‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 125 sur 179 · Théodicée, t. 1, p. ai 4» 220-22 1, — a. Ibid., t. I, p · texte numérisé non relu

Théodicée, t. 1, p. ai 4» 220-22 1, — a. Ibid., t. I, p

logique de l'existence réelle (i). Repris par Descartes, puis par Leibnilz, cet argument a été soumis par Kant à une critique minutieuse et impitoyablement condamné, parce que partir de l'idée de l'être parfait et Vouloir que cette idée renferme comme attribut l'existence réelle de Dieu est une contradiction, une impossibilité. Le Dieu réel, concret, vivant, ne se trouve pas dans une pure conception de l'esprit.

IL Preuves morales

i° A côté des lois de la logique qui règlent la pensée, il y a les lois morales qui régissent les actes de la volonté. Toute âme droite, sincère et loyale constate sans peine l'existence de ces dernières au fond de sa conscience. Faire le bien, éditer le mal; être fidèle, probe, honnête, juste, c'est un bien ; pratiquer la fraude, l'improbité, la perfidie, l'injustice, c'est un mal ; mieux vaut rester pauvre mais honnêle que d'acquérir la richesse au prix du déshonneur et d'une lâcheté : autant de vérités d'ordre pratique, partout et toujours les mêmes, partout et toujours impérieuses, s'imposant bon gré mal gré à la conscience de l'homme. D'où viennent-elles ? Ce n'est pas de l'homme : elles s'imposent à lui ; elles aussi impliquent nécessairement l'existence de Dieu.

2° Par une inconséquence heureuse avec ses principes de la raison pure, Kant a demandé à la raison pratique un argument irrésistible en faveur de l'existence de Dieu. « Le ciel au-dessus de ma tête, la morale dans mon cœur, » disait-il, c'est tout ce qu'il faut pour établir la réalité de l'exis-

i. Sam. theol., I, Q., n, a. i, ad. 2.

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tence de Dieu. Car chacun reconnaît avoir des devoirs à remplir et se regarde comme obligé de les remplir. Où donc trouver le principe du devoir et de son obligation? On ne peut le chercher, ni avec les moralistes de l'intérêt au-dessous de la volonté, dans les conséquences agréables ou désagréables de nos actes, ni avec les moralistes du sentiment dans les penchants sympathiques de notre nature, ni avec les moralistes indépendants dans la volonté même, mais bien dans un principe supérieur à la volonté 1 Car le devoir est un impératif catégorique, sans condition, absolu, qui s'impose à nous, malgré nous. Il nous dit : Fais ce que dois, advienne que pourra. Lui reconnaître ce caractère, et il le faut bien, sans quoi il se confondrait, comme l'observe Kant, avec les conseils de l'hygiène ou de la prudence, c'est lui reconnaître une valeur absolue. Mais d'où peut lui venir ce caractère de valeur absolue? Pas de ce monde, car la conscience crie : Pereat mandas, fiatjastitial Le monde n'est rien au prix de la justice. C'est donc en dehors de ce monde, et au dessus, en Dieu. Car Dieu seul peut rendre compte du devoir qui nous incombe et de l'obligation qui nous lie.

Voici, d'après Kant, la preuve tirée de la nécessité d'âne sanction. La raison pratique affirme la nécessité du souverain bien, c'est-à-dire l'accord de la vertu et du bonheur. Or cet accord n'existe pas et ne peut pas même exister dans le monde tel qu'il est, puisque la nature des choses est constituée de telle sorte qu'elle impose les plus rudes sacrifices à qui veut faire son devoir. Faire son devoir en ce monde, c'est infailliblement se heurtera la nature et souffrir. La vertu elle-même, par les efforts qu'elle demande et les sacrifices qu'elle exige dans le monde tel qu'il est, est souvent la source des plus profondes dou-

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leurs. Sans doute, il y a des compensations, mais combien insuffisantes ! De sorte que si l'homme de bien a, en ce nionde, quelques privilèges, ce n'est pas tant celui du bonheur que celui de la souffrance. Ce désaccord existant, en fait, qui pourra réaliser l'accord nécessaire, réclamé par la raison au nom de la justice ? Qui pourra modifier la nature de façon à ce que les lois physiques ne soient plus en conflit avec les lois morales, que la loi morale devienne en quelque façon la loi unique, souveraine, et qu'elle s'assujettisse le monde entier? Qui pourra faire un monde tel que la volonté vertueuse y soit toujours heureuse, et seule heureuse? Ce n'est point l'agent moral lui-même, car notre volonté en est évidemment incapable. Ce n'est point la nature qui, d'elle-même, pourra se modifier dans ce sens. Il faut donc admettre un être supérieur à la nature, tout puissant et tout bon, un Dieu en un mot qui, prenant en main la cause de la moralité, produira cet accord nécessaire entre l'intention morale et la nature pour que le souverain bien soit enfin réalisé. 3° Avec beaucoup plus d'autorité, de Margerie a tiré de l'idée du devoir la preuve de l'existence de Dieu. Analysant les faits moraux de la conscience et trouvant qu'ils impliquent l'idée d'une loi éternelle absolue, parfaite, universelle, il constate que cette loi n'a pas sa source dans l'expérience. Sans doute on peut se tromper, et l'on se trompe sur l'idée du devoir, car on pèche contre la morale comme on pèche contre la logique ; on se trompe surtout si le sens moral est malade et lorsque l'habitude de mal faire en a émoussé la clairvoyance. L'idée alors peut être obscurcie, méconnue, oblitérée même, chez les individus et dans les peuples. Car « le grand moyen de discerner le devoir, ce i n'est pas d'avoir une raison puissante, c'est d'avoir

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une volonté droite et un cœur pur. A mesure qu'on devient meilleur, les vérités morales apparaissent avec une plus irrésistible évidence ; et, tout au contraire, l'habitude de violer le devoir et d'en détourner nos regards nous fait désirer, puis trouver des raisons contre lui, et ne réussit que trop aisément à nous le rendre obscur. Aussi pouvons-nous remarquer que bien des consciences, fort saines et fort délicates en ce qui concerne certaines vertus auxquelles on a su rester fidèle, sont étrangement élargies dès qu'il s'agit d'autres devoirs dont le chemin est oublié. »

De même pour les actions : à raison de l'éducation et des préjugés, les idées morales se faussent dans la conscience publique. L'abandon du devoir conduit à son oubli, et la perversion va s'accen tuant. « C'est ainsi que des peuples entiers arrivent, non seulement à tolérer des actions criminelles, non seulement à les croire innocentes, mais encore à les imposer au nom des lois et au nom des dieux. »

« La loi morale est. Elle a toute la réalité qu'elle peut avoir ; elle commande à ses sujets ; elle se fait reconnaître par ceux mêmes qui la violent ; elle a dans la conscience l'organe qui la promulgue, le tribunal qui l'applique, premier exécuteur de ses jugements. Et elle a de plus une réalité privilégiée et souveraine, qui lui subordonne les lois faites par les hommes aussi bien que leurs actions. Gomme parfaite, elle les juge et les annule toutes les fois qu'elles viennent à la contredire. Comme éternelle, elle est à l'abri de leurs vicissitudes. Comme universelle, elle s'étend à tout et donne la décision des cas que les lois écrites n'ont pu prévoir... Si elle est tout cela, ne voyons-nous pas que la conclusion saute aux yeux du bon sens, et que nous arrivons

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droit à Dieu ? Et n'est-ce pas une chose manifeste que la loi éternelle et parfaite a sa source et son fondement dans un législateur éternel et parfait, lequel, étant le principe du devoir parce qu'il a droit de nous commander, est aussi la dernière fin de notre activité et la réalité suprême de cet idéal moral qu'ici-bas nous concevons toujours et n'atteignons jamais (i) ? »

4° En 1891, dans ses Conférences de Notre Dame, Mgr d'IIulst a examiné tour à tour la morale et la liberté, la morale et l'obligation, la morale et la sanction. En passant, il montre que « du devoir à Dieu, il n'y a qu'un pas à faire, » et il s'écrie : « Le Bien parfait c'est le premier Etre, c'est le type de tout ce qui peut être, la cause de tout ce qui est, le terme de tout ce qui devient. Demandez à Platon sa voix enchanteresse pour exalter sa grandeur et glorifier sa beauté. Demandez à Àristote son regard pénétrant pour découvrir dans chaque créature l'anneau qui la rattache à cette fin suprême. Demandez aux docteurs chrétiens leur dialectique transcendante pour vous transporter, à travers les abstractions de la pensée imparfaite, jusqu'à la radieuse réalité de l'idéal, jusqu'à l'activité créatrice de la cause première, jusqu'aux pieds du Dieu vivant. Non, ce n'est pas un Dieu rêvé, un Dieu d'illusion et de mirage, c'est un Dieu substantiel que nous adorons. Nous ne voyons pas sa face, mais nous sentons sa main dans toutes ses œuvres, nous entendons sa voix dans notre conscience. Pour remonter jusqu'à lui, mille chemins sont ouverts. Pourrions-nous l'atteindre en partant seulement du commandement intérieur qui retentit au fond de nous-mêmes ? Oui, sans doute, car un impératif

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