‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 111 sur 179 · I. Erreurs · texte numérisé non relu

I. Erreurs

Au seuil même de ces études (i), et en face de la première et de la plus importante des vérités, nous sommes obligés de constater combien la marche de l'homme est incertaine et

i. BIBLIOGRAPHIE : Saint Thomas, Sum. theol, I, Q. n, a. i, 2 ; Q. xn ; Franzelin, De Deo uno, 2e édit., Rome, 1876; Vacant, La Constitution Dei Filius, Paris, 1895, t. 1 ; de Margerie, Théodicée, 3e édit., Paris, 1874, t. 1, ch. 1-111; Farges, L'idée de Dieu, Paris, 1894 ; Janssens, De Deo uno, Rome, 1899; Pesch, De Deo uno, Fribourg-en-Brisgau, 1890; Tepe, De Deo uno, Paris, 1895 ; Billot, De Deo uno, Rome, 1897 ; Scheeben,

combien sa pensée est hésitante. Il semble cependant que c'est surtout à propos de l'existence de Dieu que la certitude devrait régner et l'accord être universel. Mais il n'en est rien, et les esprits se partagent en deux camps opposés. Pour les uns, l'existence de Dieu ne saurait faire l'objet d'un doute, c'est une vérité en quelque sorte évidente, immédiate, innée, nécessaire et indéniable ; pour les autres, elle est inaccessible aux lumières de la raison, elle ne peut pas se démontrer, elle est un objet de foi. Que penser d'une telle discordance?

i. Bien que, selon la parole de saint Paul, nous ayons en Dieu la vie, le mouvement et l'être, l'existence de Dieu ne tombe pas directement sous nos sens ; notre raison ne la saisit pas d'une manière immédiate. Nous avons, il est vrai, naturellement gravée dans notre âme, une certaine connaissance de Dieu, en tant qu'il est la félicité de l'homme ; car nous désirons naturellement le bonheur, et tout ce que nous désirons naturellement, fait observer saint Thomas, nous le connaissons de même. Mais ce n'est là qu'une connaissance vague et confuse, non une connaissance vraie, puisque les hommes s'abusent jusqu'au point de placer le bonheur, pour lequel ils sont faits, là où il n'est pas, par exemple dans les richesses ou dans la volupté.

2. Gela n'a pas empêché pourtant certains philosophes de regarder l'idée de Dieu comme une idée innée, résultant de la vue que Dieu nous donnerait de sa propre essence ; Vonlologisme n'est autre chose, en effet, que la théorie de la vision naturelle de

La Dogmatique, trad., Paris, 1880; J. Souben, Nouvelle théologie dogmatique. — 1. Dieu dans l'histoire et la Révélation, Paris, 1902»

l'Etre divin ; il dérive directement de la théorie de Descartes sur les idées innées, mais il a pris quatre formes principales, la forme de Y ontologisme panthéiste avec Spinoza, de V ontologisme absolu avec Malebranche et Gioberti, de Yontologisme modéré avec Ubaghs, de Yontologisme idéaliste avec Rosmini.

Plus près de nous, mais sans être inféodés à l'ontologisme proprement dit, quelques philosophes français ont prétendu posséder une notion expérimentale de l'Infini. Pour Saisset (f i863), Dieu est une vérité d'intuition (1). Secrétan (f i8g5) disait: « Suivant mon intime conviction, Dieu est un objet d'expérience. Je n'entends pas d'une expérience que chacun ait faite, je parle seulement d'une expérience que chacun peut faire s'il le veut. »

Sans entrer dans l'examen d'une telle manière de voir, disons seulement qu'une telle expérience ne peut servir de preuve valable pour ceux qui ne l'ont pas faite ou qui nient de bonne foi l'avoir faite ; et ajoutons que l'Eglise a condamné le principe même de l'ontologisme (2), l'ontologisme absolu (3), et que l'ontologisme modéré reste suspect et dangereux (4).

3. Se plaçant à un point de vue bien différent, les fidéistes estiment que nous connaissons Dieu, mais ils soutiennent que ce n'est pas à la raison, mais à la foi, que nous sommes redevables d'une telle connaissance. Car, à leurs yeux, la raison, par ses seules lumières, est incapable de nous faire connaître les vérités religieuses ou morales de l'ordre naturel, elle a nécessairement besoin de la révélation qui lui manifeste ces vérités et lui en garantit la certitude. Si donc l'homme possède une certitude

1. Philosophie religieuse, t. 11, p. 2o5, sq. — 2. Denzinger, n. 4o3. — 3. Ibid.,n. i5i6-i522. — 4. Kleutgen, L'ontologisme ; Lepidi, Examen philsophico-theologicum de ontologismo.

vraie des principes rationnels, c'est à la foi qu'il le doit. Théorie erronée, qui ne méconnaît pas seulement le pouvoir de la raison, mais qui déclare absolument nécessaire la révélation et qui confond la science avec la foi. Déjà, au xive siècle, Nicolas d'Oultricourt professait qu'en dehors de la certitude de la foi il n'y en a pas d'autre, sauf celle de ce premier principe : S'il y a quelque chose, il y a quelque chose. Ses propositions furent condamnées par le Saint-Siège et révoquées, en i438, devant la faculté de Paris (i). Les théories protestantes sur la justification impliquent l'erreur fidéiste. Baïus n'y est pas étranger. Au xvue siècle, Huet a eu le tort de croire que la foi divine seule permet d'arriver à la vérité avec une entière certitude. Et tout récemment encore, sous l'influence avouée de Pascal et de Kant, mais aussi par un reste de fidéisme subtil, M. Brunetière écrivait : « Je persiste à penser que l'on ne démontre ni l'immortalité de lame ni l'existence de Dieu. C'était l'opinion de Pascal, c'était également l'opinion de Kant ; et j'ai bien le droit de me « tromper » avec eux !... Je ne tiens pour preuves de l'existence de Dieu ni celles que l'on tire de l'arrangement et de l'ordre du monde ; ni celles que l'on tire de l'idée du parfait ou de l'infini, dont l'essence impliquerait l'existence ; ni celles enfin que l'on tire de la présence en nous de la loi morale... Ceux qui les trouvent démonstratives ne font pas attention qu'elles impliquent toutes un Dieu « sensible au cœur » et affirmé par lui avant que d'être, je ne dis pas démontré par le raisonnement, mais seulement conçu par la raison. Ou, en d'autres termes, on connaît déjà Dieu quand on essaie de mettre son existence en preuve, et j'estime, pour

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