PREMIÈRE PARTIE
pures forces. Il les appelle monades afin de marquer leur parfaite unité. Elles agissent continuellement, et en cela consiste leur vie ; mais elles n'agissent point les unes sur les autres. Cependant, quoiqu'il n'y ait entre elles aucune communication, elles se correspondent de manière à former l'ordre de l'univers, parce que Dieu, voyant les actions dont elles sont capables et les combinant, a choisi, parmi les actions de chaque monade, celles qui sont convenables pour cet ordre. Ainsi, ce qui se passe dans chacune se trouvant coordonné de près ou de loin avec ce qui se passe dans toutes les autres, chacune peut être considérée comme exprimant ou représentant la création à sa manière. C'est pourquoi Leibnitz les appelle quelquefois des concentrations, des miroirs vivants de Tunivers, et donne à leurs actions le nom de perceptions. Les monades se divisent en pensantes et non pensantes ; les premières sont les esprits ; les secondes, par leurs groupes divers, composent les corps. Ce qui détermine ces groupes, ce sont les rapports plus directs qu'ont entre elles les monades qui y entrent. Dans chacun il y en a une dominante, qui est comme le centre et la vie de ce groupe ou corps. La même chose a lieu dans chaque membre du corps, dans chaque partie de ce membre, ainsi à l'infini. Il s'agit ici des corps organiques. A l'égard des autres, ce sont des masses composées des premiers. La monade dominante est la plus parfaite du groupe ou de celles qui lui sont subordonnées ; cette perfection consiste en ce que ses perceptions sont plus distinctes. En Dieu il n*y a point de confusion. Suivant que les percep-
lions d'une monade sont plus ou moins distinctes, la place qu'elle occupe dans T univers est plus ou moins importante. Les monades créées toutes à la fois dès le principe sont impérissables, et arrivent, par cette action continuelle qui leur est propre, k des perceptions de plus en plus distinctes, et s'élèvent ainsi dans Téchelle de la création (1). Ce système est inspiré par celui de Maiebranche.
« Malebranche, dit Leibnilz, avait jugé que nous sentons les qualités des corps parce que Dieu fait naître des pensées dans Tâme à l'occasion des mouvements de la matière ; et lorsque notre âme veut remuer le corps à son tour, il a jugé que c'est Dieu qui le remue pour elle. Et comme la communication du mouvement lui paraissait inconcevable, il a cru que Dieu donne du mouvement à un corps à l'occasion du mouvement d'un autre corps. Il faut avouer qu'il a bien pénétré dans la difficulté, en disant ce qui ne se peut point ; mais il ne paraît pas qu'il l'ait levée, en expliquant ce qui se fait effectivement. Il est bien vrai qu'il n'y a point d'influence réelle d'une substance créée sur l'autre ; mais pour résoudre le problème, ce n'est pas assez d'employer la cause générale ; car s'il n'y a rien dans l'explication, qui se puisse tirer des causes secondes^ c'est proprement recourir aux mi-
(1) Principia pkiloêophiœ, Principes ât la Nature et de la Grâce, fondés en raison. Op., t II, part, i, p. ÎO et32. — Dans l'art. AS des Principia philoso^ phiœ oa Principes philosophiques, Leibnitz dit : < Monades créais aut dérivai» naacuQtiir. ut Ha loquar, per cootinuas di%iaitalis fuif uratioiies; » ce qii sonUe conta*dire cette création simultanée dont nous venons de parler; mais ce doit être une inadvertance, ce passage ne pouvant prévaloir contre la muttiUide des antres.