‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 9 sur 230 · PREMIÈRE PARTIE. S · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. S

pensée la notion que la pensée a do soi, il suit que Dieu, en se manifestant à ia pensée, la rappelle à elle-même encore plus intimement, s'il est possible, que la manifestation d'elle-même à elle-même. C'est dans les Méditations qu'il faut contempler cette puissante lutte de la pensée avec soi pour se retrouver. Elle est si entraînante qu'on s'y mêle tout entier irrésistiblement. Elle développe en vous des forces qui vous étaient inconnues.

• On trouve dans saint Augustin , dit Fénelon, un bien plus grand effort de génie sur toutes les vérités métaphysiques que dans Descartes. Si un homme éclairé rassemblait toutes les vérités qu'il a répandues dans ses ouvrages, cet extrait, fait avec choix, serait très-supérieur aux Méditations de Descartes, quoique ces méditations soient le plus grand effort de l'esprit de ce philosophe (1). • Fénelon confond la métaphysique qui donne la i>erception ou vue immédiate de l'esprit humain et de Dieu, avec la métaphysique qui emploie cette vue à sonder leur nature. Saint Augustin s'étant fortement livré à celle-ci, et Descartes presque pas, il est naturel qu*il le surpasse; mais il lui cède sur l'autre, quoiqu'il s'en soit beaucoup occupé, comme le prouvent les trois livres contre les académiciens^ le second livre du Libre arbitre, les Confessions^ et quelques autres de ses écrits.

L'extrait dont parle Fénelon offrirait de la correspondance avec un extrait analogue des Méditations chré-tiennes et des Entretiens sur la Métaphysique^ de Male-

(1) Œuv. de Fin., Vers lib., t. 1, p. 393. Quatrième Lettre sur U reUgioQ.

n LE CARTÉSIANISME.

branche ; des Nouveaux Essais sur l'Entendement humain et de la Théodicée, de Leibnitz ; des Élévations sur les Mystères^ des Méditations sur l'Évangile et da Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même^ de Bossuet ; de la seconde partie du Traité de F Existence de Dieu, de Féneion lui-mênne, et de sa Réfutation de Malebrancbe ; mais il n'en offrirait aucune avec les Méditations et le Discours sur la Méthode de Descartes, qui ont suscité toutes ces grandes productions, mais qui finissent où ces productions commencent.

Descartes ne s'arrête à la philosophie qu'autant qu'il faut pour la renouveler, et s'élance aussitôt vers les découvertes mathématiques et physiques, parce que s'emparer de la nature par la science et par l'industrie était le premier besoin de l'homme après son retour à Dieu dans le Moyen Age. L* autre besoin de l'homme régénéré, celui de devenir libre dans la société, ne pouvait être satisfait que plus tard. Avant le christianisme, l'esprit humain avait poilé dans toutes les directions son ardeur de connaître ; mais il échoua toujours contre les corps, et ne réussit qu'à l'égard de Dieu et de soi. Le christianisme ayant pour objet de ramener l'homme à lui-même et à Dieu, favorisa ses efforts dans cette double étude et le détourna d'abord de celle de la nature. IMotin et saint Augustin s*enfoncent tout entiers en eux-mêmes, et plus encore en Dieu> dépassent Platon , et, entre autres progrès, ils expliquent la Trinité. Au dix-septième siècle, il ne reste donc point à l'homme de se connaître et de connaître Dieu, pour la première fois, comme l'univers ; mais il

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