‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 7 sur 230 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Rappel de la pensée li elle-même par Deicartes.

Par oii commencera Descartes? Par où commencent et commenceront toujours les promoteurs des révolutions philosophiques, par rappeler la pensée à elle-même. 11 ne le fait point autrement que Platon et saint Augustin^ car il n*y a pas deux manières; comme eux, il le fait par le doute. • A peine, dit en substance Fauteur du Discours sur la méthode et des Méditations métaphysiques, à peine avais-je terminé les études de collège, je m'aperçois tristement que je n'ai point acquis la connaissance claire et assurée de ce qui est utile à la vie. Je suis fatigué de Terreur, en proie à Tincertilude. Je me résous de chercher la science en moi-même, ou bien dans

le grand livre du monde, et je parcours les peuples. Trouvant dans leurs mœurs la même diversité que dans les opinions des auteurs, et des choses aussi extravagantes et aussi ridicules, je ne retire de mes voyages, comme de mes études et de mes lectures, que d'avoir de plus en plus découvert mon ignorance. Je me tourne vers moi. Que de fois les sens nous trompent I Afin de n'être point surpris, je suppose quMI n'y a aucune chose qui soit telle qu'ils nous la font imaginer. Qui ne s'est mépris en raisonnant, même sur les plus simples matières de géométrie? Je rejette comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstratives. Les pensées qu'on a, étant éveillé, peuvent aussi venir dans le sommeil ; je feins que toutes celles qui m'entrèrent jamais dans l'esprit ne sont pas plus vraies que les illusions de mes songes. Je m'échappe de tous côtés à moi-même. Ne serais-je donc plus moi-même qu'une illusion ? Mais pendant que je veux penser ainsi que tout est faux, il est nécessaire que moi, qui le pense, sois quelque chose. Je doute,^ je pense, donc je suis : voilà une vérité inébranlable au doute, puisque le doute ne peut exister que par elle, que pour douter, il faut penser, que pour penser, il faut être.

c Le doute est une imperfection ; connaître avec certitude est plus parfait que douter. Plus parfait ! D'où vient que je pense à une chose plus parfaite que je ne le suis moi-même, et à la plus parfaite qui soit possible ? Cette idée que j'ai du plus parfait, je ne saurais la tenir du néant ; je ne saurais non plus la tenir de moi, car il ré-

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