PREMIÈRE PARTIE
Voilà le pélagianisme, ingénieusement allié à son contraire. Au surplus, ceci s'accorde avec l'activité que l'auteur prétend laisser à la volonté ou à Tamour^ tandis qu'il suppose Tentendement passif. Alors Tâme ne sera déchue que par son côté affectif, ne devra être relevée que par ce côté-là, et il n'y aura que la grâce d'affection. Cette grâce, qui balance la concupiscence, permet au côté intelligent resté sain de connaître le vrai et de choisir le bien, sans le secours d'aucune force surnaturelle. Sous ce rapport Malebranche se trouve conséquent dans ses inconséquences.
Partisan de sa théorie des idées, Fénelon ne l'est point de sa théorie de la grâce, et il suit la véritable (1). Il convient d'observer qu'il raisonne plutôt en théologien qu'en philosophe, et qu'il s'agit de ses premiers écrits, et non de ses pastorales contre les opposants à la bulle Unigenitus, dans lesquelles il semble incliner au pélagianisme. Abstraction faite de son système, Leibnitz suit également la véritable (2), ce qui ne doit pas étonner, puisqu'il est dans la vraie théorie des idées. Il en serait ainsi de Boursier, s'il voulait s'entendre lui -même, préciser ses idées, écarter les façons singulières de parler^ et ne pas se noyer dans un déluge de réflexions inutiles et souvent incohérentes (3). Malebranche est mal venu à lui reprocher qu'il conçoit l'homme comme < une statue
(1) Réf. de MaUbrancke, ch. xxxiii et xxxiv. Lettre au P. Lami sur la Grflce. - Œuv, de FéneUm, t. UI, édit. de Lebel. Versailles, 1820.
(2) Théod., part. m.
(3) De Vacliùn de Dieu tur les créatures.
dont on a joint la tête avec le corps par une charnière attachée derrière le cou, ce qui lui donne le pouvoir de pencher la tête, mais qu'elle ne Texerce jamais, à moins qu*on ne tire une corde attachée au ressort qui lui tient la tête droite et dans la situation ordinaire (1). » C'est lui prêter sa propre erreur, que Tâme est inerte, que Dieu fait tout en elle. Nous répétons ici que Boursier enseigne le contraire (2) , et que son tort essentiel c'est de mêler à son système Thypothèse renouvelée par Descartes et favorisée par Malebranche, que la conservation est une création continuée.
Ce tori, nous parait être encore celui de Bossuet. c Nous concevons donc en nous, dit-il, une liberté qui se trouve et dans notre fond, c'est-à-dire dans Tâme même, et dans nos actions particulières, car elles sont faites librement; et nous avons défîni en termes très-clairs la liberté qui leur convient. Mais, pour avoir bien entendu cette liberté qui est dans nos actions, il ne s'ensuit pas pour cela que nous la devions entendre comme une chose qui n'est pas de Dieu. Car tout ce qui est hors de lui, en quelque manière qu'il soit, vient de cette cause ; et pai'ce qu'il fait en chaque chose ce qui lui convient par sa définition, il faut dire que, conmie il fait dans le mouvement tout ce qui est compris dans la définition du mouvecnent, il fait^ dans la liberté de notre action, tout ce que contient la définition d'une action de celte nature. Il y est donc, puisque Dieu l'y fait ; et l'efficace toute-puissante
(1) Réfl. sur la Prémotion physique, p. 158. {%) T. Il, secU 7, cbap. xiv.