‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 128 sur 179 · I. Blondel, L'action, Paris, i8g3, p · texte numérisé non relu

I. Blondel, L'action, Paris, i8g3, p

kll\ LE CATÉCHISME ROMAIN

mot barbare, la laïcisation. Il est donc plus que jamais urgent de proclamer les résultats assurés de ]a méthode expérimentale et de la raison ; et rien ne vaut, pour le plus grand nombre, dans la question de l'existence de Dieu, comme les preuves cosmologiques : ce sont celles que saint Thomas a insérées dans sa Somme théologique.

L'ange de l'école les a groupées intentionnellement au nombre de cinq. Partant toujours de données empiriques, puis, leur appliquant d'une manière uniforme le principe de causalité, il a conclu en toute rigueur de logique à l'existence de Dieu. Dans le monde phénoménal extérieur, en effet, il commence par relever certains faits. Il y a, dans le monde, des mouvements ou du mouvement : quel en est le principe ? Ce ne peut être qu'un premier moteur immobile. Il y a, dans le monde, des êtres qui apparaissent, se succèdent et disparaissent : quelle est leur origine ? Ce ne peut être qu'une cause sans cause, possédant en elle-même toute la raison suffisante de cause, et appelée pour cela la cause première. Il y a, dans le monde, des êtres qui existent mais pourraient tout aussi bien ne pas exister : qui explique leur contingence ? Ce ne peut être que l'existence d'un être absolument nécessaire. Il y a, dans le monde, gradation et progrès dans l'échelle des êtres : d'où viennent-ils ? Ce ne peut être que de l'existence d'un être souverainement parfait. Il y a, dans le monde, de l'ordre et de la finalité : qui donc a produit cet ordre et marqué cette finalité ? Ce ne peut être qu'un suprême ordonnateur.

Tel est, en raccourci, l'admirable question traitée par saint Thomas, au commencement de sa Somme. Cinq preuves, qui toutes ne sont que l'application dune même méthode, et qui toutes, par leur choix,

vont non seulement à prouver que Dieu existe, mais encore à insinuer quelque chose de ce qu'il est. Cinq preuves, qui prêtent aux plus beaux et aux plus riches développements. Dieu seul, cause du mouvement ; Dieu seul, source et origine de l'être ; Dieu seul, cause de la subsistance des créatures ; Dieu seul, idéal d'où procède et où tend toute perfection créée ; Dieu seul, intelligence qui a fait, un système d'harmonie et de beauté de ce qu'on appelle le Cosmos. Devant renoncer, faute de place,! à donner à ces cinq preuves le développement qu'elles comportent, contentons-nous de les reproduire dans leur austère simplicité, sans trahir la pensée du grand Maître.

Première preuve. « Il est certain et nous constatons qu'il y a du mouvement dans le monde. Or, tout objet en mouvement est poussé par un autre. Une chose ne peut se mouvoir, si elle n'était en puissance par rapport au mouvement qui lui est imprimé ; une chose ne saurait mouvoir que si elle est en acte, car mouvoir, c'est pousser de la puissance à l'acte. Evidemment, une chose ne peut être portée de la puissance à l'acte que par ce qui est déjà en acte, comme le feu, actuellement brûlant, rend actuellement brûlant le bois, qui auparavant était brûlant en puissance, et ainsi le meut et le change. Or, il est impossible qu'une même chose soit en même temps et sous le même rapport en acte et en puissance ; ceci ne se produit que sous des rapports différents. Ce qui est maintenant chaud en acte n'est pas chaud en puissance sur le même point ; mais est sur ce point froid en puissance. Il est donc impossible qu'un même objet, sous le même rapport, soit à la fois mû et moteur, c'est-à dire qu'il se meuve lui-même. Donc tout ce qui est en mouvement est mû par autre chose. Donc

Z|2b LE CATÉCHISME ROMAIN

Page 1