‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 119 sur 179 · PUISSANCE DE LA RAISON · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE LA RAISON

pût atteindre sous le phénomène le noumène, la réalité, c'est-à-dire les substances et les causes, et par conséquent Dieu et le monde, il a essayé d'un expédient pour sauvegarder quand même la vérité objective de l'existence de Dieu ; il a donc recouru a la raison pratique qui lui a montré la loi du devoir, inconditionnelle et absolue, s'imposant à nous comme un impératif catégorique, et prouvant par là même l'existence réelle d'un législateur, de Dieu. Mais ce n'est là qu'une inconséquence, condamnée d'avance par la critique de la raison pure, car il n'y a pas deux raisons en nous, l'une spéculative, l'autre pratique ; il n'y en a qu'une, et c'est la même raison qui découvre les lois de la pensée pure et celles de la volonté, les règles de la logique et celles de la morale, qui tantôt s'exerce dans le domaine de la spéculation et tantôt dans celui de la pratique.

5. Kant s'est donc abusé; son subjectivisme doit être résolument écarté. Il a eu tort de prendre le principe de causalité au sens purement empirique ; car ce principe n'est pas la simple constation de faits sensibles ou d'une succession de phénomènes sans lien intime et réel entre eux. Il implique nécessairement une relation d'ordre particulier qui fait que tel phénomène n'existe que parce qu'il dépend d'un autre comme l'effet dépend de sa cause. Car, pour être, tout phénomène exige une force proportionnée qui le fasse être et être ce qu'il est ; pour passer de la puissance à l'acte, il lui faut une cause qui l'actue. Ce principe s'entend de la causalité métaphysique, dans laquelle il ne s'agit plus de phénomènes qui ne font que se succéder, mais d'une cause supérieure aux phénomènes. Or, cette causalité-là, nous l'atteignons et la connaissons en nous par la conscience. Car nous nous connaissons comme une cause réelle et vraie, antérieure aux

^ - ■■ I - - ■ ■ I — -M~ ■ — .— . ■- ■ . | , . . Mmt

effets que nous produisons, et leur survivant, c'està-dire comme un être identique et permanent. Dire en ce sens qu'il n'y a pas d'effet sans cause, c'est faire entendre qu'il y a hors de nous des causes semblables à celles que nous trouvons en nous, des êtres identiques et permanents comme nous, c'està-dire des causes métaphysiques. Et cela suffit pour conclure légitimement, au nom de ce principe de causalité, de la constatation de certains faits à l'existence d'une cause, que celle-ci soit ou non accessible en elle-même, sous peine de tomber dans le scepticisme et de douter de tout, même de l'évidence. Cela étant, l'emploi judicieux du principe de causalité et de raison suffisante nous autorise à chercher la raison dernière, la cause première de tout ce qui est. et à les trouver en Dieu.

6. Des lors de quel droit les positivistes rigoureux dénient-ils à la raison le pouvoir de s'exercer dans le domaine qu'ils appellent l'inconnaissable ? d'autant que la raison n'y pénètre pas sans partir de données positives. C'est décréter a priori qu'il n'y a de connaissances que les connaissances expérimentales et tout ramener de parti pris à la méthode des sciences. Moins inconséquent, l'un d'entre eux, Herbert Spencer, proclame du moins l'existence de l'Inconnaissable ; et si, après avoir proclamé son existence, il se refuse à chercher à le connaître, libre à lui ; il n'a pas le droit d'interdire aux autres cette recherche, ni surtout celui de la frapper de suspicion, de la déclarer illogique et vaine, car c'est là mutiler la raison.

Ce n'est pas, évidemment, à une époque comme la nôtre, qu'on peut refuser à la raison une force d'investigation et une action couronnée de succès éclatants dans tous les domaines de l'expérience : les progrès merveilleux des sciences sont là pour

Page 1