DEUXIÈME PARTIE
Anglais vont, viennent, tournent, errent dans cette forêt de lemmes, de théorèmes et de corollaires, les Allemands et les Français marchent. Il semble que Newton ait seulement donné TéveiL La mécanique céleste, telle que la présentent les compatriotes de Descartes et de Leibnitz, et telle quM^l faut la présenter, est créée par eux, et par eux exhaussée à la hauteur où nous la contemplons aujourd'hui. Newton épuise son sujet et compose un énorme volume ; Leibnitz n'attaque que le point essentiel et n'écrit que douze pages; lui et Descartes ne font en général que ce qu'ils sentent bien qu'eux seuls peuvent faire. Dans sa Géoméirie, par exemple. Descartes ne touche que les sommités, et l'on dirait qu'il passe sur des charbons ardents, tant il va vite. Que Newton eût cette découverte à exposer, il ne manquerait pas de donner un traité aussi plein que ceux qu'on enseigne dans les collèges. C'est ce qui lui est arrivé sur les couleurs, comme sur la gravitation. VOptique et les Principes sont de beaux ouvrages; qui en doute? mais ce n'est point par tous leurs développements qu'ils décèlent le vrai génie. Cependant Leibnitz a des torts graves.
€ £t cela, ajoute M. Biot, il l'expose sans rendre rien à Newton de la justice qui lui était due, sans même le nommer autrement que par hasard, à propos de la loi du carré de la distance^ dans cette phrase ofifensante, par l'insouciance qu'elle montre : « Je vois, dit-il, que « cette proposition a été déjà connue du célèbre géo- « mètre Newton, comme il paraît par la relation que
t Ton en a donnée dans les Actes de Leipsic, quoique Je • ne puisse pas juger d'après cette relation comment il € y est parvenu. » Ainsi, Timmortel ouvrage des Principes avait pi^u depuis deux ans, et Leibnitz ne Pavait pas regardé : il ne Tavait pas regardé même après que les découvertes inouïes quMl offrait pour la première fois au monde, avaient été annoncées dans les Actes, auxquels Leibnitz renvoie^ et il assure n'en avoir jamais eu connaissance que par cette annonce. Nous avons cru devoir & la fidélité historique de rapporter, sans Taffaiblir, un trait qui nous semble inexplicable, i M. Biot refuse de Tattribuer à la jalousie. Cependant Tabbé Émery accuse, sans détour, Leibnitz d'avoir été jaloux de Descartes (i). Il est permis de pens^ qu'il l'était de Newtwi. Affectant en tout la prééminence, il ne pouvait souffrir que l'auteur des Principes la lui enlevât, surtout dans une aussi belle partie que la science des révolutions célestes. Voilà pourquoi^ aussitôt qu'il apprend les grands résultats consignés dans l'ouvrage, il s'abstient de le voir, cherche à les atteindre, et, s'il ne peut l'emporter sur le premier inventeur, à paraître au moins son égal. Yoilà pourquoi encore, dans une lettre à Amauld, il parle de manière à laisser croire même que, le premier, il a calculé la trajectoire des planètes, a II y a déjà quelque temps, dit-il, que j'ai publié dans les Actes de Leipsic un Essai physique, pour trouver les causes physiques des mouvements des astres* Je pose pour fonde-
(1) Penêéei de De$earteé nt^ la Rdigitm et la MoraU, dise, prélim., p. 125.