‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 112 sur 179 · Denzinger, n · texte numérisé non relu

Denzinger, n

ma part, qu'aucune preuve ne le crée dans les cœurs qui ne le sentent pas (1). »

[\. A la suite de certaines théories philosophiques» telles que celle des idées innées de Descartes, de la table rase 'des sensualistes, des rapports du langage et de la pensée de Locke, et en partie sous leur influence, se formula, en France, la doctrine tradi- ' tionaliste. De Maistre, dans ses Soirées, avait soutenu que certaines idées, surtout de l'ordre moral, renferment un élément nécessaire qui ne saurait provenir d'une source bornée et contingente et que le langage n'a pu être inventé par l'homme. De Bonald, partant de ce principe que l'homme pense sa parole avant de parler sa pensée et que les mots engendrent les idées, réclamait comme absolument indispensable l'intervention de la révélation primitive pour assurer à l'homme la somme des vérités nécessaires et la garantie divine de leur certitude. De Lamennais faisait dériver, lui aussi, d'une révélation primitive la certitude des vérités rationnelles. Il regardait la raison individuelle comme incapable d'atteindre seule à la vérité avec certitude. En revanche, le privilège de notifier et de certifier à l'homme les vérités indispensables de la croyance» il l'attribuait au sens commun, dûment appuyé sur une tradition qui remontait jusqu'à Dieu tout comme le langage. Moins systématique, mais non moins traditionaliste, Bonetty écrivait : « Dieu et ses attributs, l'homme, son origine, sa fin, ses devoirs, les règles de la société civile et de la société domestique : voilà les vérités que nous ne croyons pas que la philosophie ait trouvées ou inventées sans le secours de la tradition et de l'enseignement (2). » Le

1 . La science et la religion, 12e mille, Paris, 1895, p. 60-61. — 2. Annales de Philos, chrét., i853, iv9 série, t. vin, p. 374.

P. Ventura mitigea le système. Il admettait bien que c'est à une révélation primitive, transmise au genre humain par la parole, que l'homme doit la connaissance de Dieu, de l'immortalité de l'âme et des principes de la morale, mais il soutenait que cette connaissance une fois acquise, notre esprit est à même de la démontrer, de la défendre et de la (, développer. Ubaghs unit le traditionalisme à l'ontologisme, et Bautain, tout en accordant moins d'importance au langage et à la tradition, se crut autorisé par des considérations psychologiques à mettre le fondement de la certitude dans la foi ou la parole de Dieu. De telles théories, quelque séduisantes qu'elles aient pu paraître, n'en constituaient pas moins des erreurs aussi graves que dangereuses. C'était insister outre mesure sur l'incapacité de la raison, réduite presque à une impuissance radicale ; c'était méconnaître la nature de la révélation primitive et confondre sa nécessité morale avec sa nécessité absolue ; c'était enfin exagérer le rôle de la tradition, du langage et de l'enseignement qui servent bien à communiquer la connaissance de Dieu, à la faciliter et à la généraliser, mais qui, en définitive, ne sont pas des moyens absolument indispensables. Rien d'étonnant dès lors que l'Eglise, jalouse des droits de la raison comme des intérêts de la foi, soit intervenue. Ses avertissements d'abord, ses condamnations ensuite ont dû faire justice de pareilles erreurs qui méconnaissaient la puissance de la raison humaine et qui mettaient en péril l'intégrité et la pureté de la foi (i).

i. Voir dans Denzinger : les propositions de Nicolas d'Oulticourt, n. 457-467 ; la condamnation de Lamennais par Grégoire XVI, en i834, n. 1476 ; les propositions souscrites par l'abbé Bautain, en i835 et 1860, n. i488-i4g3 ; les quatre thèses imposées à Bonnetty, en i855, n. i5o5-i5o8.

5. Un prêtre allemand, mort en i83i, Hermès, s'était flatté de ruiner le crédit de la philosoplie de Kant et subit la secrète influence de ce philosophe. Ses idées eurent un certain succès en Allemagne. Il n'admettait pas d'autre preuve de l'existence de Dieu que l'argument tiré par la raison spéculative de la nécessité d'une cause première, seule capable d'expliquer l'existence des êtres contingents ; il repoussait la preuve tirée de l'ordre du monde, parce que cet ordre pourrait être à la rigueur l'effet du hasard ; il repoussait également celle qui est fondée sur l'idée du devoir, parce que la raison du devoir étant la dignité de l'homme, il n'est pas nécessaire que Dieu existe pour que l'homme soit tenu de se respecter et de remplir ses obligations. Etendant sa théorie, Hermès prétendait que la raison ne peut démontrer que Dieu diffère d'une substance immuable, qui ferait partie du monde, tout en restant séparée des phénomènes dont le monde est le théâtre ; ni que Dieu est un esprit pur, ni que ses attributs sont infinis, ni que sa science s'étend à d'autres objets que les créatures, ni que sa sainteté est sans limites ; ce sont là, estimait-il, autant de vérités que la Révélation seule nous fait connaître. L'Hermésianisme, légitimement suspect d'hétérodoxie, fut condamné par l'Eglise (i).

6. En dehors de l'Eglise, parmi les incrédules, une théorie s'est fait jour peu à peu, qui dénie à la raison le droit de s'occuper de l'existence de Dieu et le pouvoir de la démontrer. En effet, au regard des positivistes, Dieu ne saurait être objet de connaissance positive. Par sa définition même il est transcendant, et, dès lors, inaccessible à la raison, en

i. Denzinger, n. i486, 1^87.

dehors ou au-dessus des prises de la science, de la méthode expérimentale et du contrôle rigoureux qui s'impose désormais en matière scientifique. Aussi traitent-ils les preuves de l'existence de Dieu de chimériques, de caduques, d'incapables d'engendrer la certitude. Ils partent d'hypothèses fausses, à savoir qu'il n'y a que ce qui tombe sous les sens qui puisse être matière de science, que la seule méthode rationnelle qui convienne à l'esprit c'est la méthode expérimentale, et que Dieu, si tant est qu'il existe, appartient en tout cas au domaine de l'inconnaissable. Ce congé donné à Dieu est impertinent ; la réduction de toute connaissance à une connaissance d'ordre purement sensible méconnaît de parti pris la puissance de la raison et mutile l'intelligence humaine.

C'était déjà la pensée de Hume (f 1716) (1). Ce fut aussi celle de Comte et de Stuart Mill (f 1873) (2). Mais les disciples de Comte se sont séparés sur le terrain de la théologie naturelle. Dans l'école française, Littré (j* 1881) disait : « Il ne faut pas considérer le philosophe positif comme si, traitant uniquement des causes secondes, il laissait libre de penser ce qu'on veut des causes premières. Non, il ne laisse là-dessus aucune liberté. »

7. Dans l'école anglaise, H. Spencer (f 1903) enseigna qu'au delà de la sphère du connaissable s'étend la région de Y inconnaissable, région inaccesible et mystérieuse, avec laquelle on ne peut entrer en contact que par le sentiment religieux, sans prétendre le comprendre ou le définir : c'est Y agnosticisme (3). Mais cet inconnaissable existe.

1. Essai sur V entendement humain, vu" Essai. — 2. Logique, liv. m, en. 5. — 3. Les premiers principes, trad. Guymiot, Paris, 1902.

« Par derrière toutes les apparences matérielles qui frappent nos sens et que les sciences étudient, apparences fugitives et contradictoires qui posent à notre raison de plus difficiles problèmes qu'elle n'en peut résoudre, il existe une réalité profonde, plus proche de l'esprit que de la matière, mais, dans son essence ultime, inconnue et inconnaissable. C'est cette réalité substantielle que les religions nomment Dieu. Les religions ont le droit d'affirmer son existence, et les sciences ont le tort de la nier. Mais les religions ont tort de prétendre connaître et définir les attributs de Dieu ; tout ce que nous pouvons dire de lui, c'est qu'il existe et non quel il existe. La religion et la science seront d'accord le jour où, chacune se renfermant dans son domaine propre, la science cessera d'expliquer les faits positifs par des entités métaphysiques inconnaissables, et lareligion cessera de donner à l'essence métaphysique de Dieu des attributs physiques contradictoires : adorer et se taire est le tout de l'âme religieuse (i). »

IL L'enseignement du Catéchisme

romain

Voici en quels termes s'exprime le Catéchisme romain sur l'existence de Dieu (2) :

« Ces paroles (en Dieu), font connaître quelle est l'excellence et la dignité de la sagesse chrétienne, et combien nous sommes redevables à la bonté divine, qui nous a élevés par les vérités de la foi, comme par autant de degrés, à la connaissance de l'objet le plus parfait et le plus désirable. Il y a, en effet,

1. Thouverez, H. Spencer, Paris, 1905, p. 3a, dans la collection Science et Religion. — 2. Cat. rom.t I. a. 1, vi-ix.

l'existence de dieu d'après le catéchisme 383

une différence considérable entre la philosophie chrétienne et la sagesse du siècle. L'une, guidée seulement par la lumière naturelle, s'élève peu à peu, à l'aide des effets et des choses sensibles, et ne parvient enfin qu'après de longs travaux à contempler les choses invisibles de Dieu, à reconnaître et à comprendre la cause et l'auteur de ce qui existe. L'autre, au contraire, perfectionne tellement la pénétration naturelle de l'esprit humain, qu'il peut aisément s'élever jusqu'au ciel où, environné d'une splendeur céleste, il contemple d'abord la source éternelle de toute lumière, et ensuite toutes les choses créées. C'est alors que nous connaissons par expérience et avec une joie infinie de notre âme que nous avons élé appelés des ténèbres à une lumière admirable, comme dit le prince des apôtres (i), et que notre foi nous cause un ravissement ineffable (2).

u C'est donc avec raison que les fidèles professent d'abord qu'ils croient en Dieu, dont la majesté ', suivant Jérémie, est incompréhensible (3) ; qui habite, dit l'apôtre, une lumière inaccessible, qu'aucun des hommes na vue ni ne peut voir (4), que nul homme ne pourra voir sans mourir, comme il le dit lui-même à Moïse (5). En effet, pour aller jusqu'à Dieu, qui est au-dessus de toutes choses, notre esprit aurait besoin d'être entièremenl dégagé des choses sensibles ; mais cela ne lui est naturellement pas possible dans cette vie.

« Cependant Dieu ne s'est pas laissé lui-même sans témoignage, dit l'apôtre, car c'est lui qui fait le bien aux hommes ; il dispense les pluies et les saisons favorables ; il nous donne la nourriture avec abondance et il remplit nos cœurs de joie (6). Aussi les philosophes

1. I Petr., 11, 9. — 2. I Petr., 1, 8. — 3. Jerem., xxxn, 19. — 4. I Tim.t vi, 16. — 5. Exod., xxxm, 20. — 6. Ad., xiv, 16.

n'ont-ils pu concevoir en lui rien d'imparfait ; ils ont rejeté comme indigne de lui tout ce qui est corporel, toute composition et tout mélange. Ils L'ont regardé comme possédant en lui-même la plénitude de tous les biens, et ils ont enseigné que tout ce qu'il y a de bon et de parfait dans toutes les créatures vient de lui comme d'une source inépuisable et perpétuelle de bonté et de charité. Ils l'ont appelé sage, auteur et amateur de la vérité, juste et bienfaisant, et ils lui ont donné plusieurs noms, qui expriment la perfection souveraine et absolue. Enfin ils ont reconnu en lui un pouvoir immense et infini, qui s'étend à toutes les choses et à tous les lieux.

« Mais ces vérités sont bien plus certaines et bien plus clairement exprimées dans l'Ecriture. Ici, elle nous dit : Dieu est esprit (i) ; soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait (2) ; tout est nu et à découvert à ses yeux (3) ; là, elle s'écrie : 0 profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu (4) I Ailleurs : Dieu est véritable (5) ; il est la voie, la vérité et la vie (6) ; sa droite est pleine de sa justice (7) ; il ouvre la main et répand sa bénédiction sur tout ce qui respire (8) ; Enfin David s'écrie :

a Où irai- je devant votre esprit?

Où fuirai-je devant votre face ?

Si je monte au ciel, vous y êtes :

Si je descends dans le scheol, vous êtes présent

Si je prends les ailes de V aurore

Et que je me transporte au-delà des mers,

C'est votre main qui m'y conduira,

Votre droite qui me soutiendra (9). »

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