PREMIÈRE PARTIE
de Topération divine n'a garde de nous ôter notre liberté, puisqu*au contraire elle la fait et dans Tâme et dans ses actes. Ainsi on peut dire que c'est Dieu qui nous fait agir sans craindre que pour cola notre liberté soit diminuée; puisqu'enfîn il agit en nous comme un principe intime et conjoint^ et qu'il nous fait agir comme nous nous faisons agir nous-mêmes, ne nous faisant agir que par notre propre action, qu'il veut et fait, en voulant que nous Texercions avec toutes les propriétés que sa définition enferme (1). »
Si le mot création continue n'est pas dans ce passage, la chose y est assez. Dire que V efficace toute-puissante de P opération divine n*a garde de nous ôter notre liberté, puisqu'au contraire elle la fait et dans Came et dans ses actes^ c'est ne pas s'entendre soi-même et être dupe de ses propres pensées. Voilà pourtant ce que Bossuet retourne de mille façons, et cela pour démontrer que c Dieu fait immédiatement en nous-mêmes que nous nous déterminions d'un tel côté (2), » lorsque nous produisons un acte de volonté. Il n'est besoin ni de tant de paroles, ni de Terreur qui en est le sujet. D'après la théorie véritable des idées, il ne se passe rien en nous, ni dans aucune créature, qui ne vienne à la fois de Dieu comme cause première, et de la créature comme cause seconde. D'où il suit que dans chaque acte, soit d'intelligence^ soit de volonté, Dieu y a la principale et la pre-
(1) Traité du libre Arbitre^ chap. ix, sur la fin. — Ce traité est ordinsdremcnt imprimé à la suite de celui de la Connaiêsance de Dieu et de soi-même»
(2) Ibid., chap. vni, an commencement.
mière part; qu'il nous prévient pour le commencer, quHl nous prévient pour le continuer, qu'il nous prévient pour le terminer; que dans le commencement, dans la continuation, dans Tacbèvement^ il opère infiniment plus que nous; mais enfin nous opérons selon retendue de notre nature et si peu que cela soit ; comparé au sien, ce peu est réel et nous appartient, quoique nous ne puissions point le produire sans son concours. Il faudrait nous anéantir pour affirmer que Dieu le produit en nous, et, selon le langage de Tauteur, « qu'il atteint, pour ainsi parler, toute action de nos volontés dans son fond, donnant immédiatement et intimement à chacune tout ce qu'elle a d'être (1). » Ce qui n'empêche pas que nous ne devions rapporter à Dieu notre part, puisque nous tenons de lui l'être avec lequel nous la faisons, que c'est lui qui nous le conserve par une action immédiate qui l'enveloppe tout entier, et que sans lui, cet être, incapable d'agir, ne produirait rien, n'aurait aucune part à quoi que ce soit. Qu'il s'agisse de la grâce, c'est-à-dire d'action intérieure et surnaturelle. Dieu rendant à l'intelligence et à la volonté la force détruite dans le péché originel ou dans le péché actuel, il est clair que cette force est entièrement de lui; mais l'intelligence et la volonté qu'elle fortifie agissent avec elle pour connaître et aimer le bien, et il n'est pas moins évident qu'elles y mettent du leur. La force qu'elles ont reçue, elles ne la contiennent point comme quelque chose d'isolé; elle est
(i) Traité du libre Arbitre^ sur la On da cbap. vdi.