PREMIÈRE PARTIE
je ne connais ni ma condition, ni mon devoir. Mon cœur tend tout entier à connaître où est le vrai bien, pour le suivre. Rien ne me serait trop cher pour cela.
« Je vois des multitudes de religions en plusieurs endroits du monde, et dans tous les temps. Mais elles n'ont, ni morale qui puisse me plaire, ni preuves capables de m'arrêter. Et ainsi j'aurais refusé également la religion de Mahomet, et celle de la Chine, et celle des anciens Romains, et celle des Égyptiens, par cette seule raison que Tune n'ayant pas plus de marques de vérité que Tautrci ni rien qui détermine, la raison ne peut pencher plutôt vers Tune que vers Tautre. » Cependant, après s'être plongé, roulé dans les doutes et les incertitudes, Pascal découvre un point fixe et inébranlable, qui devient pour lui ce qu'est pour Descartes la conviction de l'existence de la pensée : c'est l'existence prodigieuse du peuple juif, dépositaire de la vérité, par son institution.
« Hais en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de croyances dans les divers temps, je trouve en une petite partie du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples de la terre, et dont les histoires précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous ayons. Je trouve donc ce peuple grand et nombreux, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu'ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu'ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères ; que tous les hommes sont corrompus et dans la disgr&ce de Dieu ; qu'ils sont abandonnés à leurs sens et à leur propre esprit ; et que
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de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de rdigion, et de coutumes; au lieu qu'eux demeurent inébranlables dans leur conduite ; mais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres; qu'il viendra un libérateur pour tous; qu'ils sont au monde pour Tannoncer ; quMis sont formés exprès pour être tes hérauts de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s'unir à eux dans l'attente de ce libérateur (1). »
« J'ai créé l'homme saint, innocent, parfait, dit Dieu par la bouche de ce peuple. Je l'ai rempli de lumière et d'intelligence. Je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L'œil de l'honmie voyait alors la majesté de Dieu. Il n'était pas dans les ténèbres qui l'aveuglent, ni dans la mortalité et les misères qui Taffligent, Hais il n'a pu soutenir tant de gloire, sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-même, et indépendant de mon secours. Il s'est soustrait à ma domination ; et s' égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même, je l'ai abandonné à lui ; et révoltant toutes les créatures qui lui étaient soumises, je les lui ai rendues ennemies : en sorte qu'aujourd'hui l'homme est devenu semblable aux bêtes, et dans un tel éloignement de moi, qu'à peine lui reste-t-il quelque lumière confuse de son auteur : tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées I Les sens indépendants de la
(i) Pmiée$t part.n, art. 7, n. 1.