étaient avant, il s'ensuit, puisque entre la cause et l'effet il faut une liaison, soit immédiate, soit médiate, il s'ensuit, ou qu'à présent il ne se fait rien de conforme à ce commandement de Dieu, ou que ce commandement n'eut d'effet que pour l'instant, et qu'il devait être renouvelé sans cesse. Mais si ce commandement a laissé quelques traces dans les créatures, s'il les a constituées de façon qu elles ont été rendues capables d'ac-*
n LE CARTÉSIANISME.
complir la volonté du Créateur, il faut que dans les créatures il y ait une efficacité, une force primitive, telle qu'on a coutume de la désigner par le mot de nature, et de laquelle viennent les productions, selon Tordre ou la volonté du Créateur (1). »
Quant à la vision en Dieu, Leibnilz Tadmet ; mais il y joint la vision en nous, nécessaire pour la vision en Dieu, c Dans la question, dit-il, si nous voyons tout en Dieu, ou si nous avons des idées en propre, il feul remarquer que lors même que nous verrions tout en Dieu, nous aurions besoin d'idées qui fussent à nous, et j'en-
(1) c Quaero eDîm, Qtmm yolitio iOa.yel jnssio. aut si mavis le; dlvina olim lata, extrinsecam tantum tribuerit rébus denominationem, an vero aliquam coatolerit impressionem creatam in ip>is perdurantem, ex qua actiones passionesque conseqaantur. Prius autonun systematis cansanim occasionalium, acutissimi imprimis Maldbrmchiiy dogma videtur; posterius receptum est, et. ut ego arbitror, verissiroum. Nam volilio illa pneterita cum nunc non existât, nihil nunc efQoere potest, nisi aliquem tune post se relinquerit effectiim subsistentem, qui nunc quoque duret et operctur : et qui secus sentit, omni, si quid judico. distincte rerum explicationi reniiadat ; qutdvis exquovis consequi pari jure dicturus, si id quod loco, temporefe est absens. sine interposito, hic et nunc operari potesl. Itaque satis non est did. Deum initio res creantem voluisse, ut certam quamdam legem in progressu obser?arent,8i ▼olontas ejus fingaturita fuisse infeficax. ut res ab ea non fuerint a^ict». nec dimbilis in eis elTecius sit productus. Et pugoat protecto cum notione dlfinae potentie, Toluntatisque, pune iDius et absolut», vrlle Deum et tamen volendo producere ant immuUre nihil ; agereque semper. efficere nunquam, neqne opus vel àjsonUayjot relinquere ullum. Certc si nihil creaturis impressum est divino illo verbo : Pro^ ducat terra, multiplicemini animatia: si res perinde post ipsum fuere affects,ao si nullum jussum intenrenisset ; consequens est .cum connexione aliqua inier eau* sam et effectum opus sit, vel immediala, Tel per aliquod intermediimi) aut nibil fieri nunc consentaneum mandate, aut mandatum tantum valuisse in pne^ens, semper renofandum in futurum. Sin vm) lex a Deo lata rdiquit aliquod sui expressna in rébus vestigium, si res ita fuere format» mandate, ut apUe redderentur ad implendam jiibentis fuluntatem ; jam concedendum est quamdam inditam esse ràns Kficaciam, furroam, ?el vim, qualis natur» nomine a nobis acdpi solet, ex qua séries pb^nomenorutt ad primi jussus prsscriptum consequeretur. Op., t. H» pars n, p. 51.