PREMIÈRE PARTIE
science, nous n'aurions pas même la raison (1). Ce qui nous rend capables de raison, de science, et nous distingue des simples animaux, c'est la connaissance des vérités nécessaires, éternelles, parce qu'elle nous élève à la connaissance de Dieu et de nous-mêmes. En effet, n'est-ce pas à cette connaissance et aux abstractions qu'elle nous permet de faire, que nous devons de produire des actes réfléchis, par lesquels nous concevons ce qu'on appelle mot, nous considérons en nous, tantôt une chose, tantôt une autre, et en nous pensant nous-mêmes, nous acquérons l'idée de l'être, de la substance simple ou composée, de l'immatériel, même Tidéede Dieu, concevant en lui sans limite ce qui est limité en nous (2) ? t Les idées innées rétablies dans l'âme ramènent aux idées en Dieu, et il est évident que, lorsque l'on perd l'un ou l'autre de ces deux points, on doit se perdre ou en Dieu avec Malebranche, ou en nous avec Arnauld et Régis, ou dans les sens avec Locke. Leibnitz rappelle la philosophie de ces abîmes et, tant qu'il n'est pas systématique, il la maintient dans la première tendance de Descartes et dans la voie de la vie. Du reste, il n'est pas
(1) Nouv, Essais sur VEnt., p. 57.
(2) « Eoim vero cognitio veritatum necessariarum, et seteraarum est id, quod nos ab animantibus simplîcibus distinguit, et rationis ac scientiariim compotes reddit, dam nos ad cognitionem nostri, atqueDei élevât. .. Cognitioni veritatum necessariarum, et earom . abstractionibus acceptum referri débet, quod ad actus reflexos elevati simus, quorum vi istud cogitamus, quod Ego appellatur, et hoc fel istud in nobis esse consideramus. Et inde etiam est, quod nosmet ipsos cogitantes, de ente, de substantia cum simpHci, tum composita, de immateriali, et ipso Deo cogitemus, dum concipimus, quod in nobis limitatum est, in ipso sine limitibtts, exiiitere. > Of»., t. n. p. ti.
442 LE GÂRTËSIÂNISIIE.
le seul ; Boursier le seconde : (c Ce ne serait point assez de s*imaginer que notre âme est active seulement parce qu'elle reçoit de Dieu ses modalités, qui sont des actions, sans qu'elle-même contribue à les produire. •• L'âme, par rapport à ses actions, est une cause qui produit son effet. .. Qu'elle n'ait sur ses propres actions d'autre pouvoir que celui d'une cause occasionnelle, c'est ce qu'on ne peut admettre sans donner atteinte à son activité et sans confondre les idées les plus naturelles; car elles nous font concevoir les esprits conune des êtres pleins de vie, de force et de mouvement •• Dans l'entendement, on trouve certaines connaissances primitives et foncières qui sont comme les principes et les sources des autres connaissances. . • La coi^naissance de l'esprit, par exemple, est la source de beaucoup de connaissances métaphysiques. Lorsque cette connaissance, encore faible et étroite, vient à se dilater et à acquérir de nouveaux degrés^ on ne peut pas douter de deux choses : la première, que l'une de ces connaissances ne contribue k former l'autre; que la seconde ne renferme quelque chose de la première ; qu'une connaissance qui est con« séquence par rapport au principe ne devienne principe à son tour par rapport à une autre conséquence; que toutes ces connaissances n'empiètent l'une sur l'autre, qu'elles ne s'emboîtent, qu'elles ne s'enlacent comme les anneaux d'une chaîne, en sorte que pour atteindre d'une extrémité à l'autre, il faille passer par le milieu. La seconde chose dont on ne peut douter dans le progrès, c'est que tout cet amas et ce tissu de connaissances n'est que