‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 39 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de sa doctrine. II a beau dire que la monade n'avait telles pensées et telles volontés que parce que Dieu a prévu que dans cette position elle les aurait en effet librement, qu'ainsi, elle ne les a pas, parce que Dieu Ta prévu, mais que Dieu Ta prévu, parce qu'elle les a; cette raison, par laquelle on cherche ordinairement à expliquer Taccord de la liberté avec la Providence, se trouve ici nulle ; car dans le système de Leibnitz, qui est Toptimisme, Dieu n*est point libre de créer le monde qu*il veut, mais contraint de créer le meilleur; et cette nécessité qui lui est imposée pèse également sur chaque pensée, sur chaque volonté des monades. D'ailleurs, par sa notion de la substance, Leibnitz résout les esprits en mécanisme.

Quand on examine la constitution intime de Tétre pensant (1), on découvre que, dans sa parfaite unité, elle enferme deux éléments : l'un qui est force ou vie, l'autre qui est étendue ou quantité. Que l'élément vie disparaisse, et l'élément quantité, de soi inerte, est incapable de subsister, l'existence supposant quelque force ou activité. Que l'élément quantité disparaisse, et l'élément vie de soi manque de règle et de point d'arrêt, et s'échappe à lui-même dans une invincible indéterniination. Il ne peut se déterminer comme pluralité, puisque de soi il est indivisible. Il ne peut se déterminer comme unité, car pour être indivisible, il n'est pas un, ni de luimême ne saurait le devenir, faute de pouvoir être mesuré

(1) Voir, pour les développements, la Théorie de la Subtiance.

par r unité y laquelle ne vient pas seulement de la forcOt mais aussi de la quantité. Ni un ni plusieurs, qu'est-il ? Donc la vie lie la quantité, et la quantité fixe et organise la vie, s*il est permis d^employer pour un objet spirituel, une expression qui ne s'applique qu'à des objets physiques. La vie pure, la quantité pure, ne sont que des abstractions sans fondement dans les choses. Nulle substance qui ne résulte de leur indispensable union ; mais la vie et la quantité varient de nature avec les difiérents genres d'êtres, spirituelles dans les êtres pensants, physiques dans les autres. C'est ce qui faisait dire à Pylhagore, à regard des premiers^ que l'âme est un nombre qui se meut par lui-même (1), c'est-à-dire qu'elle est un nombre animé; à Platon qu'elle est une substance active, se mouvant dans un nombre harmonique (2); à Plotin que l'entendement est un nombre qui se meut en lui-même (3).

Sans la vie, comment l'àme pourrait-elle avoir les idées de ce qui suppose l'énergie et est indivisible, ou qui, de soi, ne peut s'évaluer en nombre, comme les idées de justice, de vertu, de santé, de beauté, ou pour les placer toutes sous un seul mot, les idées de perfection? c'est ainsi que les désigne Malebranche. Sans la quantité, comment l'âme pourrait-elle avoir les idées de ce qui suppose l'inertie et est divisible , ou qui peut s'évaluer en nombre, et qui sont celles mêmes de quantité ou d'éten-

(i) PluL, Opin. de$ tme, phiL, liv.IV, chap n.

(S) Ibid.

(3) Efmead., VI, Uv. YI, cbap. u.

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