‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 142 sur 179 · Const. Dei Filas, c. 1, can. 3 et · texte numérisé non relu

Const. Dei Filas, c. 1, can. 3 et

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tiellement à se rendre compte des choses, l'obligation s'est Imposée d'expliquer le monde sans l'intervention extérieure d'un Dieu créateur, organisateur et providence. Et l'on s'y est essayé, non sans efforts ni sans peines, mais à coup d'hypothèses plus déconcertantes les unes que les autres. La genèse du monde à dû s'expliquer par le monde lui-même, par une action incessante, qui, peu à peu et avec le temps, ne cesse d'évoluer, de se déterminer, de progresser. L'être s'élève ainsi, par une métamorphose lente et inconsciente, du pur mécanisme des origines jusqu'à la région sereine de l'idéal. De forme en forme, de règne en règne, de la matière primitive, en passant par l'état de minéral, puis de végétal, puis d'animal, il arrive à prendre conscience de lui-même dans l'être intelligent qu'est l'homme. Parti depuis longtemps, et toujours en marche, il est loin encore d'être arrivé à son dernier terme. Et comme il n'y a que cet être qui existe, toujours en train de se faire, de prendre conscience de luimême, c'est en somme du pur panthéisme. D'un côté comme de l'autre, le positivisme est condamné.

2. Le Dieu de l'Idéalisme. — Vacherot, au siècle dernier, imagina la théorie du Dieu réel, mais imparfait, et du Dieu idéal, mais non existant. Il aboutissait à ce résultat par trois propositions qu'il liait étroitement l'une à l'autre. Dieu, disait-il, est l'être pur ; et en cela il avait raison, caries théologiens proclament son absolue simplicité et le définissent un acte pur. Or, ajoutait-il, l'être pur c'est l'être indéterminé ; et il appliquait ici le faux principe de Spinoza, que toute détermination est une négation et une limitation. Donc, concluait-il, l'être indéterminé c'est l'être non réel, Dieu ; conclusion fausse.

« La première conception théologique, dit Garo en résumant la théorie de Vacherot (i), est celle de l'être, de l'Etre en soi, un, parce qu'il est tout ; infini, parce qu'il est sans borne dans le temps et l'espace ; absolu, parce qu'il n'a besoin d'aucune condition, soit pour exister, soit

i. Garo, L'idée de Dieu, 5e édit. , Paris, 1873, p. 225-226.

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pour agir ; nécessaire, parce qu'il est tel que son essence implique son existence ; universel, parce qu'il comprend la totalité des phénomènes. Cette conception, nous la tirons, par une opposition forcée des notions empiriques de phénomène, de multiplicité, de relation, de contingence, d'individualité. Dieu, à ce premier degré, ou ce premier Dieu de la métaphysique, est la synthèse, l'unité rationnelle de ces conceptions de l'Etre en soi, de l'Infini, de l'Universel. Toute détermination empirique répugne à son essence. Ame ou corps, esprit ou nature, personne ou chose, nul être individuel, si grand, si pur, si parfait qu'il soit, ne peut contenir sa réalité infinie. Il n'est aucune des réalités finies, mais il les contient toutes, non pas en puissance seulement, mais en acte. En ce sens il est Esprit, mais comme il est Nature. Il est intelligence et volonté, mais comme il est instinct et nécessité. La loi de sa relation au monde n'est pas celle de cause à effet.

Il n'y a pas de relation de ce genre-là où il y a identité substantielle des deux termes. Son vrai nom est la Vie universelle. C'est en lui et par lui que tout se meut, existe et vit, non dans le sens plus ou moins figuré où saint Paul le dit, mais dans un sens exact et littéral. L'Etre infini n'est pas seulement réel, il est tout le réel ; il est le Dieu vivant (i).

Or, cet Etre universel, envisagé dans sa réalité, c'est le monde ou le cosmos ; envisagé dans son idée, c'est Dieu. Sous le premier aspect, c'est-à-dire dans son existence à travers le temps et l'espace, Dieu vit réellement, mais il est imparfait. Pour être parfait, il doit nécessairement passer à l'état idéal, mais alors sa divinité parfaite lui coûte la réalité : il n'existe pas.

La réalité, en effet, et la vérité on perfection s'opposent : ce sont des termes contradictoires. La réalité est vivante, concrète, déterminée ; la vérité, c'est l'idée pure, la perfection absolue. La réalité peut aspirer à la vérité, mais ne l'atteindra pas ; la vérité, en tout cas, ne peut tomber dans la réalité. L'essence s'oppose à l'existence ; celle-ci

i. Vacherot, La métaphysique et la science, i" édit., Paris» t. ii, p. 5oo, 537.

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se développe dans la réalité des phénomènes, des formes, à travers le temps ,et l'espace, dans la nature et l'histoire, tandis que l'essence n'a son siège que dans la pensée pure. Essence, type, vérité, idée pure, idéal suprême, perfection, ce sont les vrais noms de Dieu. Mais si Dieu est conçu comme réel, il ne les mérite plus. Il faut donc choisir entre l'Infini réel et vivant, qui n'est pas parfait, ou l'Etre parfait qui n'est pas vivant.

C'est l'être pariait que choisit Vacherot. « C'est le Dieu abstrait de la pensée pure, en dehors du temps, del'espace, du mouvement, de la vie, de toutes les conditions de la réalité. C'est le Dieu que, dans leur élan despéculation, Platon, Plotin, Maleb ranch e, Fénelon poursuivent en vain comme un être réel ; le Dieu dont l'activité est sans mouvement, la pensée sans développement, la volonté sans choix, l'éternité sans durée, l'immensité sans étendue. Ce Dieu-là qu'une philosophie contemporaine nous représente relégué sur le trône désert de son éternité silencieuse et vide, n'a pas d'autre trône que l'esprit, ni d'autre réalité que l'idée (i) ».

Ainsi, dans le système de Vacherot, deux sciences, la théologie et la cosmologie, ont le même objet, mais elles l'envisagent à deux points de vue différents ; la théologie étudie le Dieu idéal, mais non existant ; la cosmologie étudie le Dieu réel, mais non parfait ; la théologie est une cosmologie idéale ; la cosmologie, une théologie positive. Leur objet, c'est Dieu, vu par l'une dans son état de perfection, vu par l'autre dans son existence réelle. Dieu est l'idée du monde ; le monde est la réalité de Dieu (2). Point d'autre démonstration que cette incessante opposition entre sa forme concrète et le type, l'existence et l'essence, la réalité et la vérité, et toujours même conclusion : Dieu parfait n'est pas un être vivant; autrement dit, il n'existe pas, ce qui est de l'athéisme.

Mais Vacherot tenait à ne point passer pour athée. Aux accusations d'athéisme, il répondait par des professions de foi, dont quelques-unes sont fort éloquentes, mais qui

1. Vacherot, lac, cit., t. u, p. 5oo, 53g. — a. Ibid., p. 5oi» $98,

s'adressaient au Dieu abstrait. Quant à son Dieu réel, il devenait l'occasion d'une accusation de panthéisme, à laquelle il lui était impossible d'échapper. Nous ne pouvons que la signaler. M. Caro écrivait (i) : « Je suis obligé de convenir que je vois le panthéisme sortir de chaque point de celte doctrine. Que la conscience de M. "Vacherot ne soit pas panthéiste, je l'accorde de grand cœur ; mais que son système ne le soit pas, c'est ce que toute la subtilité du monde ne pourrait obtenir. Ce caractère du système de M. Vacherot est si évident pour ceux qui ont ouvert son livre, que toute démonstration leur semblera inutile. »

Déjà, en i85i, à la fin de la publication de son Histoire de l école d'Alexandrie, Vacherot, alors directeur de l'Ecole normale supérieure, s'était attiré de la part de Gratry, aumônier de l'Ecole, l'accusation formelle d'athéisme : « Vous n'avez pas l'athéisme dans le cœur, lui disait l'aumônier ; mais votre philosophie, c'est l'athéisme, inévitable résultat de votre méthode, la sophistique. Votre doctrine, c'est l'athéisme. Qu'on me comprenne. Je ne dis pas le panthéisme, mais je dis l'athéisme (2). »

3. L'idée de Dieu dans Renan. — Renan a eu deux conceptions de Dieu dans sa vie, l'une au début, comme cela ressort de ses Etudes d'histoire religieuse, l'autre à la fin. Pour la première, c'est un symbole, le symbole des nobles instincts de l'âme ; pour la seconde, c'est l'Infini vague, l'Absolu de Hegel, en train de se réaliser dans la nature et dans l'humanité, servant à la fois de substance et de trame aux choses. Examinons-les l'une après l'autre, d'un trait rapide.

Le Dieu subjectif. Renan partage l'humanité en deux portions : les parties simples et les parties cultivées. Aux simples, qui ne sont pas arrivés à la vie réfléchie et qui sont frappés d'une sorte d'incapacité scientifique, convient et appartient la religion; aux cultivés, qui sont gens de réflexion et de savoir, revient la culture propre

1. Vidée de Dieu, p. 261 . — 2. Gratry, Etude sar la sophis* tique contemporaine, Parif , i85i, p. 52-53, i3o-i3i, 224.

de la science et de l'art. Or, la religion est d'origine humaine, mais dans sa partie simple. Voici comment. Renan nie que le miracle ou le surnaturel pénètre dans la trame de l'histoire ou de la vie humaine, et par suite donne à entendre que tout, dans le monde moral comme dans le monde physique, s'explique naturellement. Car toute religion est l'œuvre spontanée de la conscience ; et spontanéité, sous la plume de Renan, est synonyme d'ignorance. Or, la spontanéité se manifeste soit par la crédulité timide, qui crée la légende, c'est-à-dire un mélange de réel et d'idéal, soit par Yhallucinaiion, qui crée le mythe, c'est-à-dire une pure fiction. Par le mythe, la spontanéité a créé les religions de l'antiquité ; par la légende, elle a créé le christianisme. Vient la réflexion, la culture, le savoir, et les fantômes du mythe ou de la légende disparaissent et la religion disparaît avec eux pour laisser place à l'art. C'est la conclusion dernière et suprême des Etudes d'histoire religieuse.

L'influence de Kant se fait sentir ici. Renan conçoit Dieu comme l'auteur de la Critique de la raison pure: c'est quelque chose de subjectif, sans réalité objective. Ainsi que le résume Caro, l'homme fait Dieu. L'homme crée Dieu en pensant. Il appelle de ce nom sublime le mobile secret et intérieur de toutes ses grandes aspirations. Dieu, c'est pour lui le type le plus élevé de la science, de l'art. C'est le vrai qu'il conçoit, c'est le beau qu'il imagine. C'est tout cela, mais ce n'est pas un être. C'est t@ut cela, mais ce n'est pas une réalité distincte de ce que nous pensons ; c'est l'esprit de l'homme réfléchi dans ce qu'il u a de plus grand ; c'est le cœur de l'homme réfléchi dans ce qu'il y a de plus pur. C'est toujours l'esprit et le cœur de l'homme. C'est toujours l'homme(i). Renan a dit, en effet, que l'humanité « ne se trompe pas sur l'objet même de son culte : ce qu'elle adore est réellement adorable ; car ce qu'elle adore dans les caractères qu'elle a idéalisés, c'est la bonté et la beauté qu'elle y a unies. » « Les symboles ne signifient que ce qu'on leur

i. Caro, L'idée de Dieu, p. 63.

ordonne de signifier ; l'homme fait la sainteté de ce qu'il croit comme la beauté de ce qu'il aime (i). » Pour l'homme réfléchi, Dieu c'est la catégorie de Vidêal. « Le mot Dieu étant en possession des respects de l'humanité, ce mot ayant pour lui-même une longue prescription, et ayant été employé dans les belles poésies, ce serait renverser toutes les habitudes du langage que de l'abandonner. Dites aux simples de vivre d'aspiration à la vérité, à la beauté, à la bonté morale, ces mots n'auraient pour eux aucun sens. Dites-leur d'aimer Dieu, de ne pas offenser Dieu, il vous comprendront à merveille. Dieu, Providence, immortalité, autant de bons vieux mots, un peu lourds peut-être, que la philosophie interprétera dans des sens de plus en plus raffinés, mais qu'elle ne remplacera jamais avec avantage. Sous une forme ou sous une autre, Dieu sera toujours le résumé de nos besoins supra-sensibles, la catégorie de l'idéal, c'est-à-dire la forme sous laquelle nous concevons l'idéal, comme l'espace et le temps sont les catégories des corps, c'est-àdire les formes sous lesquelles nous concevons les corps (2). »

Tel est le Dieu subjectif de Renan, la catégorie de l'idéal, une pure forme de la raison. Et par suite le sentiment religieux se confond ici avec l'émotion esthétique. C'est un Dieu qui n'habite plus le ciel, mais seulement les hautes régions de l'esprit, objet intime et immanent du culte que lui offre le cœur ; c'est un Dieu, dont le nom et dont le culte ne parviennent pas à masquer l'athéisme subtil.

Le Dieu devenir. Renan, à ses débuts, a écarté le produit de la spontanéité, du aux parties simples de l'humanité, en faveur de la réflexion, du savoir et de l'art, et a abouti à un Dieu abstrait tel qu'on peut dire qu'il n'existe pas réellement. Plus tard, écartant de même les résultats de la théodicée expérimentale, parce que ni la nature ni l'histoire ne prouvent Dieu, ainsi que les affirmations de la théodicée spéculative, parce que l'abstraction est aussi

1. Renan, Ekides d'histoire religieuse, préf., p. 334- — 2. Ibid., p. 419.

inefficace à prouver Dieu que l'expérience, Renan s'est jeté dans le mysticisme. « Dieu, disait-il, est le produit de la conscience, non de la science et de la métaphysique. Ce n'est pas la raison, c'est le sentiment qui détermine Dieu. » Voilà un Dieu à la taille de l'homme et au niveau de son esprit, un Dieu que chacun se fait à sa guise.

Quel sera ce Dieu ? et est-il autre chose qu'un nom ? Henan répudie toutes les formules des systèmes métaphysiques ; comme Vacherot, il reprend à son compte, à. la suite d'Hamilton, l'axiome de Spinoza que toute détermination est une négation, pour rejeter toute idée de Dieu religieuse ou philosophique, par le seul fait qu'elle fausse l'idée de Dieu, en le déterminant. Il se gardera donc, par respect, de limiter Dieu par une formule quelconque, il préférera garder le silence ou il se contentera de dire simplement que Dieu est, sans rien impliquer de positif dans cette affirmation vague.

Mais Renan sait se contredire. Et voilà pourquoi on retrouve sous sa plume des formules hégéliennes. « La vraie théologie, dit-il, est la science du monde et de l'humanité, science de l'universel devenir, aboutissant comme culte à la poésie et à l'art, et par-dessus tout à la morale. » « Dans la nature et dans l'histoire, je vois bien mieux le divin que dans les formules abstraites d'une théodicée artificielle et d'une ontologie sans rapport avec les faits. L'absolu de la justice et de la raison .ne se manifeste que dans l'humanité : envisagé hors de l'humanité, cet absolu n'est qu'une abstraction; envisagé dans l'humanité, il est une réalité. Et ne dites pas que la forme qu'il revêt entre les mains de l'homme le souille et l'abaisse. Non, non ; l'infini n'existe que quand il revêt une forme finie. » Voilà bien des contradictions, et des contradictions formelles avec ce que Renan prétendait ; il subit maintenant, malgré ses protestations, l'influence de Hegel.

Tout à l'heure, sous l'influence de Kant, il disait que Dieu est la catégorie de l'idéal, par horreur pour la métaphysique. Spinoza et Hamilton lui inspirent l'horreur des formules qui chercheraient à déterminer Dieu. Hegel enfin

l'introduit dans la théorie du devenir. Et Renan écrit, dans l'Avenir des sciences naturelles, cette phrase suggestive, à propos du développement du monde depuis l'atome jusqu'à l'homme : « Dieu alors sera complet, si l'on fait du mot Dieu le synonyme de la totale expérience ; en ce sens, Dieu sera plutôt qu'il n'est : il est infieri, il est en voie de se faire. » Mais Dieu est plus que le total de l'expérience, il est encore l'absolu. Et voilà deux Dieu, l'un éternel et immobile, l'autre en voie de se faire ; mais le: premier ressemble à celui de Vacherot et il n'existe pas ; quant au second, c'est celui de Hegel, et il implique le panthéisme.

« Sur les traces de Hegel, dit Caro, comme sur les traces de Kant, c'est toujours le divin, sa foi au divin, que nous rencontrons à la place de Dieu et de la foi en Dieu. Le divin n'est probablement pas un Etre, mais c'est assurément ce qu'il y a de plus noble et de plus élevé dans tous les êtres. Le rechercher, le contempler partout où il a laissé sa trace et son reflet, dans les formes et les couleurs de la beauté physique, dans la pensée et dans l'action, dans le génie et l'héroïsme, dans les inspirations de la science et de l'art, dans la grandeur morale surtout, la plus divine de toutes les grandeurs, voilà ce qui donne du prix à la vie et ce qui doit consoler l'humanité de perdre son Dieu (1). » a Que la poésie, que l'art, que la morale nous désintéressent de nous-mêmes et nous arrachent aux pensées vulgaires ; qu'il y ait une affinité naturelle entre tous les grands instincts de la nature humaine, et que toute émotion noble, portée à son plus haut degré, s'achève et s'absorbe dans le sentiment de l'infini, qui songerait à le nier ? Mais tout cela n'est pas la religion. L'objet de l'art, c'est le beau, l'objet de la morale, c'est le bien ; l'art et la morale aboutissent au culte de l'idéal qui ne se confond pas avec la religion. Ou la religion n'est rien par soi et fait double emploi avec la morale et l'art, ou il faut bien reconnaître qu'elle a son objet propre, par lequel elle se définit, en vue duquel elle existe, et qui n'est, ne peut être que Dieu, non pas ce Dieu vague et

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