‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 79 sur 230 · PREMIÈRE Partie · texte numérisé non relu

PREMIÈRE Partie

fondue avec la force qui leur restait, ou plutôt c'est cette force même restaurée. Quoiqu'elle soit un don de Dieu» elle se comporte dans nos puissances comme si nous la tirions de notre fonds, sans aliéner ni ne gêner davantage leur exercice.

Passons à Pamour de Dieu. On en distingue trois sortes : Tamour meixenaire ou faussement intéressé, qui consiste à aimer Dieu sans rapport à lui et uniquement par rapport à nous; l'amour pur ou faussement désintéressé des quiétistes qui consiste à Taimer sans rapport à nous et uniquement par rapport à lui; Tamour vrai ou sainement intéressé, qui consiste à Taimer par rapport à lui et par rapport à nous.

Un exemple de Tamour mercenaire est celui du juif, qui ne s'élève point au-dessus de la lettre de la loi. Son amour n'a aucun rapport à Dieu, puisque ce n'est pas lui qu'il cherche et qu'il veut posséder, mais les biens temporels, que Dieu dispense, comme la vie, la santé, la fortune. Un autre exemple est l'amour des casuistes, qui donnaient pour motif suffisant du devoir la crainte de l'enfer, et n'admettaient ainsi la possession de Dieu dans la vie future, que parce qu'il est impossible de trouver hors de là le bonheur étemel .

L'amour judaïque, ne proposant à Tftme que des biens matériels, suppose qu'elle n'en peut connaître que de tels ; il repose donc sur le sensualisme, ou sur les idées considérées comme des abstractions qui se forment au moyen des impressions sensitives. Sur l'aristotélisme, ou la considération exclusive des idées en l'&me, repose l'amour

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casuistique, qui nie la nécessité de la coromuoication intérieure^ directe et permanente de Tâme avec Dieu, comme avec le bien dont elle ne saurait se passer. Les casuistes, en effet, étaient saturés d'Âristote. li est vrai qu'ils avaient aussi ie désir de se singulariser, et plus encore celui de ménager les passions des grands, afin d'obtenir leur faveur.

L'amour pur est professé par les faux mystiques, Molinos, madame Guyon, Fénelon, qui veulent qu'on aime Dieu sans attendre de lui l'éternelle félicité. Cet amour se fonde sur la considération exclusive des idées en Dieu : comme alors Dieu fait tout en nous, et que nous ne concourons point aux mouvements qu'il nous imprime vers lui, nous ne pouvons y mettre aucun désir ou motif de bonheur. Disciple de Malebrancbe, Fénelon est donc conséquent, quoiqu'il ne voie peut-être pas nettement le lien qui unit la doctrine du pur amour à celle de la vision en Dieu. La même réflexion s'applique à Lami^ partisan de l'une et de l'autre. Quant à Malebrancbe, il ne manque pas de se contredire, et il compose un traité contre l'amour quiétiste. Spinosa donne l'intérêt pour base à la vertu, t Le premier, dit-il, et l'unique fondement de la vertu ou d'une conduite conforme à l'ordre, est, pour chacun, de chercher ce qui lui est utile (!)• » Et ce qui est utile ou la vertu, c se confondant, d'après lui, avec le bonheur, le bonheur avec Tamour de Dieu (2), » il semble

(1) « Primum et unicum virtulis, seu recte vivendi rationis fundamentam, est sutim utile quserere. » Eth.^ pars v, prop. il* {%} Ibid., prop. 4S et 36.

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