Sam. theol., I, Q. xni
vent donc s'employer que dans un sens analogue, qu'il importe de préciser. Car il y a deux sortes d'analogie, l'une qui n'éveille qu'une simple idée de rapprochement, par exemple, entre la cause et son signe, l'autre qui indique au contraire un rapport déterminé de cause et d'effet, et c'est de cette dernière analogie qu'il est question ici. Les termes analogues n'expriment pas la même idée comme les univoques, ni une idée totalement différente comme les équivoques, mais sous des significations diverses un véritable rapport. Or, le rapport d'analogie qui existe entre Dieu et les créatures est précisément celui de la cause et de l'effet. Par suite, quand on emploie les mêmes noms pour parler de Dieu et des créatures, c'est par analogie : dans les créatures, ils servent à désigner l'effet ; en Dieu, ils indiquent la cause de cet effet.
Or, parmi les termes dont on se sert pour désigner la cause première, est le nom universellement connu de Dieu. Celui-ci, dans son sens propre, ne convient qu'à l'être absolu, il est donc incommunicable ; mais, dans un sens restreint, il peut être parfois appliqué aux créatures par analogie. Le nom propre par excellence de Dieu est le nom révéré entre tous, le tétragramme sacré de la Bible : Iahveh, ou Jéhovah, celai qui est. Ce nom-là exprime d'abord l'être même ; il a une signification plus .générale que tout autre ; c'est « l'être tout entier, l'océan sans bornes et sans rivages de la substance, » comme dit saint Jean Damascène (i) ; et il signifie l'être toujours actuel, toujours présent, sens qui convient admirablement à Dieu, puisqu'en Dieu il n'y a ni passé ni futur.
i. Defid. orth , i, ia.
DIEU EST INCOMPRÉHENSIBLE fa*]!