PREMIÈRE PARTIE
due, telles que les idées de longueur, de distance, de durée, appelées par le même écnv^iuyidées de grandeur ? Les idées considérées en elles-mêmes, indépendamment de la perception que nous en avons, que sont-elles, sinon la propriété dont jouit Vkme d'être la représentation de toutes choses, qui se ramènent en définitive aux choses de perfection et aux choses de grandeur? Gomment rftme les représenterait-elle si elle ne renfermait, ou pour mieux dire si elle n'était elle-même, à sa manière, les éléments primitifs dont elles viennent ? Comment verrait-elle en elle-même ce qui est hors d'elle, si elle ne portait point en soi quelque chose d'analogue à ce qui subsiste hors d'elle? Ce quelque chose, qui est l'ensemble des rapports de perfection et des rapports de grandeur, ou la vie et la quantité, voilà ce qui fait la pensée en tant que substance *, ce qui la fait en tant qu'acte ou opération, c'est la perception, la vue qu'elle a, en se repliant sur soi, de ces rapports qui la constituent. D'où il suit que la quantité, partie intégrante de la pensée, est l'idée même de quantité. Par ces mots : étendue spirituelle, intelligible, ou idée d'étendue, Malebranche entend la même chose (1).
Donc Leibnitz, en ne mettant que la force dans les substances, les anéantit tout comme Malebranche, quoique par un principe différent. Il semble qu'il ne devrait parler que des idées de perfection, puisqu'il exclut le fondement de celles de grandeur. Au contraire, il n'est presque
(1) Yoy. Répome à Âmauld, t. I, p. 346 jusqu*à 352, et 39i jusqu'à iOl.
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question chez lui que de nombre et de figures, de calcul et de mécanisme. C'est que réduite à la simple force, la substance ne peut se soutenir, et pour qu'elle aitdelaconsistance il faut, si j'ose ainsi parler, qu'elle soit trempée avec les idées de grandeur qu'il lui suppose, comme l'acier avec l'eau. Elle ne devient saisissable qu'en devenant mécanique, et l'on dirait que la suite des perceptions dans l'âme, correspondante à celle des mouvements du corps, forme comme une chaîne d'anneaux métal* liques ; et, en voulant fuir le mécanisme de Descartes, Leibnitz y tombe de tout son poids.
Delà l'erreur dont il fut travaillé sa vie entière d*in-* venter une langue universelle, qui servît dans la religion et la morale, comme les chiffres et les signes algébriques servent dans les mathématiques, ou plutôt d'étendre à la religion et à la morale la langue de l'arithmétique et de l'algèbre; de créer des signes pour les idées de perfection, tels qu'en les combinant d'après un petit nombre de règles, on pût découvrir de nouvelles vérités et prouver celles qui existent, absolument comme dans les mathé* matiques. « Si j'avais été moins distrait, ou si j'étais plus jeune, ou assisté par des jeunes gens bien disposés^ j'espérerais donner une manière de spécieuse générale où toutes les vérités de raison seraient réduites à une façon de calcul. Ce pourrait être en même temps une manière de langue ou d'écriture universelle, mais infini* ment différente de toutes celles qu'on a projetées jufr> qu'ici ; car les caractères et les paroles mêmes y dirige* raient la raison, et les erreurs, excepté celles de fait, n*y