PREMIÈRE PARTIE
fois, il ne fait que remplir une lacune, ou redresser une erreur de Descartes. En général, il prend assez bien le juste milieu : c La dernière démarche de la raison, dit-il, c'est de connaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent. .. Il faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, se soumettre où il faut. Qui ne fait ainsi, n'entend pas la force de la raison. Il y en a qui pèchent contre ces trois principes, ou en assurant tout comme démonstratif, manque de se connaître en démonstrations ; ou en doutant de tout, manque de savoir où il faut se soumettre ; ou en se soumettant en tout, manque de savoir où il faut juger.
« Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux, ni de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule. La raison, dit saint Augustin, ne se soumettrait jamais, si elle ne jugeait qu'il y a des occasions où elle doit se soumettre. II est donc juste qu'elle se soumette quand elle juge qu'elle doit se soumettre, et qu'elle ne se soumette pas quand elle juge avec fondement qu'elle ne doit pas le faire ; mais il faut prendre garde à ne pas se tromper (1). »
c D'où apprendrons-nous la vérité des faits? Ce sera des yeux qui en sont les légitimes juges, comme la raison l'est des choses naturelles et intelligibles, et la foi des choses surnaturelles et révélées. Selon le sentiment de
(1) Pensées^ui, 6, n. 1, 2.
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deux des plus grands docteurs de TÉglise, saint Augustin et saint Thomas, ces trois principes de nos connaissances, les sens, la raison et la foi ont chacun leurs objets séparés et leur certitude dans cette étendue. Et comme Dieu a voulu se servir de l'entremise des sens pour donner entrée à la foi, fides eœ audilu^ tant s'en faut que la foi détruise la certitude des sens ; que ce serait au contraire détruire la foi ; que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des sens... Quelque objet qu'on nous présente à examiner, il en faut d'abord reconnaître la nature, pour voir auquel de ces trois principes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chose surnaturelle, nous n'en jugerons ni par les sens, ni par la raison, mais par l'Écriture et par les décisions de l'Église. S'il s'agit d'une chose non révélée, et proportionnée à la raison naturelle, elle en sera le propre juge. Et, s'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens auxquels il appartient naturellement d'en connaître (1). »
a La piété est différente de la superstition. Pousser la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire. Les hérétiques nous reprochent cette soumission superstitieuse. C'est faire ce qu'ils nous reprochent, que d'exiger cette soumission dans les choses qui ne sont pas matière de soumission. Il n'y a rien de si conforme à la raison que le désaveu de la raison dans les choses qui sont de foi, et rien de si contraire à la raison que le désaveu de la raison dans les choses qui ne sont pas de foi. Ce sont deux
(i) Uitret à un provincial, xvm*.