DEUXIÈME PARTIE. 2H
En 1646, Bouillaud avait prouvé que l'attraction doit suivre la même loi que la lumière, et diminuer proportionnellement au carré de la distance (i). Kepler supposait que c'est en raison inverse de la distance simple qu'elle agit (2). Enfin Newton vérifie la loi en 1682, et remploie aussitôt à calculer les mouvements planétaires, au moyen des principes mécaniques dont nous parlions tout à Tbeure. Toutes les molécules s'attirent en raison directe des masses et inverse du carré des distances (3). Tel est renoncé qu'il donne de la loi générale du monde astronomique.
Souvent on s'exprime comme si Newton n'avait fait que développer les théories d'Huygbens sur les forces centrales dans le cercle. Ecoutons, par exemple, M. de Pontécoulant : < Galilée avait découvert les lois de la chute des graves, Huyghens celles des mouvements du p^dule et la théorie des forces centrales ; il ne restait plus qu'à appliquer ces principes généraux au système du monde pour en déduire la loi de la pesanteur universelle. Dans les limites où elle était maintenant renfermée, cette grande vérité ne pouvait plus échapper au premier effort que Ton ferait pour la saisir, et peut-être doit-on dire que Newton n'a eu que le bonheur d'y arriver le premier (ft) . » Cette dernière réflexion est parfai-
(1) « Imminuitur et extenuatur !n msgori spttio et intervallOi ratio autem hijtts immanitioms eadem est ac luminis, nempe dupla intenrallorum, sed inyersa. » Astranomia philoMca, lib. I, cap. xii, p. 23.
(2} De Stella Martis^ cap. ûxii.
(3) Pline, math,^ li?. III, prop. 7, théor. 7, corol: i.
(4) Thé<nie analyt, ïalUoà,, p. 8.
tement juste. Pour confirmer la loi de la pesanteur universelle^ et non pour la trouver, car elle était trouvée, pour la confirmer e' en déduire le système du monde, il n'est point du tout nécessaire de prêter à Newton, comme on Ta fait, un génie sans égal, de Tériger en un être presque surnaturel. Dans Tun des chapitres suivants, on verra encore plus clairement que sa part se réduit à celle du calcul. Les deux premiers livres des Principes mathématiques de la philosophie naturelle sont un traité du mouvement, qu'il avait composé sous ce titre même, et dont il avait introduit et expliqué quelques parties dans ses leçons à Cambridge (1). Quelque admirable que soit ce traité, il rentre cependant tout à fait dans la capacité connue et expérimentée de F esprit humain; il suppose un géomètre du premier ordre, c'est-à-dire au rang de douze ou quinze autres, et rien de plus. On y voit un homme de loisir, excité par la curiosité, qui s'abandonne volontiers aux digressions. Huyghens écrit à Leibnitz qu'il «i estime beaucoup le savoir et la subtilité de Newton, mais qu'il y en a de bien mal employé à son avis dans une grande partie du livre des Principes, lorsque Tauteur recherche des choses peu utiles (2). » Quant au troisième livre, c'est une application aux mouvements célestes de quelques-unes des vérités qu'il a exposées. Une fois ces vérités découvertes, cette application, non telle qu'on la fait aujourd'hui, mais telle que Newton l'a faite, n'est pas ce qu'il y avait de plus diffi-
(1) Biogr, tfnio., art. Newton, p. 157.
(2) Exerettationes maihem, etpfUl,, 1. 1. p. 247, an. 1833.