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LA. CAUSE DE LEUR IRE — LE MASQUE TOMBE

Pour culbuter le gouvernement Joly, Chapleau avait été obligé de faire appel aux hommes de bonne volonté et d'intéresser à sa cause plusieurs partisans du ministère. Ces derniers, on le comprend facilement, ne voulurent pas abandonner leur drapeau sans avoir la promesse que quelques-uns des leurs seraient appelés à faire partie de la nouvelle administration.

Formé à l'école de Cartier, Chapleau respectait trop la parole donnée pour manquer à ses engagement s: il fit donc entrer MM. Flynn et Paquet dans son gouvernement. Il ne lui restait que quatre portefeuilles, et sur ces quatre, il fallait en accorder deux aux anglais, pour respecter les traditions du parti. Il ne restait alors que deux portefeuilles pour les conservateurs canadiens-fran-

çais ; il les confia à MM. Loranger et Ross, qui avaient pris une part fort active à la bataille.

Ce choix avait été motivé, ou plutôt nécessité par deux raisons péremptoires :

1 — Il fallait éliminer M. DeBoucherville et son entourage de faux dévotgj pour ramener les Anglais au bercail ;

2 — Il fallait récompenser ceux qui avaient lutté et s'étaient séparés de leurs amis pour ramener les conservateurs au pouvoir.

Quant à M. Angers, il avait pris une certaine part à la lutte, pour obtenir la démission de Letellier et culbuter Joly ; mais il était tellement impopulaire, qu'il eût suffi de le prendre dans le gouvernement pour faire manquer toute l'affaire. La preuve que l'opinion lui était carrément hostile, nous l'avions eue aux élections de 1878 : dans un comté conservateur depuis vingt-cinq ans, comme l'était Montmorency, il n'avait pas même pu s'empêcher d'être battu par l'imberbe Charles Langelier, un enfant, pour ainsi dire, sortant du collège et absolument inconnu dans le comté. M, Angers aurait été pareillement battu dans n'importe quel autre comté, tant il était impopulaire, exécré partout, par suite de ses fameux projets de loi pour imposer des taxes. Angers le Taxeux, comme les libéraux l'appelaient, c'était un épouvantai!, un objet de haine dont le nom seul faisait bondir de rage, même les conservateurs fidèles à leur drapeau. On ne pouvait pas lui pardonner d'avoir mené le parti à la ruine par son manque de tact, ses extravagances de langage et d'administration, de même que par ses insensés projets de taxe.

M. Angers était donc, à tous les points de vue, une impossibilité politique et force fut à M. Chapleau, dans l'intérêt du parti, de le laisser de côté.

Les grincheux, qui reconnaissaient Angers pour leur chef réel, prétextèrent cette élimination pour faire à M. Chapleau une guerre de corsaire. Angers et De- Boucherville les avaient choyés, gorgés ; voyant que ces deux hommes n'étaient pas dans le gouvernement, ils croyaient qu'on les tiendrait à distance de la crèche, et comme tous leurs principes politiques se réduisent à une affaire de curée, ils hurlèrent comme des hyènes privées de leur pâture.

La conduite indigne que ces messieurs tinrent envers Chapleau à propos de l'affaire Prentice et de deux ou trois autres scandales ratés mit leur jeu à découvert; mais on ne les croyait pas capables de la canaillerie dont ils firent preuve dans l'affaire de la vente du chemin de fer du Nord.

Cette question était la base de la politique du gouvernement et du parti. Le premier ministre avait annoncé cette politique dans son discours de Ste-Thérèse et aux élections du mois de décembre 1881, il était parfaitement connu que la vente du chemin de fer était la principale question soumise à l'électorat. Le résultat fut favorable et le gouvernement avait naturellement droit d'espérer qne cette transaction serait ratifiée par la législature sans la moindre difficulté.

Malheureusement, Chapleau ne connaissait pas encore toute la malice, toute la fourberie de l'école qui proclamait M. DeBoucherville son chef.

Les grandes mesures de réforme et de progrès passionnent toujours les esprits. Dans ces moments d'agitation, rien n'est plus facile que d'égarer l'opinion publique, de faire perdre la tête à un grand nombre de gens sérieux et sensés.

Comptant sur ces aberrements de l'esprit humain, escomptant la faiblesse des pusillanimes, qui voient partout des fantômes, les grincheux se vengèrent de leur déconvenue en ourdissant contre Chapleau un des complots les plus criminels, pour empêcher la vente du chemin de fer et amener la chute du gouvernenement, à leur profit ei à celui des libéraux. Beaubien, qui écorniflait dans les deux camps et avait des intérêts dans l'un des syndicats, tenait ses congénères au courant de tous les plans du gouvernement. Connaissant ainsi ce qui se passait dans la citadelle, on croyait qu'il serait facile de la faire sauter.

Reprenant la tactique qui avait si bien réussi contre M. Ouimet en 1874, on

voulut tuer le gouvernement Chapleau en provoquant la désertion de quelquesuns de ses membres. Le Dr Ross, qui a toujours été sur la clôture, tomba facilement dans le panneau et donna sa démission. Ce point gagné, les conspirateurs s'allièrent aux libéraux pour battre le gouvernement en brèche. A Montréal, Beaubien, Trudel, DeBellefeuille et consorts, pataugeaient avec Rosaire Thibaudeau, Beaugrand, Beausoleil et les autres sommités rouges ; à Québec, James Belleau, son homonyme Isidore, le Dr Samson, Tardivel, le notaire Charlebois marchaient bras dessus bras dessous avec Joly, Langelier. Pantaléon Pelletier et tout le fretin libéral.

Dans la presse, dans les assemblées publiques, même dans la correspondance privée, on déversait par torrents la calomnie sur le compte de Chapleau et de son gouvernement. Les brebis galeuses du nouveau-mondisme s'arrogeaient toujours le titre de conservateurs, pour mieux cacher leur jeu, se faufilaient dans nos rangs pour chuchoter à l'oreille de nos amis des imputations, des calomnies atroces sur le compte de Chapleau et de ses collègues. Ils entraient jusque dans le sanctuaire de la vie privée, pour mieux réussir dans cette œuvre infernale du dénigrement. Foulant aux pieds ce qu'il y a de plus auguste au monde, oubliant leurs principes, étouffant le cri de leur conscience, méprisant l'histoire politique de leur pays, ces misérables avaient tourné casaque et, cherchant à imiter la fable du renard à la queue coupée, remuaient ciel et terre pour entraîner les vrais conservateurs dans leur volte-face. C'eût été la ruine du parti ; mais qu'importait-il à ces traîtres, à ces nullités besogneuses, bouffies de jalousie et de haine, qui voulaient s'élever sur des ruines, faute de pouvoir arriver par leur valeur ou leur mérite ?

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