‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 120 sur 179 · PUISSANCE DE LA RAISON 3()C · texte numérisé non relu

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prouver, clair comme le jour, le bonheur de ses initiatives et de ses travaux ; mais ce n'est pas un motif suffisant pour lui interdire, dans des domaines différents, d'autres initiatives et d'autres travaux. Il n'y a pas, en effet, que des vérités d'ordre purement expérimental ; il en est d'un autre ordre qui ne sont ni moins utiles ni moins fécondes ; et la philosophie a quelque droit sans aucun doute à utiliser la raison dans son domaine propre, et au moyen d'une méthode à elle, pour poursuivre les plus beaux travaux de la pensée humaine ; et la religion, à son tour, loin de méconnaître la valeur de la raison, la suppose avant tout, s'appuie sur elle, travaille avec elle, requiert sans cesse son concours nécessaire, même clans les questions où le dernier mot doit rester à la foi. Encore une fois de quel droit interdire à la raison l'emploi de ses facultés ailleurs que dans les sciences naturelles ?

7. La raison est faite pour la vérité dans tous les ordres ; la vérité est son objet propre, connaturel. Qu'elle arrive, par son libre jeu, à la connaissance des vérités naturelles ; qu'elle découvre les lois du monde physique et les rapports des substances matérielles entre elles ; qu'elle fasse de ces connaissances, de ces lois et de ces rapports, une science, où les principes conduisent à des conclusions, et où les progrès enfantent de nouveaux progrès, rien de mieux. Mais ne peut-elle également pénétrer dans le monde métaphysique et moral ? Qui donc pourrait l'en empêcher ? Insister serait vraiment trop faire injure au bon sens et plaider une cause évidente et incontestable ; car, depuis que l'homme existe, il n'a jamais cessé un seul instant de philosopher, c'est-à-dire de chercher à se rendre compte de la raison de tout ce qu'il voit autour de lui, de tout ce qu'il constate en lui-même.

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Et c'est pourquoi, en face des phénomènes de conscience dont il est le théâtre et le témoin, en présence des phénomènes variés qui Tentourent et dans lesquels il se meut, l'homme raisonnable entend dégager l'inconnue qui s'y cache et déchiffrer le mot de l'énigme. Les questions se pressent dans son esprit. Il existe ; mais qu'est-il ? d'où vient-il ? où va t-il ? D'autres êtres existent à côté de lui, qui pourraient ne pas exister ; il y a, dans le monde, de la vie, du mouvement, de l'ordre. Y a-t-il une cause à tout cela ? Et cette cause peut-il en affirmer l'existence ? peut il parvenir à dire un peu ce qu'elle est ? Oui, pense-t-il, et il estime ne pas s'abuser. C'est plus qu'il ne lui en faut pour légitimer ses recherches et l'assurer de n'avoir pas travaillé en pure perte.

1. Le pouvoir de la raison. — « Au fond, les erreurs, les extravagances, les fluctuations, les contradictions des systèmes philosophiques qui, en dehors du christianisme, se sont élevés sur les ruines les uns des autres, voilà le grand argument de Montaigne, de Pascal et du P. Ventura, et de tous ceux qui ont cru bien servir la religion en attaquant la philosophie. Or, cet argument ne prouve rien, parce qu'il prouverait trop ; s'il vaut contre la métaphysique, il vaudra contre toutes les sciences humaines ; car en toutes on s'est battu, en toutes on s'est trompé, en toutes les systèmes ont succédé aux systèmes. Mais, pour ne considérer que la philosophie, est-ce à dire que, dans cette mêlée, rien ne surnage, qu'aucune vérité stable et définitivement établie ne se dégage des controverses, et qu'il n'y ait, pour le spectateur de la lutte, aucun moyen de discerner de quel côté est le bon droit ? Quand Socrate combat les sophistes avec son bon sens et donne, le premier, une forme régulière à la preuve de l'existence de Dieu tirée de l'ordre de la nature, quand Platon ouvre à la raison qui cherche Dieu le chemin de la dialectique, quand Aristote conclut du fait du mouve-

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ment la nécessité d'un premier moteur, quand les stoïciens défendent l'idée de l'honnête contre la volupté épicurienne, est-ce que ces hautes vérités périssent dans la décadence de leurs écoles ? est-ce que ces patriciens de la philosophie, comme on les a heureusement appelés, n'ont pas légué aux âges suivants quelques-uns des matériaux et quelques-uns des procédés d'une métaphysique indestructible ? La vérité, je l'avoue, n'était chez eux ni complète, ni pure ; mais elle y était, et l'étude de leurs doctrines établit du même coup les deux thèses fondamentales de la philosophie chrétienne : premièrement, que la raison est capable de trouver Dieu ; secondement, qu'elle est exposée à se tromper dans sa recherche, et qu'en devenant chrétienne, elle acquiert tout à la fois une portée et une sûreté qu'elle n'a pas en dehors du christianisme. Mais, qu'on me permette de le dire, ce serait une pusillanimité misérable de n'oser suivre la raison dans une voie qui est la sienne à cause des chutes qu'elle peut y faire, et des mauvaises routes où elle peut s'engager par sa faute. J'aimerais autant dire qu'il faut renoncer à agir et se croiser les bras, parce qu'en agissant, on s'exposerait à mal user de sa liberté. Non, le serviteur qui enfouit son talent en terre n'est pas un bon serviteur, et c'est mal répondre aux vues de la Providence que de ne point exercer, dans leur sphère légitime, les facultés dont elle nous a pourvus. Gomme elle nous a donné la volonté pour l'appliquer à son objet, qui est la pratique du bien, elle nous a donné aussi la raison pour l'appliquer au sien, à la recherche de la vérité et à l'acquisition de la sagesse, laquelle dit Bossuet, consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. « De Margerie, Théodicée, 3" édit., Paris, 1874, t. 1, p. i32-i33.

2. Procédé de la raison. — « De quoi sommes-nous entourés ? de quoi, étant donnée notre organisation intellectuelle, pouvons-nous partir ? De Dieu, pour descendre à ses œuvres ? Non, mais des œuvres de Dieu pour remonter à leur auteur. Notre point de départ, c'est d'abord le monde extérieur ; puis, c'est notre âme où nous trouvons ces idées absolues, dont on peut bien dire qu'elles ont leur

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fondement et leur substance en Dieu, mais non pas qu'elles sont Dieu. Découvrir en soi-même ces idées, ce n'est pas avoir l'intuition de Dieu, c'est apercevoir le signe visible et certain d'une réalité cachée, argumentum non apparentïum. Nous les apercevons sans doute dans la lumière de notre raison, qui est une participation de la lumière divine ; et les rayons de cette lumière nous conduisent, si nous savons les suivre, jusqu'à leur éternel et vivant foyer. Mais à quelles conditions ? A condition que nous les prendrons pour ce qu'ils sont, pour des rayons, pour des intermédiaires, pour des degrés, pour des routes qui mènent à Dieu, itinera in Deum ; à condition aussi qu'il y aura en nous une force, un ressort, qui nous pousseront jusqu'à la réalité suprême, je veux dire à condition que notre raison possédera des principes évidents et premiers, qui nous obligeront à remonter de l'effet à la cause, et de l'imparfaite copie au modèle divin. Tel est, en effet, le procédé de la raison ; tel est le caractère de cette ascension dialectique qu'ont opérée, depuis Platon, tous les grands esprits qui se sont occupés de théodicée. Nous arrivons à Dieu par des échelons, per scalam, per gradus, en suivant ses traces, en passant par ce qui le représente, par la nature extérieure, par l'âme humaine, par les idées absolues, et en dépassant ces représentations incomplètes à l'aide des principes nécessaires delà raison. Or, que faisons-nous quand nous prenons pour point de départ un fait réel, le monde, ou le moi, ou les idées réellement présentes à la conscience ? nous posons une mineure. Et que faisons-nous quand nous prenons pour point d'appui une vérité universelle ? nous posons une majeure. Que faisons-nous enfin, quand, à l'aide du point d'appui, nous dépassons le point de départ, quand nous nous fondons sur le principe de causalité pour deviner l'ouvrier derrière son ouvrage, le modèle derrière sa copie, la réalité substantielle de l'infini derrière ce fait psychologique qui est l'idée de l'infini ? nous tirons une conclusion. Car nous accomplissons ces trois opérations avec une rigueur syllogistique, latine et informis, ou en français, tantôt par un développement oratoire, tantôt par

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