‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 129 sur 179 · M , ■■ .. !■!.!■ ■ !■ I , IM · texte numérisé non relu

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ce moteur, s'il est lui-même en mouvement, est à son tour mû par un autre. Mais il faut s'arrêter ; on ne saurait aller ainsi à l'infini, car alors il n'y aurait pas de premier moteur; et s'il n'y avait pas de premier moteur, il n'y aurait aucun moteur, puisque les moteurs secondaires ne meuvent que par le premier, comme un bâton ne meut que par la main. Il faut donc de toute nécessité en arriver à un premier moteur que nul autre ne meut. Chacun comprend qu'un tel moteur c'est Dieu. »

Seconde preuve. La seconde preuve est celle de la cause efficiente. « Nous trouvons dans les choses sensibles une série de causes efficientes ; mais on ne trouve pas et il n'est pas possible qu'une chose soit sa propre cause efficiente, puisqu'une telle cause serait avant d'être, ce qui est impossible. Or il n'est pas possible dans les causes efficientes de remonter à l'infini ; car dans l'ensemble de la série des causes efficientes, le commencement est la cause du milieu, et le milieu est la cause du dernier, qu'il y ait plusieurs termes intermédiaires ou qu'il n'y en ait qu'un. Mais si on supprime la cause, on supprime l'effet. Donc s'il n'y avait pas une première cause efficiente, il n'y aurait ni milieu ni fin. Et si l'on procède à l'infini dans la série des causes efficientes, il n'y aurait pas une cause première efficiente, ni dernier effet, ni causes efficientes intermédiaires, ce qui est manifestement faux. Il faut donc de toute nécessité une cause première efficiente, que tout le monde nomme Dieu. »

Troisième preuve. La troisième preuve est tirée du possible et du nécessaire. La voici : « Nous voyons des êtres qui peuvent être ou ne pas être, puisqu'il y a des corruptions et des générations. Or, il ne se peut pas que ce qui est tel soit toujours, car ce qui peut ne pas être, parfois n'est pas. Si donc tout

PREUVES DE SAINT THOMAS l\^

pouvait ne pas être, il s'ensuivrait qu'il y a eu un temps où rien n'était. Mais, dans ce cas, il n'y aurait rien encore aujourd'hui, car ce qui n'existe pas ne commence pas à être sans l'intervention d'un être préexistant. Si rien n'était, il est impossible que quelque chose ait commencé à être ; donc il n'y aurait rien, ce qui est manifestement faux. Donc tous les êtres ne sont pas seulement possibles, il en faut un qui soit nécessaire. Or ce qui est nécessaire a la cause de sa nécessité en soi ou hors de soi. Mais il ne peut y avoir une série sans fin d'êtres nécessaires, nécessités par le dehors, pas plus qu'il n'y a une série sans fin de causes efficientes. Il faut donc poser qu'il y a quelque chose de nécessaire en soi, n'ayant pas d'autre cause de sa nécessité, mais étant cause de tout ce qui est nécessaire. Et cet être nécessaire par soi-même c'est Dieu. »

Quatrième preuve. La quatrième preuve se tire des degrés de perfections qui sont dans les êtres. « On trouve du plus et du moins, des degrés dans la bonté, la vérité, la noblesse et toutes les autres qualités des choses. Mais le plus et le moins ne s'appliquent qu'à des êtres divers qui se rapprochent diversement d'un type souverain, comme, par exemple, le chaud est ce qui participe plus ou moins de la chaleur absolue. Il y a donc aussi un être qui est souverainement bon, souverainement vrai, souverainement noble, et qui, dès lors, est souverainement l'être ; car, comme le dit Aristote, ce qui est souverainement vrai est ce qui est souverainement. Or, ce qui est souverainement doué de perfection, en quelque genre que ce soit, est cause de tous les degrés de perfection du même genre, comme le feu est cause de toute chaleur. Il y a donc un être, cause de l'être, de la bonté, de la perfection de tout être, et cet être nous l'appelons Dieu. »

Cinquième preuve. La cinquième preuve est tirée du gouvernement du monde. « Nous voyons certains êtres inintelligents, tels que les corps, tendre à une fin, puisqu'ils font ordinairement ou toujours, et de la même manière, ce qui les mène à un but très bon. Ce n'est donc pas par hasard, mais bien par suite d'une intention, qu'ils arrivent à cette fin. Mais, n'ayant pas de connaissance, ils n'ont pas eux-mêmes d'intention et ne vont à leur fin que dirigés par une intelligence qui possède l'intention, comme la flèche quand elle est dirigée par le chasseur. Il y a donc un être intellif ent qui ordonne la nature et la pousse à sa fin. Nous l'appelons Dieu. »

Telles sont les preuves de saint Thomas (i). Il était difficile, on en conviendra, de condenser en moins de mots plus de force probante. Et n'était la rudesse de ce langage scolastique, auquel il faut être initié pour en saisir toute la portée, et qui déconcerte quelque peu un lecteur moderne, elles mériteraient d'être apprises par cœur. Elles renferment la substance de tout un traité.

1. L'argument des causes finales. — Voici comment en parle Kant et comment il l'expose. « Le monde, tel qu'il se révèle à nous, présente un théâtre si étendu de diversité, de finalité et de beauté, que tout est impuissant pour rendre de si nombreuses et si inépuisables merveilles et l'impression qu'elles produisent dans nos âmes. Partout nous voyons un enchaînement d'effets et de causes, de fins et de moyens, une régularité dans la vie et dans la mort. Et comme rien n'est parvenu de soi-même à l'état où il se trouve, l'universalité des choses irait s'abîmer dans le néant, si on ne lui donnait pour principe et pour cause une réalité supérieure qui la soutient après l'avoir produite. Cet argument, le plus

i. Sum. theol, I, Q. n, a. 3.

ancien et le plus clair de tous, mérite toujours d'être rappelé avec respect, et ce serait non seulement nous priver d'une consolation, mais encore vouloir l'impossible que de prétendre enlever quelque chose à son autorité. La raison, incessamment élevée par des arguments si forts, et qui vont toujours se multipliant sous sa main, n'offre plus de prise au doute d'une spéculation stérile et abstraite ; elle s'affranchit de toute irrésolution sophistique ; et en présence de la majesté qui éclate dans la structure du monde, de grandeur en grandeur elle s'élève jusqu'à la grandeur absolue. » Kant, Dialectique transcendantale. Critique de la raison pure.

« Dans mon système (l'hypothèse de la nébuleuse primitive), je trouve la matière soumise à des lois certaines et nécessaires. Je vois cette matière, décomposée en ses derniers éléments, se façonner successivement et sous l'empire de ces lois naturelles, en un tout admirablement ordonné. Ce n'est point là l'effet du hasard, c'est la conséquence nécessaire des propriétés naturelles de la matière. Et alors n'est-on pas forcé de se demander pourquoi la matière obéit précisément à des lois qui ont pour but une si merveilleuse ordonnance ? Serait-il possible que tant d'éléments, dont chacun a sa nature propre et indépendante, pussent d'eux-mêmes se prêter un concours tel qu'il en sortît un tout bien ordonné ; et s'ils agissent ainsi, n'y a-t-il pas là une preuve indéniable de la communauté de leur origine première, qui ne peut être qu'une Intelligence souveraine et toute-puissante, par laquelle les caractères divers des éléments ont été dessinés en vue de leurs combinaisons futures ? La matière, élément primitif de toutes choses, est donc astreinte à des lois déterminées, et, librement abandonnée à ces lois, elle engendre nécessairement d'admirables combinaisons. Elie n'est point libre de s'écarter du plan tracé par son Créateur. Puisqu'elle est ainsi soumise à des vues souverainement sages, il faut nécessairement qu'elle ait reçu des propriétés si bien concertées d'une Cause première supérieure. Il existe un Dieu, précisément parce que le chaos lui-même ne peut engendrer que l'ordre de la

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régularité. » Kant, Histoire générale de la nature et théorie da ciel, préf . , traduction de Wolf.

2. Comme l'argument cosmologique, la preuve téléologicjue est renouvelée et confirmée par son un ion avec les autres. . . « Il ne suffit pas d'établir, par un syllogisme, l'harmonie des moyens, la grandeur des fins, et la nécessité d'une cause sage et intelligente pour ordonner l'univers et la pensée. La vraie preuve téléologique va plus avant. Elle montre que la sagesse des choses n'est pas dans les choses ; que la sagesse de l'homme n'est pas dans l'homme... Elle ne mesure pas la Cause qu'elle affirme à la taille des effets ; mais en la reconnaissant en eux, elle la met hors d'eux et trouve dans la beauté relative des choses le principe même de toute beauté. Sous sa forme abstraite, voici donc comment cet argument, si riche en aspects variés, s'offre à la réflexion, Ni ma pensée ne peut égaler mon action, ni mon action ne peut égaler ma pensée. Il y a, en moi, des proportions entre la cause efficiente et la cause finale; et pourtant ni l'une ni l'autre ne peuvent être en moi ce qu'elles sont déjà, sans la médiation permanente d'une pensée et d'une action parfaites. Tout ce qu'il y a de beauté et de vie dans les choses, tout ce qu'il y a de lumière et de puissance en l'homme enveloppe, dans son imperfection et son infirmité même, une perfection souveraine : ainsi va se déterminer cette triple relation. — C'est en nous, c'est dans le réel que nous découvrons, comme en un miroir imparfait, cette inaccessible perfection. Et pourtant, — ni nous ne pouvons nous confondre avec elle, — ni nous ne pouvons la confondre avec nous. La force de cette preuve, c'est de prendre son point d'appui dans notre expérience la plus intime. » Blondel, L'Action, Paris, 1893, p. 345-346,

3. Toute la nature montre l'art infini de son auteur. — « Quand je parle d'un art, je veux dire un assemblage de moyens choisis tout exprès pour parvenir à une fin précise; c'est un ordre, un arrangement, une industrie, un dessein suivi. Le hasard est, tout au contraire, une cause

aveugle et nécessaire, qui ne prépare, qui n'arrange, qui ne choisit rien, et qui n'a ni volonté ni intelligence. Or je soutiens que l'univers porte le caractère d'une cause infiniment puissante et industrieuse. Je soutiens que le hasard, c'est-à-dire le concours aveugle et fortuit de causes nécessaires et privées de raison, ne peut avoir formé ce tout. C'est ici qu'il est bon de rappeler les célèbres comparaisons des anciens. Qui croira que l'Iliade d'Homère, ce poème si parfait, n'ait jamais été composé par un effort du génie d'un grand poète, et que les caractères de l'alphabet, ayant été jetés en confusion, un coup du pur hasard, comme un coup de dés, ait rassemblé toutes les lettres, précisément dans l'arrangement nécessaire pour décrire dans des vers pleins d'harmonie et de variété, tant de grands événements pour les placer et les lier si bien tous ensemble, pour peindre chaque objet avec ce qu'il a de plus gracieux, de plus noble et de plus touchant, enfin pour faire parler chaque personne selon son caractère, d'une manière si naïve et si passionnée ? Qu'on raisonne et qu'on subtilise tant qu'on voudra, jamais on ne persuadera à un homme sensé que l'Iliade n'ait point d'autre auteur que le hasard... Pourquoi donc cet homme sensé croirait-il de l'univers, sans doute encore plus merveilleux que l'Iliade, ce que son bon sens ne lui permettra jamais de croire de ce poème ? » Fénelon, Traité de l'existence de Dieu, P. i, ch. i.

4. L'unique nécessaire. — « En se déployant dans l'univers, la volonté prend plus clairement conscience d'elle-même et de ses exigences : la nature, la science, la conscience, la vie sociale, le domaine métaphysique, le monde moral n'ont été, pour elle, qu'une série de moyens; elle ne peut ni y renoncer ni s'en contenter ; elle s'en sert donc comme de tremplin pour prendre son élan. La preuve de « l'unique nécessaire » emprunte ainsi sa force et sa valeur à l'ordre entier des phénomènes. Sans lui, tout n'est rien, et rien ne peut pas être. Tout ce que nous voulons suppose qu'il est ; tout ce que nous sommes exige qu'il soit. C'est donc de mille façons qu'on peut formuler l'argument tiré de l'universelle contingence. Cet

unique nécessaire se tient à l'entrée ou au terme de toutes les avenues où l'homme peut entrer; au bout de la science et de la curiosité de l'esprit, au bout de la passion sincère et meurtrie, au bout de la souffrance et du dégoût, au bout de la joie et de la reconnaissance, partout, qu'on descende en soi ou qu'on monte aux limites de la spéculation métaphysique, le même besoin renaît. Rien de ce qui est connu, possédé, fait, ne se suffit ni ne s'annihile. Impossible de s'y tenir ; impossible d'y renoncer.

« Ainsi compris, l'argument a contingentia a un tout autre caractère, un ressort plus puissant qu'on ne l'a cru d'ordinaire. Au lieu de chercher le nécessaire hors du contingent, comme un terme ultérieur, il le montre dans le contingent même, comme une réalité déjà présente. Au lieu d'en faire un support transcendant mais extérieur, il découvre qu'il est immanent au centre même de ce qui est. Au lieu de prouver simplement l'impossibilité d'affirmer le contingent seul, il prouve l'impossibilité de nier le nécessaire qui le fonde. Au lieu de dire : « Qu'à un moment rien ne soit, éternellement rien ne sera, » il conclut : « Du moment où quelque chose a été, éternellement l'unique nécessaire est. » Au lieu de s'appuyer sur la fiction d'un idéal nécessaire, il s'appuie sur la nécessité même du réel... Ainsi donc l'ordre entier de la nature nous est forcément un garant de ce qui le dépasse. La nécessité relative du contingent nous révèle la nécessité absolue du nécessaire... Le contingent participe à la nécessité du réel, sans en partager le privilège. Ce qui est existe nécessairement pendant qu'il est, quoique, par nature, il n'ait rien de nécessaire.

a Voilà pourquoi les choses visibles, les sciences humaines, les phénomènes de la conscience, les arts et les œuvres, tout en nous et hors de nous exige « l'unique nécessaire. » Et si, pour le porter, ces ombres d'être sont un fondement solide, c'est qu'il en fait lui-même l'invisible appui. » Blondel, L'Action, Paris, 1893, p. 343-344.

5. L'argument tiré de l'existence de la loi morale et de la nécessité de sa sanction. — « Sans doute, faire le bien et fuir le mal exclusivement par

crainte du châtiment ou par espoir de la récompense, c'est un sentiment peu noble ; c'est le signe d'une moralité inférieure. Mais il est nécessaire qu'aux heures de crise où la bête humaine se réveille, quand ses rugissements étouffent le langage de la raison, la crainte de Dieu se dresse comme une barrière entre le mal et nous. Pour dompter un fauve, on oppose à sa fureur une barre de fer rougie au feu. Combien d'hommes portent en eux une bête féroce ou une bête obscène, quelquefois l'une et l'autre ! Alors, aux moments de troubles profonds, la pensée d'un suprême Justicier dompte les révoltes de la chair ou de l'esprit. Et d'ailleurs, si l'ordre moral a été violé, il faut une réparation ; la justice doit avoir son tour, puisque l'injustice a eu le sien. Si l'homme a fait effort pour garder toute la loi, une récompense proportionnée lui est due dans la vie future ; ici bas, trop souvent elle lui échappe, et du reste un bonheur purement terrestre ne peut balancer la valeur transcendante des actions vertueuses. Supposons un moment qu'un homme, victime volontaire de sa fidélité à la loi morale, n'ait rien à espérer d'un Dieu illusoire pour rétablir l'équilibre entre le bien et le bonheur ; il s'ensuit qu'ayant sacrifié la félicité terrestre, il se trouve le plus malheureux des êtres pour avoir écouté le dictamen de sa conscience et suivi librement l'impulsion de sa nature raisonnable. Il y aurait donc des cas où l'infidélité à la loi naturelle serait prudence et sagesse. Quelle conclusion ! et qui croira que ce soit là le dernier mot de la philosophie ? Son dernier mot, c'est qu'il faut à la morale une sanction rigoureusement exacte, et pour que cette sanction existe, il faut un législateur qui la détermine, un juge qui l'applique, c'est-àdire il faut un Dieu pour graver la loi naturelle dans notre cœur, pour maintenir ou réparer l'ordre moral, comme il en faut un pour façonner et soutenir l'ordre physique. » Souben, Nouvelle théologie, Paris, 1902, t. 1, p. 54,

Leçon XII' De Dieu

ï. L'existence de Dieu est une vérité révélée. II. C'est un dogme de foi catholique, — III. Y a-t-il des athées ?

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