‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 41 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

seraient que des erreurs de calcul. Elle servirait aussi à estimer les degrés de vraisemblance, lorsque nous n*avons pas des données suffisantes pour parvenir à des vé* rites certaines et pour voir ce quMl faut pour y suppléer; et cette estime serait des plus importantes pour Tusage de la vie et pour les délibérations de pratique, où, en estimant les probabilités, on se mécompte le plus souvent déplus de la moitié (1). » Dans un écrit de quelques pages publié après sa mort, à la suite de ses Nouveauœ Essaissur V entendement humain^ Leibnitz dit que le ciel» en nous accordant les chiffres de Tarithmétique et les' figures de l'algèbre, semble avoir voulu nous mettre sur la vde de cette caractéristique. Mais cette pièce, qui semblerait un essai de cette invenlion, se borne, comme les autres, à la dire possible et à en prôner les avantages. Au reste, les tentatives pour la faire, prouvent de nouveau que Leibnitz confondait les idées de perfection avec les idées de grandeur, parce que la notion qu'il avait de la substance, réduisait la pensée à ces dernières. De là encore remploi contre nature du langage mathématique, dont lui sut se garantir assez, mais que les écrivains postérieurs ont transporté dans la philosophie; de là le jargon monstrueux, fléau de la vérité et de la pensée^ tel qu'on le voit dans Kant ; de là aussi Tapplication absurde du calcul des probabilités aux sciences morales, application commencée par Jacques Bernouilli, ' et poursuivie de nos jours par Gondorcet, Laplace,

(I) Op.,t. V, p. 7.

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Poisson et qui menace de devenir toute la science politique, morale, religieuse, à la honte de notre siècle, qui ne s'insurge pas contre cette dégradante usurpation. Je sais bien que les scolastiques, Lulle, Kircber, dans ce qu'ils appellent emphatiquement le grand art de la science, ars magna sciendit sMmaginent, en combinant les catégories du Kant d'Athènes, Aristote, prouver et inventer à la manière des mathématiciens. Mais qu'a de commun la scolasti que avec la philosophie? Chez elle il s'agit de mots, et nullement d'idées. Je n'ignore pas que ' Descartes crut possible la langue universelle dont nous parlons (1). Toutefois, à la création de cette langue, proposée par un correspondant de Mersenne, il ne s'arrête qu'un instant, tandis que Leibnitz en roule constamment le projet.

§ III. — Troisième tendance de Descaries.

AtNAULD, RtelS.

Nous venons de voir que la manière peu explicite dont Descartes a parlé des idées en nous et des idées en Dieu, jointe à certains passages, tendait à ne reconnaître que l'ordre d'idées générales qui est en Dieu. Le même défaut d'explication, l'habitude de ne parler que des idées qui sont en nous, d'y renfermer le souve-

(1) T. VI, p. 66.

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