‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 74 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

excès également dangereux, d*exclure la raison, de n^admettre que la raison (1). »

Mais Pascal a le tort inexcusable de ne demander la connaissance de Tbomme qu'aux dogmatistes ou stoïciens, et aux sceptiques ou épicuriens, comme si Platon et ses disciples ne comptaient pour rien dans Thistoire de la philosophie. S'il s'adressait à eux, il ne pourrait leur reprocher de n'avoir pas su que Tétat présent de Thomme diffère de celui de sa création (2). Leur fameuse théorie de la réminiscence est au fond celle de la chute primitive, quoiqu'il lui manque, pour être orthodoxe, de considérer comme prison de Tàme, non pas le corps en général, comme elle fait, mais le corps dans sa corruption actuelle. Quant à Bayle, probablement il ne travaille à balancer en tout le pour et le contre, et ne parle d'abattre la raison aux pieds de la foi, que pour livrer au mépris les spéculations de l'esprit humain, ainsi que la foi, qui, sans ces spéculations, dégénère en aveugle et brute superstition. C'est pourquoi il y aurait trop d'ingénuité à prendre au sérieux, sous ce rapport, un écrivain qui ne parait pas s'y prendre soi-même. Le soin que Montaigne porte à traduire la théologie de Sébonde et les éloges qu'il en fait peuvent éloigner de lui le soupçon d'une semblable perfidie, mais il est permis de l'imputer à Levayer.

Gomme celle du péché originel, les questions de la gr&ce et de l'amour de Dieu tiennent, par les liens les

(i) Pemiei, part, ii, art. 6, n. 3.

(î) IM., part. I, art. li. n. 3.

plus étroits, à la théorie des idées. C'est pourquoi le sujet exige que nous recherchions de même comment elles furent résolues dans Técole cartésienne, où elles ne manquèrent pas non plus d'être vivement agitées.

Le mot gr&ce^ signifiant don de Dieu, s'emploie d'autant de manières qu'il y a d'espèces de dons qui viennent

de lui. Dans les disputes que nous allons examiner, il est pris pour la force intérieure et surnaturelle d'intelligence et d'amour que Dieu communique à Tàme, aBn qu'elle puisse connaître et faire le bien* Gomme cette force supplée l'affaiblissement causé par la chute prinative dans Tintelligence et dans la volonté, elle lui est proportionnée. D'où il suit que si Ton suppose cet affaiblissement complet, ou l'âme incapable de concourir avec Dieu pour le bien, c'est Dieu seul qui l'opère dans l'âme, et que l'âme ne peut y résister, puisque ce serait Dieu qui se résisterait à lui-même. Réciproquement, si l'on veut que Pâme ne puisse résister à la grâce, qu'elle ait cessé d'être libre, on suppose que ses puissances essentielles, l'intelligence et la volonté, sont tout à fait énervées. C'est la doctrine de Lucide, Gotescalc, Luther, et de Jansénius, dont elle porte le nom. Que l'intelligence et la volonté aient leur force naturelle, la grâce est inutile ; et si la grâce est inutile, Tintelligence et la volonté n'ont rien perdu de leur force naturelle Voilà ce qu'enseigne Pelage.

D'après son système des idées, qui tend à exclure la chute primitive, Arnauld devrait tomber dans le pélagianisme, ou du moins y incliner. Eh bien ! s'il ne se jette

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