PREMIÈRE PARTIE
lesquelles conserveront peut-être encore, dans une petitesse incompréhensible, d*autres arbres et d* autres semences aussi fécondes que les premières, et ainsi à Tinfini. De sorte que, selon cette pensée, qui ne peut paraître impertinente et bizarre qu*à ceux qui, je le répète, mesurent les merveilles de la puissance infinie de Dieu avec les idées de leurs sens et de leur imagination, on pourrait dire que, dans un seul pépin de pomme, il y aurait des pommiers, des pommes et des semences de pommiers pour des siècles infinis ou presque infinis, dans cette proportion d*un pommier parfait à un pommier dans sa semence ; que la nature ne fait que développer ces petits arbres, en donnant un accroissement sensible à celui qui est hors de sa semence, et des accroissements insensibles, mais très-réels et proportionnés à leur grandeur, à ceux qu*on conçoit être dans leurs semences. •• Ce que nous venons de dire des plantes et de leur germe se peut aussi dire des animaux et du germe dont ils sortent. . . Nous devons donc penser que tous les corps des hommes et des animaux qui naîtront jusqu^à la consommation des siècles ont peut-être été produits dès la création du monde (1)* »
Le système des monades semble rendre leur énergie aux créatures et rétablir les causes secondes; mais c'est seulement en apparence, puisque chacune n*agit qu*en soi, et qu*elles n^agissjent point les unes sur les
(i) Reeh. de la Vérité, Iît. I, chap. vi. — Eniret, iur la Méiaph. et la BeHg., X.
autres, ni Tâme sur le corps, ni le corps sur Tàroe, ni un corps sur un autre corps. Lorsque je veux remuer mon bras et qu*en effet il se remue, VXme n'y a aucune part. Lorsque le corps est blessé, que j'éprouve un sentiment de douleur, ce sentiment ne tient en rien à la blessure, r&me le tire d'elle-même. Qu'un corps en choque un autre, et que celui-ci se mette en mouvement, il ne le fait point par suite de la pression du premier, mais par lui-même. Tout marche dans l'univers, en apparence, par l'action mutuelle des choses, et en réalité par l'action intérieure de chacune, dans une* indépendance absolue des autres. Tout est solitaire ; une barrière infranchissable sépare chaque substance simple de chaque substance simple. Que deviennent les causes secondes, réduites à cette action interne, isolée, par qui elles n'opèrent qu'en elles-mêmes? C'est peu de limiter à ce point l'activité qu'il leur attribue, le système de Leibnitz détruit en outre la liberté dans les esprits. Pour que les pensées et les volontés de l'âme soient ajustées aux mouvements du corps, qui naissent les uns des autres, il faut qu'elles naissent aussi les uAes des autres, suivant un ordre immuablement déterminé. C'est ce que Leibnitz répète souvent, et résume en disant de chaque monade, que l'état présent suit de l'état qui précède, que le prisent est gros de l'avenir. Cet enchaînement qui domine l'âme, de sorte qu'elle n'est maîtresse ni de ses idées ni de ses résolutions, la rend semblable à une machine; et lorsque l'auteur appelle l'âme un automate spirituel, en croyant ne faire qu'une comparaison, il laisse échapper le secret