PREUVES PSYCHOLOGIQUES ^OC
Notre Bossuet a repris cette preuve avec son tour inimitable : « Toutes ces vérités... subsistent indépendamment de tous les temps : en quelque temps que je mette un entendement humain, il les connaîtra ; mais, en les connaissant, il les trouvera vérité, il ne les fera pas telles ; car ce ne sont pas nos connaissances qui font leurs objets, elles les supposent. Aussi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qu'il y ait un entendement humain... et je verrais clairement qu'elles seraient toujours bonnes, toujours véritables, quand moi même je serais détruit avec le reste. Si je cherche maintenant, où, et en quel sujet, elles subsistent éternelles ou immuables, comme elles le sont, je suis obligé d'avouer un Être, où la vérité est éternellement subsistante et où elle est toujours entendue ; et cet Etre doit être la Vérité même et doit être toute vérité ; et c'est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est et entend hors de lui... Ces vérités éternelles, que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même. Car toutes ces vérités éternelles ne sont au fond qu'une seule vérité. En effet, je m'aperçois en raisonnant que ces vérités sont suivies... La vérité est une de soi. Qui la connaît en partie, en voit plusieurs ; qui les verrait parfaitement, n'en verrait qn'une (i). »
3° D'autres sont partis des aspirations de rame vers Vinfini. Voici comment en parle de Margerie : u Notre raison, si faible et si fragile, possède un ressort qui, par sa force naturelle, la lance jusque dans l'infini ; du sein de mes ténèbres et de mon
i. Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. iv ; cf. Cousin, Du vrai, p. 72.
ignorance se dégage une idée qui déborde de toutes parts l'étroite intelligence où elle fait son apparition, l'idée du parfait, de l'absolu, du nécessaire, de l'éternel, l'idée de l'infini, l'idée de Dieu. S'il est vrai que je possède cette idée, sa présence est un fait psychologique d'une immense portée métaphysique ; par lui et en lui l'expérience nous fournit une idée qui la dépasse, et cette donnée constitue, pour la théodicée une mineure incomparablement plus riche et plus féconde que toutes les magnificences du monde matériel... Que suis-je ? Un fini qui, par un mouvement naturel, tend à l'infini dans toutes les directions de son activité. Qu'est-ce que mon intelligence ? Une ignorance qui tend à la science, à la lumière sans ombre, et qui, si haut qu'elle s'élève et si avant qu'elle pénètre, veut tou^ jours monter et creuser davantage, parce que ce qu'elle sait est infiniment distant de ce qui lui reste à apprendre. Qu'est-ce que ma volonté, sinon une force qui, partant de l'extrême imperfection et de l'extrême faiblesse, se sent appelée à un perfectionnement continu, c'est-à-dire à un mouvement auquel l'idée de la perfection absolue peut seule tracer sa route. Qu'est-ce que mon cœur, sinon un amour borné dans sa puissance, infini dans ses vœux, cherchant partout cet infini, inépuisable aliment de sa faim insatiable, le rêvant dans les choses créées, par une illusion qui dure autant que leur poursuite et s'évanouit avec leur conquête, se désabusant parla jouissance elle-même, et condamné à n'être pas satisfait tant qu'il demande au fini ce que le fini ne contient pas ? Quest-ce que ma vie, sinon un flot qui s'écoule, et qui, en s'écoulant, invoque obstinément la stabilité, le repos et la béatitude ? Je ne fais qu'indiquer ; si je voulais approfondir, il faudrait reprendre toute la psychologie, toute la morale,