‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 42 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rain bien (1), des passages comme le suivant, tendent aussi à faire croire quMl n'admettait que l*ordre d'idées générales qui est en nous. « Il répugne, dit-il, que la volonté de Dieu n'ait pas été de toute éternité indifférente à toutes les choses qui ont été faites ou qui se feront jamais, n'y ayant aucune idée qui représente le bien ou le vrai, ce qu'il faut croire, ce qu'il faut faire, ou ce qu'il faut omettre, qu'on puisse feindre avoir été l'objet de l'entendement divin avant que sa nature ait été constituée telle par la détermination de sa volonté. Et je ne parle pas ici d'une simple priorité de temps, mais bien davantage, je dis qu'il a été impossible qu'une telle idée ait précédé la détermination de la volonté de Dieu par une priorité d'ordre ou de nature, ou de raison raisonnée ainsi qu'on la nomme dans l'école, en sorte que cette idée du bien ait porté Dieu a élire l'un plutôt que l'autre. Par exemple, ce n'est pas pour avoir vu qu'il était meilleur que le monde fût créé dans le temps que dans l'éternité, qu'il a voulu le créer dans le temps ; et il n'a pas voulu que les trois angles d'un triangle fussent égaux à deux droits, parce qu'il a connu que cela ne se pouvait faire autrement, etc. ; mais au contraire, parce qu'il a voulu créer le monde dans le temps, pour cela il est ainsi meilleur que s'il eût été créé dès l'éternité ; et d'autant qu'il a voulu que les trois angles d'un triangle fussent

nécessairement égaux à deux droits, pour cela, cela est maintenant vrai, et il ne peut pas être autrement, et ainsi de toutes les autres choses (2). »

(1) T. X, p. 59 et suiv. — (2) T. Il, p. 3i8.

Ce que Descartes dit de ropportunité de la création et de régalité des trois angles d*un triangle à deux droits, il Tentend de toutes les idées générales. Il enseigne donc par ces paroles que les idées générales, qui appartiennent à Dieu, ne sont pas dans son entendement, mais qu'elles dépendent de sa volonté qui les produit. Si elles ne sont point dans Tentendement divin, notre entendement ne peut point les y voir; il ne voit donc que les idées générales qui sont en lui-même ; par conséquent il faut prendre à la rigueur ces lignes-ci : t Le nombre que nous considérons en général, sans faire réflexion sur aucune chose créée, n'est point hors de notre pensée, non plus que toutes ces autres idées générales que dans Técole on comprend sous Tidée d*universaux (1). » Ce fut Topinion d' Aristote, si tant est qu'il ait su ce qu'il disait, ou qu'il ait voulu qu'on le sache. Vingt siècles de commentaires n'ont pu le décider.

Cette tendance de Descartes a été trahie par Arnauld et Régis qui s'y sont précipités. Il est aussi impossible d'exclure de notre pensée les idées qui appartiennent à Dieu, que d'exclure celles qui appartiennent à nous. La première de ces exclusions conduit au panthéisme non moins invinciblement que la seconde. Si les idées qui nous appartiennent ne dépendent pas d'idées correspondantes qui appartiennent à Dieu, il faut qu'elles tiennent lieu de ces dernières, qu'elles soient absolues, éternelles, infinies dans tous les sens, que nous le soyons égalc-

(1) Princ. de lapfUl., part, i, art. 58.

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