PREMIÈRE PARTIE
lends par là, non pas des espèces de petites images, mais des affections, des modifications de notre intelligence correspondantes à ce que nous verrions en Dieu. N'est* il pas certain que, par la succession des pensées qui se présentent à nous, il se fait à chaque fois un changement dans notre esprit ? A l'égard des choses auxquelles nous ne pensons point actuellement, les idées en sont dans notre esprit comme la figure d»'Hercule dans un marbre qu'on n'a point encore travaillé. Pour Dieu, il faut qu'il possède actuellement, non-seulement l'idée de l'étendue absolue et infinie, mais l'idée de chaque figure, qui n'est rien qu'une modification de l'étendue absolue (1). » Ailleurs : a La vérité est que nous voyons tout en nous et dans nos âmes, et que la connaissance que nous avons de r&me est très-véritable et juste, pourvu que nous y prenions garde (2). » Oui, il faut qu'il y ait quelque chose en nous qui réponde à ce que nous voyons en Dieu ; c'est par c la connaissance que nous avons de l'âme que nous connaissons l'être, la substance, Dieu (3), > enfin que nous connaissons toutes nos idées ; et si ces idées
(1) c Qttod ad controversiam aU'met utrum omnia videamus in Oeo, an vero profhsu Ideas habeamus, sciendam est, ctsi omnia in Deo videremus, necesse tamen esst ni babeamos et ideas proprias, id e4 non qu*isi icunculas quasdam, sed affectiones» flîTe modîficationes mentis no^tr», respondentes ad idipsnm quod in Deo perdpe- Taons: ntiqqeenim aliis atqut: aliis cog>tationibus subenntibus, aliqua in menlt Dostra mutatio fit ; rerum vero actu a uobis non cogitatarum' idt-is sunt in menti Bostra Qt figura Herculis in nido marmore ; at in Deo non tanlum nect'sse est actu esse ideam extentionis absolut» atque infiiiitse, sed et cqjusque figure, que nibil aiod est^ qoam eitentionis absolut», modilicatio.» Qp., t. U, pars i, p. 18.
(S) Nouv. estais surirent, hum., p. 54.
(3) Ibid,
n* étaient point constitutives de nous-mêmes, comment pourrions-nous saisir les idées analogues qui sont en Dieu ? Voilà pourquoi Malebranche fut conduit à dire que notre âme nous était inconnue. Lorsque Amauld lui demande (1 ) d'où vient que nous ne voyons pas notre âme en Dieu, où nous voyons tout, il répond toujours que nous ne l'y voyons pas, parce que nous ne la connaissons pas (2). Il allègue bien quelques autres raisons, mais qui sont étrangères à la question, comme lorsqu'il dit que si nous voyions en Dieu Tidée de notre &me, nous ne pourrions penser à autre chose, et cesserions de prendre soin de notre corps (3).
Jusqu'ici Leibnitz s'est montré le défenseur de la vraie théorie des idées, que nul, dans l'école cartésienne, n'a mieux comprise ni plus clairement expliquée. Mais en lui régnent deux hommes. Si on considère le grand génie, le critique supérieur, il a parfaitement réfuté Malebranche et redressé la tendance panthéiste de Descartes, et on verra plus loin qu'il n'a pas avec moins de succès réfuté Locke, et redressé la tendance sensualiste ; mais quand on se tourne vers l'esprit systématique, quand on arrive à ses opinions, à ses hypothèses favorites, loin de ren^ contrer la même solidité, on trouve qu'il s'enfonce dans Terreur aussi profondément que Malebranche, et, chose singulière, qu'il se traîne le plus souvent sur ses traces.
Aux yeux de Leibnitz, que sont les substances? De
(1) Vraie$ et Fau$$e$ idéet, cbap. xn et xxu. (f) Rép.à i4m.,t.l,cbap. xiv et xxu, <3) Médit, chrét., iz.