‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 50 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de même que ma connaissance va se distinguant de mon être, d'où elle sort pareillement; et pendant que toutes les deux, je veux dire ma connaissance et ma volonté, se distinguent en tant de manières et se portent successivement à tant de divers objets, ma substance est toujours la même dans son fond, quoiqu'elle entre tout en* tière dans toutes ces manières d'être si différentes (1). • Est-ce là exprimer énergiquement que la connaissance ou les idées qui en sont la source ont un fondement en nous? Yoici leur fondement en Dieu: c Cest en lui, d'une certaine manière qui m'est incompréhensible, c'est en lui, dis-je, que je vois les vérités étemelles ; et les voir, c'est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité et recevoir ses lumières (2). ■

Dirons-nous que Locke enseigne l'activité de Tâme, soit à l'égard de l'entendement, soit à l'égard de la volonté (3) ? Quelle triste activité, qui ne va qu'à opérer sur des impressions sensibles, externes ou internes.

Une conséquence habituelle du sensualisme, et qui seule sufiBrait pour le confondre, c'est d'admettre un e^ace éternel, infini, qu'il appelle le vide. Il devrait expliquer par où il est arrivé à l'existence de cet espace pur, qu'il ne peut ni sentir ni imaginer. Locke (&) et les autres philosophes sensualistes, soit matérialistes, soit spiritualistes, qui ont cédé au besoin de reconnaître un

(1) Élév, iur le* myti.^ ii« semaine, âévation vi.

(3) ComuriiMonce de Dieu et de wi-mime, cbap. iv, art. 5. (8) E$»ai iurVEniend., liv. n, chap. xxi.

(4) Md, liv. II, cbap. xiu.

espace semblable, dont Tidëe est indestructible dans notre esprit, n'ont trop su pendant longtemps où le placer, ni même ce quMI était. Malebranche, le premier, a dissipé rincerlitude, en distinguant mieux deux sortes d'étendues, Tune intelligible, Tautre sensible. Alors rétendue intelligible, partie intégrante de Dieu, se trouve être l'espace pur, infini, incréé; tandis que retendue sensible résulte de la collection des corps renfermés dans la création. Il emploie cette distinction à combattre Spinosa. c L'étendue intelligible, dit -il, est éternelle, immense, nécessaire; c'est l'immensité de l'être divin,... c'est ce que Tesprit contemple lorsqu'il pense à l'infini*. • L'autre espèce d'étendue est celle qui est créée, c'est la matière dont le monde est composé... Ce monde a commencé, et peut cesser d'être. Il a certaines bornes qu'il peut ne point avoir... L'étendue intelligible nous paraît éternelle, nécessaire, infinie, croyez-le ; mais ne croyez pas que le monde soit éternel, ni que la matière qui le compose soit immense, éternelle, nécessaire ; n'attribuez pas à la créature ce qui n'appartient qu'au Créateur... Vous n'avez pas raison de croire qu'il y ait seulement un pied d'étendue matérielle, quoique vous ayez présentée l'esprit une immensité infinie d'étendue intelligible, bien loin que vous en deviez juger que le monde est infini et que la création est impossible, comme fait Spinosa(l).> Ceci est développé fort au long dans la première lettre contre la défense d' Arnauld, relative au livre des Vraies

:i) MédU, chréU, IX.

Page 1