‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 96 sur 230 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

culte d^abstraire, n'ait point dégagé les forces qui seules, dans le fluide tourbillonnant de Descartes, portent les corps célestes, et qu'il soit ainsi resté au-dessous de Borelli, et même de Newton, qui ne se sert d'un fluide que pour la force centrale. Mais ce qui Taura arrêté, c'est qu'il voulait, comme on le doit, rendre raison de la force centrifuge ou impulsive, sans recourir directement à Dieu. Dans les tourbillons, tout marche au moyen de causes secondes ou supposées telles. Dieu crée l'étendue et le mouvement, les conserve, et sous cette action conservatrice, l'univers se produit et joue par le mouvement et l'étendue. Dans l'attraction, au moins telle qu'elle a été généralement présentée. Dieu est obligé, après avoir formé le monde, de lui donner un coup d'épaule pour le mettre en branle. C'est pourquoi, d'après Clarke, et sans doute Newton, pour qui Clarke soutint la discussion contre Leibnitz : t le naturel et le surnaturel ne diffèrent en rien l'un de l'autre par rapport à Dieu; ce ne sont que des distinctions selon notre manière de concevoir les choses... (1). Si un corps se meut autour d'un centre dans le vide^ et si ce mouvement est une chose ordinaire, comme celui des planètes autour du soleil, ce ne sera point un miracle, soit que Dieu lui-même produise ce mouvement immédiatement, ou qu'il soit pro* duit par quelque créature. Mais si ce mouvement autour d'un. centre est rare et extraordinaire, comme serait celui d'un corps pesant suspendu en l'air, ce sera éga-

(1) Op, Lelb,, t. n, part i, p. 119, art. 12.

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lement un miracle, soit que Dieu même produifle ce mouvement, ou qu'il soit produit par une créature invisible (1 )• • c II y a, répond Leibnitz, une différence infâme entre le naturel et le surnaturel. Le surnaturel surpasse toutes les forces des créatures.. . (2). Si le miracle ne diffk'e du naturel que dans Tapparence, et par rapport à nous, en sorte que nous appelions seulement miracle ce que nous observons rarement, il n*y aura point de différence interne réelle entre le miracle et le naturel ; et, dans le fond des choses, tout sera également naturel, ou tout sera également miraculeux. . . En bonne philosophie, et en saine théologie, il faut distinguer ce qui est explicable par les natures et les forces des créatures^ et ce qui n'est explicable que par les forces de la substance infinie. II faut mettre une différence infinie entre Topération de Dieu, qui va au delà des forces des natures, et entre les opérations des choses qui suivent les lois que .Dieu leur a données, et qu'il les a rendues capables de suivre par leurs natures, quoique avec son assis* tance... (3). En philosophant, il faut éviter, autant qu'il se peut, ce qui surpasse les natures des créatures; autrement rien ne sera si aisé que de rendre raison de tout, en faisant survenir une divinité, Deum eœ machina, sans se soucier des natures des choses (A). » Or, Leibnitz devait d'autant plus y tenir, que, dans l'école carte-

(I) Op. Ldb., t II, part. i. p. 127, art. 17.

9) /Md., p. 1S3,art. 17.

(3) lUd., p. 167, art. 110 et 112.

(i) /Md., art. 107.

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