‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 58 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ments (1 ), de l'autre, il l'admet, puisqu'il pense qu'à la vérité elle est mortelle , mais cependant qu'elle participe d'une certaine nature divine (2).

Telle est l'opinion jusqu'à Descartes, qui enlève à l'âme les fonctions nutritives ou organiques (8), pour les transporter au corps; mais il les y réduit aux mouvements d'un pur mécanisme. Le corps par lui-même ne renferme, comme auparavant, que de l'étendue; il n'a point en soi le principe de ses mouvements, qui viennent de celui que Dieu imprima à l'étendue totale en la créant, t La digestion des viandes, le battement du cœur et des artères, la nourriture et la croissance des membres, la respiration, la veille, le sommeil, la réception de la lumière, des sons, des odeurs, des goûts, de la chaleur et de telles autres qualités dans les organes des sens extérieurs, leur impression dans l'organe du sens commun, de l'imagination et de la mémoire ; les mouvements intérieurs des appétits et des passions; et enfin les mouvements extérieurs de tous les membres, qui suivent si à propos tant des actions des objets qui se présentent aux sens que des passions et des impressions qui se rencontrent dans la mémoire, toutes ces fonctions suivent naturellement de la seule disposition des organes, ni plus ni moins que font les mouvements d'une horlo]ge de ses contre-poids et de ses roues ; en sorte

(i) « EûsthnavH animam esse hannoniam quatuor elementorum. > Plut, Placita vtt. pkU.f lib. IV, cap. ii.

(2) < Animam nempe non immortalem quidem, divini tamen cuju5dam numinis participem, putans. t Ihid., lib. V, cap. i.

(3) Paê$ion$ de Vâme, part, i, art. i.

qu'il ne faut point concevoir à leur occasion aucun autre principe de . mouvement et de vie que le sang et les esprits agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans le cœur, et qui n'est point d'autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés (1). » Ce que Descartes dit là des fonctions des sens ne regarde que ce qu'elles ont de commun avec les fonctions de la vie organique, ou le jeu de l'organe lorsque nous sentons. Quant à la sensation méme^ c'est-à-4ire à la représentation des objets et au sentiment de plaisir et de douleur, il les attribue à l'âme (2).

Malebranche (3), Régis (4), Bossuet (5), Spinosa (pour qui le corps n'est qu'un mode de l'étendue universelle), adoptent cette doctrine de Descartes sur l'homme. Mais, tandis que Malebranche (6) et Régis (7) ne voient, comiine Descartes lui-môme (8), dans les animaux qu'un mécanisme, Spinosa y voit une âme, dans les plantes aussi, et peut-être dans les corps inorganiques; car il regarde comme animé tout ce dont l'idée est en Dieu, ainsi qu'y est l'idée du corps humain (9). Or, selon lui,

(1) TnHté de Vhomme, art. dernier.

(2) Œuv., t. I, p. 17i; t. IV, P(u$Um de Vâme, part, i, depuis l*art. 17 jusqu^à l'art. 29.

(3) Rech, de la Vérité, liv. I. chap. x, liv. H, part. i. (i) Syst, de phil.^Phys,, liv. Vm, part, ii, chap. i.

(5) Connaissance de Dieu et de soi-même, chap. ii, art. U.

(6) Rech. de la Vérité, liv. VI, part, ii, chap. vu.

(7) Syst, de phiL — Phys., liv. VU, part, ii, chap. xvii.

(8) Œuv.,i, I, p. 189; t. VU, p. 396 ; t. VUI, p. «99. 336.

(9) « En que buciisque osteodimas, admodum communia snnt, nec roagis ad homines quam ad reliqua individua pertinent, qu» omnia, quamvis diversis gradibus, animata tamen sont. Nam cujuscomque rei datur necessario in Deo idea,

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