‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 43 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ment, nous qui les renfermons, et qu'ayant ainsi la nature de Dieu, Dieu soit nous. Tel est Textrême où Fichte a donné de nos jours, et que Malebranche signalait à Amauld : « Quelle impiété de soutenir que notre âme est représentative de Tidée de l'étendue intelligible qui est nécessaire, étemelle, infinie, et qui ne peut se trouver que dans Dieu (1)1 » Notre âme est bien représentative de cette idée, mais Malebranche veut dire qu'elle n'en est point le fondement, et qu'on ne pourrait supposer qu'elle le fût, sans nous diviniser. Arnauld n'a échappé au panthéisme qu'en niant que nous apercevions des idées absolument éternelles et infinies, qu'en niant, à proprement parler, les vérités étemelles. Selon lui, • il y a deux sortes d'éternités : l'une qui convient à un être substantiel qui a en soi-même d'être toujours sans commencement ni fin, et il n'y a q^ue Dieu qui soit éternel de cette manière; l'autre est une éternité improprement dite, ce qu on entend par ces mots latins secundum quid. Or, on appelle éternelles de cette manière beaucoup de choses qui ne sont que dans notre esprit, et qui ne sont point des êtres subsistants : ce que signifient les termes généraux, l'homme en général, le cercle en général, un nombre carré en général, sont des choses étemelles en cette manière impropre (2). »

Nul doute, l'homme en général, le cercle en général, c'est-à-dire les vérités métaphysiques, géométriques, arithmétiques, ne sont point des êtres ayant une exis-

(i) Rép. à ArnauliU t. IV, p. 137.

{% Œuv.f i. XL, p. ttè. Régi, du bon sens, art. 11

tence à part comme Dieu, ni par conséquent éternels de la même façon ; mais ils le sont autant que lui, puisqu'ils ont en lui leur éternité. Le nier, ce serait les anéantir; il le faut pourtant, dès qu'on ne veut reconnaître dans la pensée que les idées qui constituent notre intelligence. Vous prétendez que c les essences des choses sont dites étemelles seulement en tant qu'on les considère comme possibles et non comme existantes, car il implique contradiction qu'une chose possible puisse être considérée comme jouissant de cette éternité qui ne convient qu'à Dieu. Car être par soi et être possible se repous* sent (1). » Étrange confusion de langage I Les essences sont éternelles ou ne sont rien; la possibilité ne convient qu'aux existences et a sa racine dans les essences. Qui s'aviserait de dire qu'il est possible que tous les points de la circonférence soient à égale distance du centre, et non qu'ils le sont effectivement? Ce qui est possible, c'est qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas actuellement des circonférences dans le monde. Croire que quand on parle d'idées générales, de vérités étemelles, il s'agit, non des essences, mais des existences, ce n'est point comprendre la matière.

Il serait curieux d'entendre Arnauld et saint Thomas, d'après lequel il distingue avec raison deux éternités, expliquer où ils voient la première. Est-ce en Dieu? Ils y voient donc quelque chose, et la plus importante, l'éternité divine. Est-ce en eux-mêmes? Mais leurs idées

(i) Œwf., t. XL. p. Ut, - Diu., art. 6.

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