‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 72 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE. n · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. n

raison, et souvent maîtres de la raison, l*ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures, ou Taffligent, ou le tentent, et dominent sur lui, ou en le soumettant par leur force, on en le charmant par leurs douceurs ; ce qui est encore une domination plus terrible et plus impérieuse(l).» — tPourmoi,reprendPascal,j'avouequ*au88itôt que la religion chrétienne découvre ce principe, que la nature des hommes est corrompue et déchue de Dieu, cela ouvre les yeux à voir partout le caractère de cette vérité. Car la nature est telle qu*elle marque partout un Dieu perdu, et dans Thomme, et hors de l'homme (2), » Saisir donc Texistence du peuple juif, et du même coup Texistence de Dieu, est pour Pascal la double vérité fondamentale, comme Test pour Descartes saisir sa propre existence, et du même coup aussi Texistence de Dieu. La manière de philosopher de Tun, nécessaire pour compléter la manière de philosopher de l'autre, n'est bonne non plus que comme en étant le complément. Le fondement premier du vrai ne se rencontre que dans la perception intérieure des idées générales ; et ce fondement ne peut être ébranlé que parce que les idées générales en nous ont perdu une partie de leur énergie naturelle, c'est-à-dire que l'esprit qu'elles constituent est corrompu. De là les ignorances, les erreurs, les misères dont Pascal recherche la cause. Le peuple juif, en la lui apprenant, le conduit par là même à Dieu, puisque la corruption de notre esprit vient de ce qu'il s'est éloi-

(i) Peméôit Art. S, n. 1.

(2) IM., n. 5.

gné de Tesprit souverain. Mais où Pascal trouve-t-il la connaissance nette de Dieu, celle de la corruption de notre nature, celle de sa perfection originelle ? Ce n'est pas sans doute dans la lettre de la Bible, car les signes ne peuvent éclairer Tesprit. S'ils Taident à tourner son attention sur les idées qui font sa nature et sur celles qui font la nature de Tentendement divin, et à les percevoir, ils ne font ni les idées ni la perception des idées, unique source de la connaissance. Lors même qu'il s'agit de vérités surnaturelles, qui nous passent, comme Tincarnation et les sacrements, qu'il faut croire sans les comprendre, nous ne les acceptons sur l'autorité de Dieu que par l'idée que nous avonsde lui, qu'étant la vérité essentielle, il ne saurait nous tromper.

Ainsi, au fond, Pascal ne sort de son scepticisme qu'en se saisissant et en saisissant Dieu dans les idées générales, comme Descartes. C'est pourquoi il faut se garder de le confondre avec Montaigne, Huet^ évéque d'Avranches^ M. de Lamennais, et de s'imaginer qu'il nie la raison humaine, et tente de la remplacer par la foi et l'autorité sacerdotale. Très-gratuitement on lui a prêté quelquefois cette extravagante absurdité. Ses réflexions sur VatUarité en matière de philosophie^ sur la géométrie en général^ sur l'art de persuader^ où il traite de la force de la raison et des moyens naturels de la conduire et de la convaincre, attestent sa confiance en elle. Il est vrai qu'il lui suppose, particulièrement en ce qui concerne nos devoirs religieux et moraux, le besoin d'une assistance extérieure divine. Mais par là, encore une

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