PREMIÈRE PARTIE
racles. Étant donc obligé d'accorder qu'il n'est pas possible que Tâme ou quelque substance véritable puisse recevoir quelque chose par dehors, si ce n'est par la toutepuissance divine, je fus conduit insensiblement à un sen* Ument qui me surprit, mais qui me parait inévitable (1). C'est qu'au lieq de dire que Dieu donne des perceptions à l'âme comme le corps le demande, qu'il remue le corps comme Tâme le veut, et les autres corps quand ils doivent se déplacer, il faut dire que Dieu a créé l'âme d'abord de telle façon qu'elle doit se produire et se représenter par ordre ce qui se passe dans le corps, et le corps aussi de telle façon qu'il doit faire de soi-môme ce que Pâme ordonne^ et que les autres corps doivent se mouvoir d'eux-mêmes quand il le convient (2). »
Ce n'est pas seulement le rapport des monades entre elles que Leibnitz a imaginé d'après Malebranche, ce sont les monades mêmes ; elles ont été conçues à l'instar de cette série d'êtres infimes, enveloppés les uns dans les autres, dont parle celui-<^i. < On voit assez souvent, avec des lunettes, dit Malebranche, des animaux beaucoup plus petits qu'un grain de sable, qui est presque invisible ; on œ a vu môme de mille fois plus petits. Ces atomes vivants marchent aussi bien que les autres animaux ; ils ont donc des jambes et des pieds, des os dans ces jambes pour les soutenir (ou plutôt sur ces jambes, car les os des insectes, <^' est leur peau); ils ont des muscles pour les remuer.
(1) Ibid,, p. 5i.
(f) 71IM.,art.61etGS.
des tendons et une infinité de fibres dans chaque muscle, et enfin du sang ou des esprits animaux extrêmement subtils et déliés, pour remplir ou pour faire mouvoir successivement ces muscles. .. L'imagination se perd et 8*étonne à la vue d*une si étrange petitesse.. • L'étendue est sans doute infinie en un sens, et cette petite partie de matière, qui se cache à nos yeux^ est capable de contenir un monde dans lequel il se trouverait autant de choses, quoique plus petites^ à proportion, que dans ce grand monde dans lequel nous vivons... Nous avons des démonstrations évidentes et mathématiques de la divisibilité de la matière à Tinfini, et cela suffit pour nous faire croire qu*il peut y avoir des animaux plus petits et plus petits à rinfiniy quoique notre imagination s'effarouche de cette pensée... Dieu n'a fait la matière que pour en former des ouvrages admirables ; et puisque nous sommes certains qu'il n'y a point de parties dont la petitesse soit capab le de borner sa puissance dans la formation de ces petits animaux, pourquoi la limiter, et diminuer ainsi sans raison l'idée que nous avons d'un ouvrier infini, en mesurant sa puissance et son adresse par notre imagination, qui est finie?... Car enfin les petits animaux ne manquent pas aux microscopes, comme les microscopes manquent aux petits animaux... Il ne parait point déraisonnable de penser qu'il y a des arbres infinis dans un seul germe, puisqu'il ne contient pas seulement l'arbre dont il est la semence, mais aussi un très-grand nombre d'autres semences, qui peuvent toutes renferooer dans elles-mêmes de nouveaux arbres et de nouvelles semences d'arbres.