‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 69 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

d'entrer en possession de sa gloire, le péché du premier homme, qui a fait entrer dans le monde les maux qui accompagnent la vie, et la mort qui la suit, était néces* saire, afin que les hommes, après avoir été éprouvés sur la terre, fussent légitimement comblés de cette gloire dont la variété et Tordre feront la beauté du monde futur (1). 1 Sur cette raison^ et sur celle que les créatures ne méritaient point d'elles-mêmes que Tétre infini leur communiquât Texistence (S), Tauteur établit la nécessité de rincarnation, qui répare le péché originel et rend r univers digne de Dieu. Cette prétendue nécessité sera examinée lorsque nous parlerons de Toptimisme.

Aucune dépravation ne peut exister dans nous, suivant Spinosa, qui n'admet ni vérité ni erreur, ni bien ni mal, et pour qui chaque chose est toujours nécessairement ce qu'elle doit être* Malebranche ne penserait pas autrement, s'il était fidèle à son principe, que nous voyons tout en Dieu, qui fait tout dans les créatures. Alors l'âme n'ayant point de liberté, point de mouvement propre, il lui serait impossible de se séparer de Dieu ou de se corrompre. Adepte de la vraie théorie des idées, Leibnitz serait trop inconséquent de méconnaître le désordre originel qui nous travaille. Cependant il ne s'occupe point de le prouver, il cherche seulement à expliquer comment il s'est propagé (3) , et surtout à justifier la bonté de Dieu, à quoi est employée la majeure partie de la Théodicée. Bossuet

(1) Traité de la Nat. et de la Grâce» dise, i, art. 30.

(î) md,, art. U.

(3) Théod,^ art. 86 et suiv.

s*arréte souvent à le démontrer ; il en considère les suitesi par exemple, dans le Sermon sur la mort et sur C immortalité^ dans le Discours sur la profession de foi de madame La Vallière^ dans les Élévations sur les mystères , et le Discours sur F histoire universelle.

Mais celui qui en a fait son affaire, celui qui relève Terreur ou supplée Toubli de Descartes, c'est Pascal. Dans ses Pensées^ il adopte une marche pareille à celle que suit Fauteur des Méditations^ et il est vraisemblable que cette dernière a insinué l'autre. Il met tout dans un doute absolu, non pas, il est vrai, en considérant, comme Descartes, les puissances de Tâme, mais les vérités religieuses et morales, mais la vie humaine, où les opinions, les coutumes, les usages^ les mœurs, les lois, les cultes, sont dans un flux et reflux perpétuel; où « Ton ne voit presque rien de juste ou d'injuste, qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité, ou peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques. Plaisante justice, qu'une rivière ou ime montagne borne! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà : le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a sa place entre les actions vertueuses (1 )• Cette maîtresse d'erreur, qu'on appelle fantaisie et opinion, est d'autant plus fourbe, qu'elle ne l'est pas toujours; car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l'était infail-

(i) Pen$ée$f part. i. art. 6, n« 8.

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