DEUXIÈME PARTIE
époque dans Tbistoire de la science, parce qu'il est le premier effort qu'on ait tenté pour remonter des effets aux causes qui les produisent, et pour déduire des phénomènes le grand principe qui met en mouvement la matière. Il fallait un profond génie pour concevoir Tidée de cette entreprise, et Descartes a mérité la reconnaissance des siècles à venir en ouvrant une carrière nouvelle aux méditations de Tesprit humain, et en montrant la route que ses successeurs devaient parcourir avec tant de gloire (1). » Yoilà Tidée qui saisit, éclaire, agite et féconde les esprits. Newton, malgré Textrême envie de paraître ne rien devoir à Descartes, la proclame en tête de son livre des Principes : c Les modernes ont enfin, depuis quelque temps, rejeté les formes substantielles et les qualités occultes, pour rappeler les phénomènes naturels à des lois mathématiques. On s'est proposé, dans ce traité, de contribuer à cet objet (2). » Que penser de ces écrivains qui font honneur à Ramus, à Bacon, k Galilée^ de la révolution qui détrôna Aristote et la scolastique? Serait-ce parce que Ramus, Bacon, Galilée, déclament contre Aristote et la scolastique, qu'ils les invectivent, tandis que Descartes en parle à peine?
On ne voit qu'une intelligence supérieure, Pascal, qui n'ait point compris cette idée, a Je ne puis pardonner à Descartes, dit-il; il aurait bien voulu, dans toute sa phi-
(1) Théorie analytique du iystèmt du monde, introd., p. 7, 18i9. (î) Prëf. de la preinière édit.
losopbie(l)9 pouvoir se passer de Dieu; mais il D*a pu ^ s'empêcher de lui faire domier une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement ; après cela, il n*a plus que faire de Dieu (2). » Évidenmient on ne saurait prendre plus de travers Descartes. Il voulait si peu, même dans sa physique, se passcjr de Dieu, qu'une de ses erreurs fondamentales est de lui avoir trop attribué et pas assez aux créatures. Il est vrai qu'il pensait le soustraire à la dégradante nécessité d'intervenir à toute heure extraordinairement dans le. gouvernement du monde, soit par lui-même, soit par l'intermédiaire des âmes, des génies, et montrer que les corps subsistent, se meuvent, vivent, se renouvellent, en vertu des propriétés qu'il leur a données en les créant, et qu'il leur conserve par une action immédiate et par les lois générales qui dérivent de ces propriétés. Nous parlons de l'entreprise, la seule chose dont il s'agit maintenant, et non de l'exécution, où Descartes a échoué. Mais on sent que l'une comme l'autre devait froisser un partisan, ou du moins un aifidé des partisans de la prédestination arbitraire ou de pur plaisir, c II faut dire en gros : Cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai; mais de dire quelle figure et mouvement et composer la machine, cela est ridicule, car cela est inutile, et incertain et pénible; et quand cela serait vrai, nous n'estimons pas que
(1) Dans ce passage et antres semblables, Pascal entend par philosofdiie, la phUosophie naturelle ou l'ensemble des sciences physiques. C*est donc par inad* vertance que Ton a cru y Toir des attaques contre la m^physiqne.
(2) Pen$éeSf part, i, art. IX, n. il.