PUISSANCE DE LA RAISON
un rapide élan qui transforme le syllogisme en un enthymème ou l'argument en une prière ; que nous suivions lentement chacun des pas de la démonstration, ou que nous les traversions d'un bond, le procédé au fond reste le même, il s'appelle le raisonnement ; le résultat est le même aussi, il s'appelle la démonstration.
« Je ne sais pourquoi on s'effraye, et pourquoi on s'imagine qu'en se résignant à raisonner, on se condamne ànepoint sortir des abstractions. Quand on raisonne sur des prémisses abstraites, comme sont, par exemple, les définitions de la géométrie, c'est à des conclusions abstraites qu'on arrive. Mais quand on résonne sur le réel, c'est au réel aussi qu'on aboutit. Tel sera le caractère des preuves sur lesquelles nous établirons l'existence de Dieu : conformes aux règles les plus rigoureuses de la logique, elles atteindront la réalité créatrice, parce qu'elles s'appuient sur la réalité créée, non pour s'y enfermer, mais pour la dépasser. » Ibid., p. i43-i44-
3. Aller à Dieu de toute son âme. — « Il y a dans l'âme qui cherche Dieu autre chose qu'un mouvement de la pensée qui conçoit l'infini et raisonne sur cette idée ; il y a un mouvement de l'amour. Et l'amour, s'ajoutant au raisonnement, produit en nous, outre la conviction scientifique de l'existence de Dieu, l'impression sensible de sa présence. Oui, il y a en nous plus qu'une puissance de raisonner spéculativement sur la nature de Dieu, comme sur la notion du cercle ou du triangle ; il y a une voix du sang qui nous crie de chercher notre père, et un tact du cœur qui nous le fait deviner. Nous ne le voyons pas, car c'est la condition de la vie présente et l'épreuve de notre fidélité qu'il faille l'aimer à travers un voile ; mais nous sentons qu'il nous enveloppe et nous soutient, nous entendons sa voix, nous reconnaissons sa main aux bienfaits qu'elle répand, sa sagesse et sa puissance à la beauté de son ouvrage, sa sainteté à la sainteté même de la loi qu'il a gravée dans nos consciences. Ainsi le cœur s'ajoute à la raison, non plus, comme il arrive trop souvent, pour la troubler et l'obscurcir, mais pour lui imprimer un élan plus rapide vers la vérité, pour lui donner un senti-
4o4 LE CATÉCHISME ROMAIN
ment plus vif des réalités divines. Ce n'est plus seulement l'esprit qui raisonne, c'est l'âme tout entière qui monte 'sur l'aile de la pensée et sur l'aile de l'amour. La pensée "va au vrai et l'amour va au bien ; et puisque le vrai et le bien ne sont' que deux aspects divers d'une même réalité qui est Dieu, la pensée et l'amour ne doivent pas être ici séparés l'une de l'autre. Leur objet est le même, et, pour l'atteindre, ce n'est pas trop de leur commun effort. » Ibid., p. 1 44-i 45.
4. Conséquences du scepticisme. — « Des tentatives malheureuses de Kant, des traditionalistes et des fîdéistes, nous devons conclure que le scepticisme, soit idéaliste, soit empirique, en niant les premiers principes de la raison humaine, aboutit à la négation de Dieu, fatalement et sans espoir d'y revenir par un autre chemin, et que réciproquement on ne peut refuser à la raison la puissance de s'élever à Dieu et de prouver son existence, sans attaquer la raison elle-même jusque dans ses fondements. En ruinant la théodicée par la base, on ruine en même temps toute connaissance par les causes, et toute certitude scientifique. Et comment s'étonner de cette alternative, où se trouve l'esprit humain, ou de croire que la raison est capable de connaître l'existence des causes et de la cause première qui est Dieu, ou bien qu'elle est incapable de rien connaître scientifiquement, pas même sa propre existence substantielle, lorsqu'on se rappelle que ces idées d'être, de substance, de cause en général, de cause première, d'être nécessaire, et par conséquent le désir inné et le besoin de les connaître, sont comme le fond indestructible de la raison humaine et le patrimoine commun de toutes les intelligences. Impossible de n'accepter qu'une partie de la raison humaine, et d'en répudier l'autre partie; de rejeter la nécessité d'une cause première, raison dernière de toute chose, et de croire encore aux principes de causalité ou de raison suffisante ; impossible de faire un choix parmi les évidences ; il faut les admettre ou les rejeter toutes. Tant est grande la dépendance absolue de la raison à l'égard de l'Intelligence divine : elle ne peut la nier sans se renier elle-
PUISSANCE DE LA RAISON 4o5
même ; elle ne peut fermer les yeux à cette lumière d'en haut « qui illumine tout homme venant en ce monde, » sans s'égarer en pleines ténèbres, ou sans se condamner à une contradiction perpétuelle ! » Farges, Lidée de Dieu, Paris, 1894, p. 57-58.
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Leçon XI De Dieu
L'existence de Dieu est un dogme de la raison : Ses preuves. — I. Preuves psychologiques. — ■ II. Preuves morales. — III. Preuves de saint Thomas.
Pour arriver à prouver l'existence de Dieu, l'esprit humain n'a qu'à constater des faits et à en chercher l'explication dernière par l'application du principe de causalité et de raison suffisante : cette solution ne se trouve que dans l'existence de Dieu. Que l'homme s'interroge lui-même, au fond du sanctuaire mystérieux de sa conscience, ou qu'il jette un regard sur le monde qui l'entoure, dès qu'il voudra posséder le dernier mot de ce qu'il voit, il devra toujours remonter plus haut jusqu'à la cause première, jusqu'à Dieu. S'il emprunte les éléments de sa démonstration aux phénomènes de conscience, il formulera les preuves psychologiques ou morales de l'existence de Dieu ; s'il les emprunte aux phénomènes à travers lesquels il se meut, il formulera les preuves cosmologiques. Disons quelques mots des uns et des autres (i).
i. BIBLIOGRAPHIE : Saint Thomas, Sum. Theol. ; Sum. conl. qenl. ; Franzelin, De Deo: Gratry, De la connaissance de
PREUVES PSYCHOLOGIQUES IxO']