PREMIÈRE PARTIE
même, comme les constituant seule, elle n'est qu'une chimère, qu'une invention de Tesprit. Essayez de l'isoler, même dans le règne inorganique, vous n'y parviendrez jamais : Tafiinité, la cohésion, l'attraction, une foule de propriétés l'accompagnent sans cesse, lui sont inhérentes, tout comme l'étendue est inhérente à ces propriétés. Anéantissez l'étendue, s'écrie Malebranche, vous anéantissez les corps; donc les corps ne sont que l'étendue (1). Quoique cette conclusion favorise l'opinion de Leibnitz touchant la nature des phénomènes, il ne peut s'empêcher d'en relever le vice, et de répondre : t Je le nie; cela prouve seulement que l'étendue entre dans Tessence ou la nature des corps, mais non pas qu'elle soit toute leur essence (2). i
Tant qu'on supposa que l'âme exerçait les fonctions du corps, on ne put douter qu'elle n'agît sur lui, puisqu'elle lui communiquait la vie et le mouvement. On croyait aussi que le corps agissait sur l'âme, parce qu'alors on le considérait non plus comme composé seulement d'étendue, et par conséquent inerte, mais comme ayant en propre l'activité qu'il empruntait de l'âme. Aussi n'était-ce point réellement le corps qui agissait sur l'âme, c'étaient les puissances inférieures de l'âme qui agissaient sur ses puissances supérieures. Jusqu'où étendait-on l'action de l'un à l'égard de l'autre? Il serait trop long de l'exposer, et quelquefois difficile de le dé-
(1) Eniret. »ur la métaphyt.y i.
(2) Op., t. n, part. I» p. 202.
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couvrir. Qu'il sufi&se de remarquer que Démocrite, Épicure, les Stoïciens, Aristote, soumettaient l^àme à Tinfluence du corps beaucoup plus que Platon, Plotin et saint Augustin, puisque les premiers dérivaient en totalité ou en partie la connaissance des sensations, tandis que les autres n*y voyaient qu'un simple accident par lequel Pâme était avertie, et qui lui indiquait les objets corporels.
Du moment que Ton a commencé de retirer à T&me les fonctions du corps et de les restituer à celui-ci, leur mutuelle influence a diminué. Voici à quoi Descartes la réduit : c Concevons que l'âme a son siège dans la petite glande (pinéale) qui est au milieu du cerveau, d'où elle rayonne dans tout le reste du corps par Fentreroise des esprits^ des nerfs et même du sang qui, participant aux impressions des esprits, les peut porter par les artères en tous les membres; et nous souvenant de ce qui a été dit ci-dessus de la machine de notre corps, à savoir que les petits filets de nos nerfs sont tellement distribués en toutes ses parties, qu*à Toccasion des mouvements qui y sont excités par les objets sensibles, ils ouvrent diversement les pores du cerveau, ce qui fait que les esprits animaux contenus en ces cavités entrent diversement dans les muscles, au moyen de quoi ils peuvent mouvoir les membres en toutes les diverses façons qu'ils sont capables d'être mus, et aussi que toutes les autres causes qui peuvent mouvoir diversement les esprits suffisent pour les conduire en divers muscles, ajoutons ici que la petite glande (pinéale), qui est le princi-