‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 88 sur 230 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

toute la philosophie vaille une heure de peine (1). » Un pareil dédain pour la science est fort plaisant chez un homme qui fait tant de fracas de son expérience sur la pesanteur de Tair, de sa cubature des solides de la cyclolde^ et de la détermination de leurs centres de gravité, comme s'il avait changé la face de la physique et des mathématiques I Ce qui ne Test guère moins, c'est de voir Delambre invoquer ce dédain (2), en témoignage du peu d'attention que mérite Descartes dans l'étude de la nature, aujourd'hui justement que l'expérience et le calcul, partout où ils s'appliquent, prouvent que des figures et des mouvements déterminés entrent essentiellement dans la constitution des choses matérielles, qu'elles soient solides ou fluides, brutes ou organisées, et que si cela est souvent pénible à découvrir, cela n'est ni incertain, ni inutile^ ni encore moins ridicule. Au reste, il serait possible que ces deux pensées fussent de celles que le dernier éditeur, l'abbé Bossut, dit jetées à la hâte sur le papier, que l'auteur comptait développer, et qui n'avaient point d'abord été publiées. Nous le souhaitons pour l'honneur de Pascal.

Borelli prend l'idée de Descartes, de soumettre au calcul le système du monde, et le premier il la porte dans l'attraction (3). Nous taisons Roberval. Il ne nous avance qu'en ce que l'attraction, qui, dans son ^mtarque (4) , se trouve mêlée avec la matière subtile de

(î) Pensées, part, n, art. XVn, n. 120.

(2) Bist. de FAstron. mod., t. II, p. 194.

(3) Theoricœ planetarum mediceorum ex eausis physids deductœ, 1666. (i) Poblié en 16ii, et réimprimé trois ans après avec des changements.

Descartes et certaines idées propres à Tauteur, paraît dépouillée de ranimalité et être mieux sentie que dans les écrits antérieurs. Borelli montre que les planètes peuvent se maintenir et circuler dans Tespace, par le seul effet d'une force qui les entraîne vers le soleil, et d'une force qui les en écarte. Nous voilà parvenus à la vraie et fondamentale notion de la mécanique céleste. Remarquons comme la matière subtile de Descartes sert de transition. Avant lui, on croyait les planètes portées par des génies, ou immédiatement, ou à l'aide de cieux solides. Descartes supprime les âmes et les cieux solides, et met à la place sa matière subtile. Borelli supprime la matière subtile, et ne veut que des mouvements ou des forces. De Topinion que les planètes sont suspendues à des sphères, ainsi que des lustres à un lambris, et tournent avec elles, ou que des génies les transportent, à ridée qu'elles obéissent seulement à la combinaison de deux forces, le passage est trop brusque pour Tesprit de l'homme; c^est s'élever de la pensée la plus vulgaire et la plus grossière, à la conception la plus abstraite et la plus épurée. Mais la matière subtile touche à ces deux extrêmes. Qu'est-ce que cette matière? Un fluide, et comme tel, il frappe Timagination et la repose. En quoi consiste la puissance par laquelle le fluide emporte les planètes? Elle consiste dans le mouvement de ce fluide, mouvement qui résulte d'une tendance au centre et d^une tendance contraire. Ici l'idée de force s'ouvre Tintelligence, et le fluide s'élimine de lui-même*

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