PREMIÈRE PARTIE
de rbomroe, la conséquence devait être Urée, et ii parait qu^elle Ta été par le restaurateur de Tanimisme.
Leibnitz avait fait des observations critiques (1) sur l'ouvrage de Stahl ; celui-ci répondit. Dans la réplique de Leibnitz on trouve : « Prétendre^ coname fait Tauteur de la réponse, que T&me puisse être divisée et demeurer en partie dans le cœur après qu'on a arraché celui-ci^ qu'est-ce autre chose que mettre cette àme au rang des corps?... Ceux qui fondent Timmorfalité de T âme uniquement sur la lumière de la foi et la grâce divine, c'està-dire sur une opération extraordinaire et miraculeuse, affaiblissent la théologie naturelle et nuisent grandement à la religion, dont les points principaux et toujours subsistants, comme la providence de Dieu et Timmortalité de Pâme, doivent s'appuyer sur la raison. L'auteur de la réponse en vient enfin à nier l'immortalité de Fâme (2). » Ainsi qu'Épicure, Stahl suppose donc l'âme corporelle et mortelle. C'est de l'animisme, comme du panthéisme, qu'est sorti le matérialisme du dernier , siècle et du siècle actuel. Biran développe à sa manière cette filiation (3). Qu'importe que ce matérialisme se cramponne à l'activité de la matière? Elle ne peut suffire.
(1) Op., t II. part. II» p. 131.
(2) Aoioiam certe animalis dividi in partes, et pro parte in corde evulso manere, qnod iîmmt Respomio, qu>d aliud est quam animam talem esse corpus?.. Qui HDniortalitaleiD aniinsB ex solo fidei lumine et gratia divina, id est miraculosa et extraordinaria operatione, dérivant, tlieologiam naturalem débilitant et plurimum rdigiooi noceiit, cujos priroaria et perpétua capita, velut providcntia Dei et immorlalilas anims, ratione niti debent. Hesponsio tandem liuc descendit, ut ncget animam esse immortalem. Ibid.^ p. 157.
(3) Rapp. du phy.t etc., p. U.
4i6 LE GARTÉSIANISBIE.
j C'est un aveuglement passionné qui veut tout rapporter
j au corps, parce qu'on a voulu tout rapporter à Tesprit ;
^ il tombera conune Tanimisme. La physiologie sera con-
^ trainte d'avouer que la pensée revient à une substance
différente du corps, et la philosophie que la nutrition et la sensation reviennent à une substance différente de l'esprit. Connaître^ raisonner, se résoudre librement^ est aussi étranger à l'organisme que digérer, sécréter, imaginer, l'est au moi.
Bossuet dit < que si l'&me n'avait que les opérations I intellectuelles, elle serait tellement au-dessus du corps,
i qu'on ne saurait par où elle y devrait tenir (i). » Mais
< sait-il donc mieux par où les opérations intellectuelles
tiennent dans l'âme aux opérations sensibles, dont il la gratiûe? Associer l'âme jouissant des unes, au corps jouissant des autres^ n'est-il pas plus naturel que de les mettre ensemble dans l'âme? L'union des deux sujets où elles subsistent respectivement, ne se conçoit-elle pas plutôt que leur réunion dans un sujet unique? Il répugne moins de voir unies^ même de la façon la plus intime^ deux choses essentiellement différentes, que de voir ces deux choses ne former qu'un seul être.
Descartes croit que sentir et imaginer appartiennent à l'âme (2), parce qu'ils se rencontrent en elle comme entendre et vouloir (S). Ils s'y rencontrent en effet, de même que tout le reste, en tant qu'elle en prend con-
(1) Conn. de Dieu, etc., chip, in, art. 3.
(2) Fornuition du fœtus, art 3.
(3) (Etfv.,t.I, p.S63.
PREUIËRE PARTIE. U7
naissance; mais la preuve qu'ils n*ont point leur siëge dans Tàrne, c'est qu'ils se montrent hors d'elle, dans les songes, pendant que sa puissance de comprendre et de vouloir est suspendue. Peu importe Tinaclion des organes de la vue, de Toule, de l'odorat, du goût, du tact ; ce Q*est point dans les yeux, les oreilles, la bouche, le nez, la peau, que la sensation a lieu, c'est au cerveau. Voilà pourquoi dans les rêves nous n'imaginons pas seulement les objets corporels, mais nous les voyons, les entendons, les odorons, les goûtons, les touchons, et souvent nous en sommes affectés de plaisir et de douleur. Dans t^et état, l'imaginer et le sentir s'isolent du penser et du vouloir, la vie animale de la vie intellectuelle. Le sommeil profond et sans rêve isole à son tour dans le corps la nutrition de Timagination et de la sensation, la vie végétative de la vie animale, et offre ce qui nous est commun avec les plantes, de même que les rêves, le somnambulisme, ce qui nous est commun avec les animaux, de même que la veille ce qui nous est commun avec les purs esprits.
Descartes confond la sensation avec la perception que Tâme en a ; c'est une erreur de tous les animistes, t Dans la langue commune aux métaphysiciens et aux physiologistes, dit Biran, le terme général sensation exprime tout mode simple de plaisir ou de douleur, soit que la conscience ou le moi prenne actuellement une part expresse à l'affection, ou au résultat immédiat d'une impression reçue, soit qu'il n'y ait rien de pareil, et que ranimai seulement pd^me plaisir ou douleur^ De là une
équivoque de mots, dont Gondillac et son école ont tant et si étrangement abusé ; de là aussi bien des illusions systématiques qui accusent la langue et un défaut essentiel d'analyse. Otez la conscience ou le mot d*une sensation ou représentation, que reste-t-il? Rien, ou un pur abstrait, diront presque tous nos métaphysiciens, physiologistes et autres. Je prétends, moi, que ce qui reste est encore un fait, un mode positif de Texistence animale, qui constitue la vie même tout entière d'une multitude d'êtres auxquels nous attribuons avec raison une sensibilité et tout ce qui en dépend, sans être nullement fondés à leur accorder une âme, une pensée, un moi comme le nôtre... L'être purement sensitif ignore sa vie ou son existence comme les fonctions et les diverses impressions dont elle se compose : Vivii^ et est vilœ nescius ipse suœ... L'homme, être intelligent, aperçoit ou sent ce qui se passe en lui. . . non-seulement il vit et sent comme l'animal, il a de plus l'aperception interne de sa vie fondamentale et des sensations qui la modifient (1). •
Les cartésiens et leur chef argumentent aussi de la nature du corps, pour lui refuser la vie sensible. Est-il possible, disent-ils, qu'un composé d'étendue^ quels que soient la figure, la disposition, le mouvement de ses parties, sente, imagine? Non, vraiment, et Ton plaint Maiebranche de la peine qu'il se donne à le démontrer en forme (2). Remarquons qu'ils jugent tous fort bien ce
(1) Rapp, duphy,t etc., p. 83, 87, 88.
(2) Heeh. de la Vér., liv. I, ch. x. •— EfUret. $ur la mélaphffs., i.