‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 46 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

sommes de Pâme, il se rencontre avec Malebranche, et en fait lui-même la remarque dans VEœamen de la vision en Dieu de celui-ci (1). Déjà nous avons signalé et expliqué cette coïncidence singulière.

Il a été réfuté méthodiquement et de point en point par Leibnitz dans les Nouveaux Essais sur F entendement humain. La grande question entre eux débattue est de savoir s'il y a des idées innées. Locke emploie le premier des quatre livres de son Essai sur C entendement humain à combattre l'affirmative ; le second à indiquer comment ces idées nous viennent de la sensation ou de la réflexion » laquelle, comme nous venons deTobserver, tient chez iui aux impressions sensibles ; le troisième et le quatrième à examiner, d'après ce principe, le langage et la nature, l'étendue et la limite de nos connaissances. L'ouvTage de Leibnitz est distribué sur le même plan ; l'auteur y suit pied à pied son adversaire. Lorsqu'il attaque les idées innées, Locke confond toujours l'idée avec la perception, place l'idée dans la connaissance, et ne peut concevoir qu'il y ait en nous des idées que nous ne connaissons pas. En effet, il serait bizarre que nos connaissances nous fussent inconnues. C'est pourquoi, sous le nom d'idées, il combat des propositions comme innées, telles que celle-ci : il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas. On conçoit que, de celte manière, il aurait beau jeu. Leibnitz se voit obligé jusqu'à l'impatience de relever cette confusion. «On pourra donc dire,

(1). Prine, de la pML, part, i, art. i6.

objecte Locke, quMI y a des vérités gravées dans rame que Tâme n'a pourtant jamais connues, et qu'elle ne connaîtra peut-être jamais, • ce qui me paraît étrange, c Je n'y vois aucune absurdité, répond Leibnitz, quoique aussi on ne puisse point assurer qu'il y ait de telles vérités, t — Locke, c Mais n'est-il pas vrai que si ces mots être dam V entendement emportent quelque chose de positif, ils signifient are operpu ei compris Tpar V entendement. • — Leibnitz. • Ils nous signifient tout autre chose; c'est assez que ce qui est dans l'entendement y puisse être trouvé, et que les sources ou preuves originelles des vérités dont il s'agit, ne soient que dans l'entendement Les sens peuvent insinuer, justifier et confirmer ces vérités, mais non pas en démontrer la certitude immanquable et perpétuelle. • — Locke. • N'est-il pas vrai que les vérités sont postérieures aux idées dont elles naissent? Or, les idées viennent des sens. • — Leibnitz. c Les idées intellectuelles, qui sont la source des vérités nécessaires, ne viennent point des sens. • — Locke, c Ne se peut-il point que les idées viennent du dehors? • — Leibnitz. c II faudrait donc que nous fussions nous-mêmes hors de nous, car les idées intellectuelles ou de réflexions sont tirées de notre esprit. Je voudrais bien savoir comment nous pourrions avoir l'idée de l'être si nous n'étions des êtres nous-mêmes, et ne trouvions ainsi l'être en nous (1). »

< Les idées de l'être, du possible, du même, sont si

(1) Nouv, e$$ai$ wr /'fnl.. Ed. de Rispe, p. 35 et suW.

• If

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