PREMIÈRE PARTIE. U
composé ou le corps capable de la vie nutritive, et leur grande raison est celle de Descartes que c nous voyons des horloges, des fontaines artificielles, des moulins et autres semblables machines, qui, n'étant faites que par la main des hommes, ne laissent pas d'avoir la force de se mouvoir d'elles-mêmes en diverses façons (1). » D'od il suit que notre corps, formé de la main de Dieu, peut opérer tout ce que nous voyons en lui, quoiqu'il ne soit non plus qu'une statue ou machine de terre (2). Les horloges marquent les heures ; les fontaines artificielles dispensent l'eau, selon la volonté de leur auteur; les mou* lins transforment les grains en poudre : donc, avec des pièces plus artiiicieusement arrangées et des mouvements plus fins et plus compliqués^ le corps digère, retire, forme le sang, sécrète les humeurs, se reproduit. Nos mécanistes s'appuient encore du phénomène de la flamme, c On voit, dit Leibnitz, quelque chose d'analogue à la végétation dans le corps le plus subtil et cependant le moins vivant, la flamme, qui se nourrit et se propage, et qui, lorsque l'aliment commence à lui manquer, se répand en mouvements singuliers, dans un but de conservation (3). « Eh bien ! qu'ils nous montrent une machine et la flamme fabriquant le plus sin^ple produit
(1) De l'Homme, art. 3.
(2) fkUL, art t ; Pau. de Vâme, part, i, art. i. — > DUeoun sur la méthode^ part Y.
(3) Videnras aliquid vegetatiom aoalogum in corpore maxime fluxili» sed minime yI?o, nempe flamma, qoae sese nutrit propagatque, et alimento defice^'e tndpieote, roiris rooCibus discurrit, id agens ut se tueatur. (Leibnitz, t. II, \ïui. ii, p. 138.)
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de Torganisme, par exemple de la salive, alors on pourra les entendre. Mais on les en défie.
Descaries assimile le corps à une statue. Plus tard, et probablement à son imitation, Gondillac y assimile r&me (1); l'un n'est guère moins absurde que l'autre. Si le corps présente un organisme qui n'est point dans l'âme, et qui le rapproche d'une mécanique, la vie qui l'anime et la force par laquelle il se meut, sont aussi différentes du jeu d'une machine que la pensée. On admire les machines arithmétiques de Pascal et de Leibnitz ; mais que dirait-on d'eux, s'ils avaient prétendu les donner comme le cerveau du mathématicien ! Que Descartes et ses adhérents cessent de nous dire que s'ils ne ramenaient pas les causes de la vie corporelle à la grandeur, à la figure et aux mouvements, ils ne sauraient l'expliquer; ils ne l'expliquent que telle qu'ils se la forgent dans la tête, et non telle qu'elle subsiste réellement , parce qu'en effet elle est inexplicable dans ses causes premières.
Puisque l'étendue se refuse aux fonctions nutritives, à plus forte raison aux fonctions sensitîves. Mais où donc ont-ils trouvé l'étendue? Je vois dans l'univers des animaux étendus, des plantes étendues, des minéraux éten-* dus, des planètes et des étoiles étendues ; pour l'étendue, je ne l'aperçois nulle part. Comme l'une des propriétés fondamentales des corps, rien de plus réel; comme substance, comme être à part^ ou, ce qui revient au
(1) Traité des SematUms.