PREMIÈRE PARTIE
pal siège de Tâme, est tellement suspendue entre les cavités qui contiennent ces esprits, qu'elle peut être mue par eux en autant de diverses façons qu'il y a de diversités sensibles dans les objets; mais qu'elle peut aussi être diversement mue par Tâme, laquelle est de telle nature, qu'elle reçoit autant de diverses impressions en elle, c'est-à-dire qu'elle a autant de diverses^ ^perceptions qu'il arrive de divers mauvemetits en cette glande; comme aussi réciproquement la machine du corps est tellement composée, que de cela seul que cette glande est diversement mue par F âme ou par telle autre cause que ce puisse être, elle pousse les esprits qui Fenvironnent vers les pores du cerveau, qui les conduisent par les nerfs dans les muscles, au moyen de quoi elle leur fait mouvoir les membres (1 ) . »
Mais comment l'âme a-t-elle autant de diverses per^ ceptions qu'il arrive de divers mouvements en la glande pinéale? C'est parce que ces mouvements sont institués de la nature pour les lui faire avoir (S); c'est qu'ils lui don« neiït occasion de sentir(â), c'est-à-dire encore de les avoir.
Comment cette glande peut-elle être mue par F âme? c Toute l'action de l'âme consiste en ce que^ par cela seul qu'elle veut quelque chose, Me fait que la petite glande^ à qui elle est étroitement jointe, se meut en la
(1) Op., t. IV, p. 66. Past.^ part, t» art. 3i.
(2) Op., t. V, p. 5i. Diopt, diic, 6.
(3) Ihid,, p. 40, di$e. i.
façon qui est requise pour produire Teffet qui se rapporte à cette volonté (1). »
Ainsi, d'après Descartes^ les mouvements de la glande pinéale sont Voccasion des perceptions correspondantes de r&me; et la volonté de Vâme fait qtie la glande a les mouvements qui correspondent à cette volonté. Cette dernière assertion est ambiguë. La volonté est-elle cause ou seulement occasion des mouvements de la glande? Glerselier, ami intime de Descartes et éditeur de ses œuvres posthumes, dit, sans doute comme le tenant de lui, que Dieu seul « est capable d'imprimer le premier mouvement au corps, que Tâme peut seulement être capable de déterminer celui qui est déjà imprimé (2), » ce qui s'accorde avec les paroles suivantes de Descartes» et les explique : a Les mouvements mêmes qu'on appelle volontaires procèdent principalement de la disposition convenable des organes, puisqu'ils ne peuvent être excités sans elle, quelque volonté que nous en ayons, bien que ce soit Pâme qui les détermine (3). »
Otez donc cette circonstance, et Cordemoî fut le premier à la supprimer (ft), ôtez cette circonstance que l'âme change la direction des mouvements appelés volontaires^ et elle sera seulement l'occasion de ces mouvements, de même que le corps est l'occasion des pensées de l'âme. Voilà le système des causes occasion-
(1) Op., t. IV, p. 72. Pass., part, i, art. il.
(«) pp., t. X, p, 540.
(3) Op., t. IV, p. 43. Form.du fœtus, art. 34.
l4) Le Discernement du corps et de Vâme, p. 135, an. 1666.
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nelles de Malebranche, qui, par conséquent, ne Ta point inventé, système vers lequel Descartes incline tout entier et dont il ne se sauve que par cette action secondaire quMl laisse à Tâme dans la volonté. Bégis et Laforge, deux de ses plus fidèles disciples, ainsi que Geulincx d* Anvers, y tombent complètement, quoique le premier proscrive le nom. c Les mouvements du corps, dit Régis, n'agissent sur l'âme que par la volonté de Dieu, en tant qu'il a résolu de produire certaines pensées dans r âme, toutes les fois que les objets ejcternes causeront certains mouvements dans les corps. Ce que je dis des nîbuvements du corps à l'égard des pensées de l'âme, Be doit entendre réciproquement des pensées de Tâme à regard des mouvements du corps, qui leur correspondent (1). » — « Dieu, dit Laforge, donne à l'esprit les pensées que nous remarquons qui lui viennent à l'occasion des mouvements de son corps, et détermine les mouvements de son corps de la manière qu'ils doivent être pour être soumis à la volonté de l'esprit (2). » II suit de là que Dieu, comme l'enseigne Malebranche, fait tout dans le corps et dans Tâme ou que tous les deux sont privés d'activité; et, pour le confesser, il suffirait à Régis et Laforge de s'entendre eux-mêmes.
Spinosa nie pareillement que l'âme influe sur le corps et le corps sur l'âme, et soutient € que l'âme reçoit ses idées de Dieu, en tant qu'il est une chose pensante, et
(1) Syit, de phil, métapkyi,t fi^. I> part ii, chap. y. (S) Traité de resprit de Vhomme, p. Î59, an. 1666.
le corps ses mouvements, en tant qu'il est une chose étendue (1). » D'après lui cependant, Dieu n'agit point avec intelligence et liberté, il ne produit les mouvements et les idées que par une nécessité aveugle. Comment donc l'âme et le corps s'accordent-ils? C'est « qu'ils ne sont qu'une seule et même chose conçue, tantôt comme pensante et tantôt comme étendue. D'où il résulte que l'ordre, l'enchaînement des choses est le même, qu'on l'envisage sous le rapport de la pensée ou sous le rapport de l'étendue; par conséquent, que l'ordre des actions et des passions du corps va toujours avec l'ordre des actions et des passions de Tesprit (2). » Ici Spinosa semble se moquer de ses lecteurs. Quoi! Tftme et le corps ne sont que la même chose, et il n'y a rien de commun entre ce qui se passe dans l'un et ce qui se passe dans l'autre! Dites plutôt qu'il ne s'y peut rien passer de différent, que les pensées appartiennent au corps comme à rame, et les mouvements à l'âme comme au corps; dites que cette chose unique que vous nous faites, que cette étendue, cette matière animée à laquelle en définitif vous nous réduisez, pense et se meut. Ainsi parlent, plus francs ou plus conséquents, les matérialistes modernes,
(1) c Omnes cogttandi modi Deum, quatenus est res cogitans, pro ctosa babenl. Quicquid in corpore oritur, id a Deo oriri debuit, quatenus aliquo extensionismodo affecUis consideratur. » Eth.. part, m, prop. 2.
{2; Mens et corpus una, eademque res est, quse jam sub cogitationis. jtm sob extentionis attributo concipitur. Unde fil, ut ordo, sWe renim concatenatio una sit, siye natura sub hoc, sive sub illo attributo condpiatur, coosequenter ut ordo actio* num et passionum corporis nostri simul sit natura cum ordine actionum et passk)num mentis. » /Ud., coroL