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Droits de l'Eglise vis-à-vis de la fausse science

Incontestablement, comme l'Eglise du reste se plaît à le reconnaître, les sciences humaines ont le droit, chacune dans sa sphère, de s'appuyer sur leurs propres principes et d'employer des méthodes appropriées. C'est le droit de la philosophie, de l'histoire, de toutes les sciences naturelles. Tant qu'elles restent fidèles à leur méthode, tant qu'elles ne tentent pas d'incursion dans un domaine qui n'est pas le leur, le danger semble problématique

qu'elles en puissent venir un jour ou l'autre à heurter de front la révélation. Mais il est des questions qui intéressent la révélation au premier chef ou qui ont avec elle d'étroits rapports ; ici, la réserve s'impose à elles comme un devoir, et l'Eglise a le droit de contrôler et déjuger leurs affirmations. i° C'est un droit que revendique le concile du Vatican. Il est des philosophes qui prétendent que l'Eglise n'a aucun droit dans le domaine scientifique ; il est des rationalistes qui ne lui accordent aucune autorité doctrinale ; il est des semi-rationalistes de l'école de Gunther et de Frohschammer qui prétendent que, si les philosophes chrétiens sont tenus de respecter son autorité, la philosophie du moins échappe à son contrôle et que par suite l'Eglise n'a pas le droit de redresser les erreurs de la philosophie. Pie IX a condamné ces derniers (i), et le Syllabus a inséré parmi les propositions condamnées les deux suivantes : « Gomme autre chose est le philosophe et autre chose la philosophie, le philosophe a le droit et le devoir de se soumettre à une autorité dont il s'est démontré à lui-même la légitimité ; mais la philosophie ne peut ni ne doit se soumettre à aucune autorité. » « L'Eglise non seulement ne doit, dans aucun cas, sévir contre la philosophie, mais elle doit tolérer les erreurs de la philosophie et lui laisser le soin de se corriger ellemême (2). » Or, le concile du Vatican a condamné à son tour cette double erreur et a défini que l'Eglise peut proscrire les assertions des sciences humaines, sans distinction, qui seraient contraires à la doctrine révélée ; car il a dit « anathème à qui dirait que les enseignements humains doivent être donnés avec

1. Denzinger, n. i528, i535. — 2. Syllabus, prop. 10, zi ; Denzinger, n. 1557, i558.

une telle liberté, que leurs assertions pourraient être maintenues pour vraies et ne sauraient être proscrites par l'Eglise, alors même qu'elles iraient contre la doctrine révélée (i). » Le droit de l'Eglise de proscrire toute opinion scientifique contraire aux données de la révélation est donc désormais une vérité de foi catholique. Et ce n'est pas seulement un droit, ajoute le concile, c'est encore un devoir.

2° Ce droit et ce devoir, le concile les fonde sur l'autorité divine : ils font partie de la mission que l'Eglise a reçue de Jésus-Christ d'enseigner et de garder le dépôt de la foi. Pour garder intégralement le dépôt confié, pour le transmettre dans sa pureté, l'Eglise, en effet, doit signaler et proscrire tout sophisme, toute erreur qu'une fausse science serait tentée de mettre en opposition avec la foi. Gomme le dit l'apôtre saint Paul,« il faut que nul ne soit trompé par la philosophie et une vaine sophistique (2). » Les chrétiens doivent être mis en garde contre les séductions d'une philosophie trompeuse, toute mondaine et non conforme à la doctrine de Jésus-Christ ; car c'est là un danger pour la foi, d'autant plus grand de nos jours que la philosophie est plus cultivée. Il est des points, en effet, dont traite la philosophie et qui font en même temps partie de l'enseignement révélé ; il en est d'autres qui ont des rapports avec la doctrine chrétienne, et sur lesquels se prononcent les philosophes sans se préoccuper si les solutions qu'ils proposent s'accordent avec la révélation. A l'Eglise de veiller sur le dépôt de la foi, non pour repousser systématiquement toute donnée philosophique, puisqu'il en est de parfaitement légitimes et de très acceptables, mais pour empêcher toute immixtion étrangère, dange-

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