‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 70 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

lible du mensonge. Mais étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant de même caractère le vrai et le faux. Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se platt à la contrôler et à la dominer, pour montrer combien elle peut en toutes choses, a établi dans T homme une seconde nature. Elle a ses heureux et ses malheureux ; ses sains, ses malades ; ses riches, ses pauvres ; ses fous et ses sages. Elle dispose de tout. Elle fait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde (1). » Pascal sonde Thomme dans ses rapports avec les diverses parties de soi-même, avec ses semblables, avec T univers, avec son auteur ; il le montre à lui-même enveloppé d'incertitudes et de misères, ne sachant ni d'où il vient, ni où il va, ni ce qu'il doit faire, ni ce qu'il est. c En voyant, dit-il, l'aveuglement et la misère de l'homme, et ces contrariétés étonnantes qui se découvrent dans sa nature, et regardant l'univers muet, et l'homme sans lumière, abandonné à lui-même, comme égaré dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il est venu y faire, ce qu'il deviendra en mourant, j'entre en effiroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveillerait sans connaître où il est, et sans avoir aucun moyen d'en sortir. Et sur cela j'admire comment on n'entre pas en désespoir d'un si misérable état. Je vois d'autres personnes auprès de moi de semblable nature ; je leur demande

(1) Penêiei, part, i, art. 6, n» 3.

s'ils sont mieux instruits que moi, et ils me disent que non ; «t sur cela, ces misérables égarés ayant regardé autour (nkx, et ayant vu quelques objets plaisants, s'y sont donnés et s'y sont attachés. Pour moi, je n'ai pu m'y arrêter, ni me reposer dans la société de ces personnes semblables à moi, misérables comme moi, impuissantes comme moi. Je vois qu'ils ne m'aideraient pas à mourir : je mourrai seul ; il faut donc faire comme si j'étais seul. Or, si j'étais seul, je ne b&tirais point de maisons, je ne m'embarrasserais point dans les occupations tumultuaires, je ne chercherais l'estime de personne, mais je tâcherais seulement de découvrir la vérité.

« Ainsi, considérant combien il y a d'apparence qu'il y a autre chose que ce que je vois, j'ai recherché si ce Dieu, dont tout le monde parle, n'aurait pas laissé quelques marques de lui. Je regarde de toutes parts, et ne vois partout qu'obscurité. La nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude. Si je n'y voyais rien qui marquât une divinité, je me déterminerais à n'en rien croire. Si je voyais partout les marques d'un Créateur, je reposerais en paix dans la foi. Mais voyant trop pour nier, et trop peu pour m'assurer, je suis dans un état à plaindre, et où j'ai souhaité cent fois que si un Dieu soutient la nature, elle le marquât sans équivoque; et que si les marques qu'elle en donne sont trompeuses, elle les supprimât tout à fait; qu'elle dtt tout, ou rien, aGn que je visse quel parti je dois suivre* Au lieu qu'en l'état où je suis, ignorant ce que je suis et ce que je dois faire,

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