PREMIERE PARTIE. HT
et des Fausses Idées (1). Il est singulier qu'Ârnauld n'ait cessé de Taccuser de mettre eu Dieu l'étendue matérielle. Sans doute Malebranche aurait dû le faire, puisqu'il ravissait l'activité aux corps, qui par là se résolvaient en Dieu. Mais ce n'est pas sur cette erreur qu'ArnauId s*appuie, c'est sur ce que Malebranche parle d'une étendue intelligible en Dieu.
Faute d'avoir distingué ces deux étendues, Descartes incline à rendre l'univers infini. La matière qui le compose, suivant lui, n'a point de bornes, « parce que, quelque part où nous en voulions feindre, nous pouvons encore imaginer au delà des espaces infiniment étendus, que nous n'imaginons pas seulement, mais que nous concevons être tels en effet que nous les imaginons, de sorte qu'ils contiennent un corps indéfiniment étendu; car l'idée de l'étendue que nous concevons, en quelque espace que ce soit, est la vraie idée que nous devons avoir du corps (2). N'ayant aucune raison pour prouver, et même ne pouvant concevoir que le monde ait des bornes, je le nomme indéfini; mais je ne puis nier pour cela qu'il n'en ait peut-être quelques-unes qui sont connues de Dieu, bien qu'elles me soient incompréhensibles : c'est pourquoi je ne dis pas absolument qu'il est infini (3).B Cela pourrait recevoir quelque sens plausible, si Descartes distinguait l'indéfini, qui se rencontre dans l'imagination, de l'infini, qui appartient à l'entende-
(1) Rip. àAm.,tl,p. 321.
(S) Prtnc. de la phil., part ii, art. 21.
H 8 LE GARTÉSUNISME
ment, puis rinfini relatif de Tinfini absolu. Pour Timagination le monde est sans bornes assignables, ou indéfini ; pour Tentendement il est un infini relatif, car s'il renferme une infinité de choses, il y a une infinité d'autres mondes possibles, dont chacun en contient aussi une infinité ; d'ailleurs le monde existant, et même tous les mondes possibles, sont nuls devant retendue intelli* gible qui est en Dieu. Mais il est clair que Descartes place son indéfini dans l'entendement comme dans l'imagination, puisqu'il parle de bornes à lui incompréhensibles; par conséquent il en fait un infini réel, et de plus un infini absolu, puisqu'il ne parle ni là ni ailleurs d'infini relatif quant à l'univers. Dès lors Tunivers ou l'étendue matérielle partage l'infinité de Dieu. Cette tendance a pu se joindre à celle d'anéantir l'activité des créatures, pour emporter Spinosa. On se rappelle néanmoins que celui-ci conçoit une étendue intelligible, quoiqu'il ne lui donne pas ce nom ; d'où il faut conclure que la tendance que nous signalons n'a pas contribué beaucoup à l'égarer.
D'après Leibnitz, l'espace est c un rapport, un ordre, non-seulement entre les existants, mais encore entre les possibles comme s'ils existaient. Mais sa vérité et réalité est fondée en Dieu, comme toutes les vérités éternelles (1). » Ici il y a confusion de l'espace créé avec l'espace incréé, puisque les existants, qui devraient former le premier, sont mis sur la même ligne que les
(i) Nouv, e9$ai$f liv. U, chap. xin, art. 17.