‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 68 sur 230 · PREMIÈRE Partie · texte numérisé non relu

PREMIÈRE Partie

lité de théologien. Il en est ainsi de Régis, lorsqu'il dit que « la raison humaine fut tellement affaiblie par le pé« ché d*Adam, qu'à mesure qu'on s'éloignait de l'origine des choses, la plupart des hommes tombaient dans l'aveuglement (1). > Ailleurs (2), faisantl'bistoire de l'Eglise, il regarde le péché originel conmie un dogme entièrement de foi et étranger à la philosophie. Aux yeux du sensualiste Locke, la chute primitive n'a causé que la mort du corps, et point du tout la corruption de la nature humaine {&).

Halebranche, principal promoteur du système opposé Bur les idées, croit que la chute primitive nous a corrompus, et il emploie cette corruption à expliquer les désordres qui sont en nous. En voici un exemple touchant la difficulté de chercher le vrai : c L'homme, pour ainsi dire, n'est que chair et que sang depuis le péché. La moindre impression de ses sens et de ses passions rompt la plus forte attention de son esprit ; et le cours des esprits et du sang l'emporte avec soi, et le pousse continuellement vers les objets sensibles. C'est souvent en vain qu'il se roidit contre ce torrent qui l'entratne; et c'est rarement qu'il s'avise d'y résister, car il y a trop de douceur à le suivre et trop de fatigue à s'y opposer. L'esprit donc se rebute et s'abat aussitôt qu'il a fait quelque effort pour se prendre et pour s'arrêter à quelque vérité (4). •

(i) Syst. dephil, morale, Ihr. ni, chap. i.

(i) Usage êe la Raison et de la Foi^ Uv. 111, chap. xix.

(3) Christianisme raisonnable, chap. i.

(4) Reeh, de la Vérité, liv. 111, part, ii, chap. ix, art. 2.

Mais Malebranche va beaucoup plus loin, et pense que cette corruption était nécessaire pour embellir la cité future des esprits : c Ce qui fait la beauté d'un temple, c'est Tordre et la variété des ornements qui s'y rencontrent. Ainsi, pour rendre le temple vivant de la majesté de Dieu digne de celui qui doit T habiter, et proportionné à la sagesse et à l'amour infini de son auteur, il n'y a point de beautés qui ne doivent s'y trouver. Mais il n'en est pas de même de la gloire et de la magnificence de ce temple spirituel, comme des ornements grossiers et sensibles des temples matériels. Ce qui fait la beauté de l'édifice spirituel de l'Eglise, c'est la diversité infinie des grâces que celui qui en est le chef répand sur toutes les parties qui la composent ; c'est l'ordre et les rapports admirables qu'il met entre elles ; ce sont les divers degrés de gloire qui éclatent de tous côtés. Il suit de ce principe que, pour établir cette variété de récompenses qui fait la beauté de la céleste Jérusalem, il fallait que les hommes fussent sujets sur la terre, non-seulement aux afflictions qui les purifient, mais encore aux mouvements de la concupiscence, qui leur font remporter tant de victoires, en leur livrant un si grand nombre de divers combats. Les bienheureux, dans le ciel, auront sans doute une sainteté et une variété de dons qui répondront parfaitement à la diversité de leurs bonnes œuvres. Ces sacrifices continuels, par lesquels le vieil homme se détruit et s'anéantit, couvriront de grâces et de beautés la substance spirituelle de l'homme nouveau. Et s'il a fallu que Jésus-Christ souffrît toutes sortes d'afflictions avant que

Page 1